Î HISTOIRE DES BELGES
mité, pour appuyer des prétentions qui intéressaient à un si haut point son existence commerciale : tristes divisions qui, en tout temps, ont coûté cher à la Belgique !
Les Étals Généraux sous Tinfluence du parti antistathoudérien qui dominait alors, firent des démarches très pressantes auprès du roi Louis XYI : l'ambassadeur hollandais à Versailles fut chargé d'insister de la manière la plus vive, pour obtenir de celle cour son intervention en faveur de la république, et les secours promis par un traité récent que le roi di£férait de signer, uniquement à cause de ce démêlé; sans cette assistance, les Hollandais se disaient dam timpossibUité de résister avx forces supérieures de l'empereur.
L'embarras de Louis XVI était grand; l'amitié de la Hollande et de l'Autriche importait également à la France. Fallait-il sacrifier à une alliance récente, une alliance plus ancienne qui avait mis fin à une rivalité funeste, terminé entre deux maisons souveraines une lutte de plusieurs siècles? D'autre part, la Hollande qui s'était alliée avec la France et avait payé si cher cette direction nouvelle de sa politique, n'allait-elle pas , si on l'abandonnait, se jeter de nouveau dans les bras de l'Angleterre? L'influence de la reine combattait, en faveur de son frère, celle de plusieurs ministres. Louis XVI, cédant aux instances du comte de Vergennes, commença par faire auprès de Joseph H des démarches personnelles pour l'engager à la modération et à la paix. L'empereur avait compté sur le crédit de Marie-Antoinette, et cette ouverture lui arracha des marques de désappointement et de dépit. Sa première réponse lut qu'il était trop tard, et qu'il fallait la guerre ou l'Escaut. Le ministère français comprit alors la nécessité d'une intervention plus efficace, s'il ne voulait perdre le fruit de sa politique, et voir ia Hollande se retourner vers Talliance anglaise; il déclara donc (27 novembre) ^ à l'ambas-^
1 S'il faut en croire un Journal hollandais de Tépoque, la Gazette d'Utrechi, cette détermination n'aurait été prise qu'après une longue délibération, et trois ministres sur huit s'y seraient opposés.
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sadeur autrichien que si la Hollande était attaquée à force ouTerte, la cour de Versailles se croirait obligée de lui porter secoars.
Cette déclaration de la France était pour la Hollande de la plus haute importance; les cours de Londres et de Berlin, quoique diversement disposées à son égard, n'avaient répondu à ses pressantes sollicitations que par des assurances de neutralité, tandis que le cabinet de Saint-Pétersbourg s'était formellement prononcé en faveur de l'Autriche, et avait fait remettre par son ambassadear à La Haye deui notes pour soutenir les prétentions de l'empereur. La manière de voir de Catherine était tellement connue, que les journaux de l'époque lui attribuèrent le projet d'envoyer plusieurs vaisseaux de guerre russes, avec ordre de remonter l'Escaut malgré les États Généraux.
Joseph II manquait d'esprit de suite et de persistance. Comme on enfant g&té, il aspirait d'abord vivement à la possession d'un objet, se disait prêt à mettre tout en œuvre pour l'obtenir ; puis, cédant aux premières difficultés^ il ne tardait pas à porter sur un autre point l'activité de son esprit capricieux et mobile. Quand la Fiance se prononça , son zèle pour les intérêts commerciaux de ia Belgique s'était déjà refroidi en présence de la résistance inattendue de la Hollande; déjà même un autre projet s'était emparé de son esprit : il ne s'agissait plus d'affranchir nos provinces, mais de les échanger contre une partie de la Bavière , possession que rAutriche convoitait depuis longtemps ^ Joseph II montrait encore là l'imprévoyance de son oiraetère, en compliquant ses embarras par la manifestation d'un plan qui donnait beau jeu aux insinuations hostiles de la cour de Berlin , et soulevait contre lui uie partie de l'empire germanique.
Préoccupé de son idée nouvellOi il fit dans sa querelle avec les États Généraux un premier pas rétrograde qui présageait à cette
* On trouve dans Touvrage ilu professeur Hausen que nous avons cité précéderament» des pièces relatives à es nouveau projet d'au éehaoge de la Belgique r^mtre la Bavière.
affaire, si épineuse au premier abord, une conclusion pacifique: la médiation de la France fut acceptée. Cette acceptation seule, en présence des principes que la cour de Versailles avait soutenus dans la note remise à l'ambassadeur autrichien, tranchait la question de la liberté de TEscaut.
Des conférences s'ouvrirent à Versailles (décembre). Joseph II commença par déclarer que la libération de TEscaut, ne pouvant être mise en doute, ne devait pas faire Tobjet des négociations. Puis il céda S demandant qu'au moins on lui abandonnât Maestricht avec une partie de l'ancien pays d'outre Meuse ; c'était là , disait son ambassadeur, une réclamation dont il ne voulait se départir à aucun prix. On l'espérait aussi en Belgique. Comment supposer qu'il se désisterait successivement des deux principaux chefs de ses prétentions? Le système, sur lequel reposait cette nouvelle demande, fut condamné par le médiateur, et les Étais Généraux, forts de cet assentiment, répondirent ne pouvoir consentir à la cession réclamée.
L'Autriche insistait vivement, et les chances tournaient de nouveau à la guerre, quand subitement le comte de Mercy déclara que l'empereur, renonçant à ses prétentions primitives, se contenterait d'une réparation pour l'affront qu'il disait avoir été fait à son pavillon, d'une cession territoriale peu importante et d'une somme de 15,0(X),000 de florins. Cette condescendance inespérée fut le résultat des conseils du prince de Kaunitz ; le vieux ministre tremblait de voir rompre l'alliance française, qu'il regardait comme son œuvre la plus glorieuse, et il employait toute son influence à faire prévaloir des sentiments pacifiques dans l'esprit de son maitre '.
Les États Généraux, peu sensibles sur le point d'honneur, ne
< Il voulait, disait-on, puisqu'il devait renoncer à la libération de l*Escaut, creuser un canal qui eût mis Anvers en communication avecTOcéan, sans passer sur le territoire hollandais.
* Schoell (Cours d'hiitoire des États ewropéms, vol. xli, p. S99) va jusqu'à présenter losepb II comme disposé à abandonner Talliance de la France pour se rapprocber de TAngleterre»
yireDl que le côté positif de Taffaire, et ne voulurent pas manquer Toccasion de terminer un fôcheux différend ; ils accédèrent donc aux instances du cabinet de Versailles, et deux députés se rendirent en leur nom à Vienne (juillet 1785), pour accomplir la formalité préalable à laquelle était subordonnée la reprise des négociations : adresser à Joseph II des excuses sur la liberté que la république avait prise de faire mitrailler un navire portant son pavillon. Le monarque se montra satisfait, et répondit qu*il allait expédier à son ambassadeur en France Tordre de reprendre les négociations.
La question, une fois restreinte à une indemnité pécuniaire, ne pouvait rester longtemps indécise; deux mois après, on était d'accord. L'empereur avait dû faire de nouvelles concessions et réduire sa demande k 12,000,000, puis à 10,000,000 de florins; mais son ambassadeur déclara enfin, que si les États Généraux n'acceptaient pas, pour le 21 septembre au plus tard, sa dernière proposition, les négociations seraient rompues et les hostilités commenceraient. La menace cette fois parut sérieuse, et comme les instructions des plénipotentiaires hollandais ne leur permettaient pas de dépasser le chiffre ^e 5,500,000 florins, le ministère français, qui voulait à tout prix éviter une rupture, prit généreusement à sa charge le payement du surplus.
Les préliminaires de Paris furent rédigés sur ce pied (20 septembre).
Pour conclure le traité définitif, les États Généraux durent consulter les provinces de l'Union. Quoiqu'ils se fussent tirés sans trop de désavantage d'une position difficile, il se trouva plus d'un patriote pour récriminer contre les sacrifices pécuniaires et les réparations humiliantes imposées à l'état. Puisque l'empereur, disait-on, n'avait aucun droit sur les portions de territoire réclamées par lui, pourquoi les lui céder ou les lui racheter? Puisque la république, en maintenant la clôture de l'Escaut, n'avait fait qu'user d'une prérogative garantie par les traités, pourquoi faire des excuses à celui qui était venu la troubler dans cette jouissance? Aussi Faccession aux préliminaires ne passa-t-elle pas sans
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opposition : trois provinces ^ sur sepi la rejetèrent, et les qaatre autres mirent à leur ratification des conditions qui donnèrent naissance à de nouveaux débats. Trois mois s'écoulèrent encore avant la conclusion du traité définitif
Ce traité fut signé à Fontainebleau (8 novembre). A part quelques modifications peu graves, il ne fit que reproduire l'essence des préliminaires. L'Autriche avait demandé que les navires marchands d'un certain tonnage pussent se rendre de l'Escaut a la mer, en payant un droit; la prohibition aurait continué à l'égard des vaisseaux de guerre et des bâtiments marchands dépassant 500 lasts. Les États Généraux repoussèrent cette demande. L'empereur, de son côté, se refusa à toute mention du traité de Vienne de 1731; cette convention, œuvre de l'imprévoyant Charles VI, excluait formellement les Belges du commerce des Indes. Le traité de Munster fut seul rappelé, et la question soulevée à Toccasion de l'institution de la compagnie d'Ostende redevint indécise. Un article reconnut aux deux puissances le droit de faire respectivement tels règlements qu'elles jugeraient convenable pour le commerce, les douanes et les péages dans leurs États, et un autre déclara que les limites de la Flandre seraient rétablies sur le pied de la convention de 1664. Les États Généraux furent maintenus en possession du droit de tenir l'Escaut fermé, et pour reconnaître la renonciation de Joseph II à tous droits sur Maestricht et sur d'autres localités du pays d'outre-Meuse, ils s'engagèrent à lui payer les 10,000,000 fl. convenus, et à lui abandonner les forts Kruyschans, Frédéric-Henri, Lillo et Liefkenshoeck.
L'empereur échoua dans ses deux principales prétentions. Si la Hollande obtint une consécration nouvelle de la fermeture de l'Es* caut, et la cession définitive d'une ville importante sur laquelle l'Autriche n'avait cessé d'élever des prétentions, le traité de Fontainebleau accorda néanmoins quelques avantages à la Belgique : les traités de la Barrière et de Vienne furent implicitement abrogés par la disposition qui déclarait prendre pour base le traité de
< Zélande, Gueldre et Frise.
Munster. ^Autriche se délivrait ainsi définitivement du droit de garnison de la Hollande, elle reprenait ses limites» recouvrait les forts de TEscaut, le droit d^établir elle-même ses douanes, et de surveiller Técoulement des eaux de nos polders. Quoiqu'elle dût voir se prolonger encore l'asservissement inique de son plus beau fleuve» la Belgique commençait à se soustraire sous d'autres rapports au joug que la Hollande» dans l'orgueil de sa puissance» avait fait peser sur elle. Notre pays n'était pas habitué à être favorablement traité dans les conventions diplomatiques.
Joseph H gagna aussi au traité de Fontainebleau une somme considérable» mais l'eflet moral de cette clause fut malheureux pour lui ; la Belgique dut y voir le prix de l'abandon de ceux de ses intérêts auxquels le traité n'avait pas donné satisfaction. A cette première cause de mécontentement se joignirent bientôt d*aatres griefs.