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Le lendemain de cet incident, on vit d’autres signes
de terre. « Après la chute du jour, dit le Journal tenu
de ce voyage, comme le navire /4 Pinta était meilleur voilier et allait devant l’Amiral, il aperçut la terre et fit les signes que celui-ci avait ordonnés. Un marin, nommé Rodrigo de Triana, fut le premier qui vit cette terre, car l’Amiral, étant à dix heures du soir dans le gaillard de poupe, vit bien un feu, mais au travers d’une masse si obscure qu'il ne voulut pas affirmer que ce fût la terre. Il appela néanmoins Pero Gutierrez, tapissier du roi, et lui dit que ce quil voyait lui paraissait être une lumière, qu'il regardàt à son tour. C’est ce que celui-ci fit, et il vit une lumière, L’Amiral en dit autant à Rodrigo Sanchez de Ségovie que le Roï et la Reine avaient envoyé sur la flotte en qualité de contrôleur. Ge dernier ne vit pas ladite lumière, parce qu'il n’était pas dans une position d’où il püût rien voir. Après l’avertissement de l’Amiral, on la vit une fois ou deux; c'était comme une bougie dont la lumière montait et baissait, ce qui eût été pour peu de personnes un indice de proximité de terre ; mais l’Amiral regarda comme certain qu'il en était près. Aussi quand on dit le Su/ve que les marins, qui se réunissent tous à cet effet, ont coutume de réciter ou de chanter à leur manière, l'Amiral les avertit et les pria de faire bonne garde au gaillard de poupe, et de bien regarder du côté de la terre, et leur promit de donner un pourpoint de soie à celui qui dirait le premier qu'il la voit, et cela, sans préjudice des autres récompenses promises par le Roï et la Reine à celui qui la verrait le premier. Enfin à deux heures après minuit la
« parut; elle n’était plus qu'à deux lieues. On ferla « toutes les voiles et on ne laissa que le tréou qui est « la grande voile sans bonnettes et on mit en panne « pour attendre jusqu'au jour du vendredi qu’on arriva
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« à une petite île des Lucayes, qui, dans la langue des « Indiens, s'appelait Guanahani. »
L'Amiral descendit à terre dans une barque armée, avec plusieurs de ses compagnons de voyage; et, portant lui-même la bannière royale dans une main, il prit possession de cette ile au nom du roi et de la reine. Elle était peuplée; ses habitants, accourus au rivage, l’'entourerent. Ils étaient nus et barbouillés de couleurs par tout le corps, les uns de rouge, les autres de blanc ou de jaune. Leur surprise était extrème de voir arriver si inopinément sur leur terre des hommes d’une autre espèce qu'eux ; et ils l'exprimaient par de bruyantes clameurs. Ils s’adressaient aux nouveaux venus sans pouvoir être compris et ils se parlaient entre eux. Mais les Européens purent démêler aux gestes dont ils accompagnaient leurs apostrophes qu'ils leur demandaient s'ils étaient descendus du ciel.
C'est de ce moment que les premiers auteurs de la découverte commencèrent à appeler ces sauvages indiens du nom d’'Indes Occidentales qui est resté à l’Archipel américain. Le premier mouvement de ces Indiens avait été de s’effaroucher et de fuir; mais ils étaient revenus presque aussitôt vers leurs hôtes, obéissant autant à la curiosité de les voir qu'attirés par leurs bienveillantes dispositions.
L'aptitude si forte des intelligences humaines à se communiquer leur fait surmonter en peu de temps l'obstacle de la diversité des langues, quelle qu'elle soit.