‹ Histoire des caciques d'HaïtiChapitre 9 sur 50 · ME — 4) FE · texte numérisé non relu

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sion qui, peut-être, plus que sa science et la force de son génie, donna à l’immortel pilote la persévérance et le courage de conduire à fin son entreprise !

Ce que les amis de Colomb avaient offert en son nom fut accepte.

Il fut convenu qu'il contribuerait pour le huitième dans les frais de l'expédition et que trois navires seulement y seraient affectés.

D’après les clauses d’un traité signé avec les Altesses royales :

1° Colomb serait nommé, lui, ses héritiers, et ses descendants, Amiral de toutes les contrées qu'il aurait découvertes ;

2° Il en devrait être aussi le Vice-Roi et le Gouverneur ;

9° Il percevrait le dixième de toutes les marchandises qui seraient transportées, de tous les articles : perles, pierres précieuses, or, argent, épices, qui seraient trouvés ou exploités dans l'étendue de son amirauté, les frais déduits ;

4° Il aurait la juridication souveraine de toutes les causes et contestations intervenues dans le trafic entre ces contrées et l'Espagne.

Le petit port de Palos en -Andalousie fut choisi pour le lieu de l'armement et du départ de la flottille.

Colomb s’y rendit et y trouva deux caravelles qu'un ordre royal ayait mis à sa disposition. Il semblait que rien ne dût plus S’opposer à l’exécution de son entreprise. Il en hâtait les préparatifs, et il avait un peu de temps pourvu à tout : provisions, instruments de voyages, armes et collection d'objets de fabrique destinés à être échangés contre l'or des sauvages. Cependant de

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sinistres rumeurs circulaient à l’occasion du voyage ; on rappelait tout ce qui avait été inventé de fables et de récits alarmants sur l’implacable océan, en y ajoutant des circonstances très propres à augmenter l’effroi des imaginations ; en sorte qu'il fut impossible, durant près de deux mois, de trouver des matelots pour composer les équipages. Personne ne voulut s’embarquer et les caravelles restaient vides et à l’amarre dans le port.

L'autorité dut employer la contrainte pour se procurer des marins : elle eût réussi difficilement, sans la résolution.et les efforts de deux hommes considérables et influents dans la localité, les Pinzon qui se decidèerent à prendre part à l'expédition. Grâce à leur aide aussi Colomb put y joindre un troisième bâtiment. Enfin on s’embarqua. Martin Alonzo Pimzon, commandait la Pinta, Yanez Pinzon, la Mina et Colomb mon tait le navire amiral de Sunta-Maria. À l'exception de ces principaux navigateurs, presque tous les autres ne prirent aucun soin de dissimuler leur tristesse et leur irrésolution ; ils étaient-sous l'impression d'une terreur indéfinissable. La ville elle-même s’attrista, à l'approche de ce départ, comme si elle pressentail quelque malheur.

La flottille mit à la voile le 3 août 1492. Au début de la navigation, un accident faillit l’interrompre. Le souvernail de la Pinta se brisa et une voie d'eau se déclara à bord de la caravelle. Les équipages en tirèrent mauvais augure ; mais Colomb s’en préoccupa seu-

lement comme une contrariété, et, continuant sa route, il atterrit à l’île de Gomera, l’une des Canaries. Il s’y arrêta quelques jours pour faire radouber la Pinfa ; puis il reprit la mer.

À cela près, l'océan inhospitalier et si redouté favorisait admirablement la navigation. Pas une tempête n’en troublait les eaux profondes et limpides. Des vents constants et réguliers y soufflaient et poussaient rapidement les trois caravelles vers l'hémisphère inconnu. De lég calmes venaient, à de rares intervalles seulement, ralentir la vitesse de leur marche. Alors la mer.était unie. l’air doux et agréable. Ce qui faisait dire à l'anural, par un : ces beaux temps continuels : « La mer est comme « Le fleuve de Séville, grâce à Dieu ; la température est

aussi douce qu'à Séville au mois d'avril, et l'air si em-

baumé que c’est plaisir de le respirer. » On n'avait jamais vu d’autres mers, un ciel plus bleu, d’une telle pureté et si éblouissant d’étoiles"pendant des nuits à la beauté desquelles rien, en aucun autre climat, n’était

comparable.

À défaut de tempête, les esprits déjà effrayés trouvèrent des sujets d'alarme dans d’autres phénomènes, très peu redoutables sans doute, mais qui Sannonçaient pour la première fois. La variation de la boussole, par exemple, parce que les ils avaient pris la direction du nord, excita la surprise et l’appréhension des équipages. L'Amiral s’en étant aperçu ordonna de marquer de nouveau le nord et leur prouva que c'était là la cause du phénomène, et non point une altération des aiguilles qui étaient très bonnes. Il réussit à les calmer. Plus tard, ils recommencerent à murmurer, disant tout

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haut que les vents alizés qui régnaïent d’une manière si constante dans les parages où ils étaient et qui soufflaient toujours de l’est empêcheraient leur retour en Espagne. Ils se seraient mutinés à la fin, si par un heureux hasard, le vent n'avait changé et n’était devenu contraire, au moment même de leur plus vive effervescence.

Toute la traversée, ce fut ainsi une lutte permanente d'où le génie de l’Amiral dut sortir vainqueur. Depuis le départ de Gomera, il avait pris l'habitude de compter moins de lieues qu'il n'en faisait réellement, afin que ses marins ne perdissent point courage, si le voyage venait à se prolonger au delà de ses prévisions ; mais il n’était pas en son pouvoir d’abréger le nombre des jours. Or ils remarquerent bientôt qu'il y avait plus d’un mois qu'ils étaient absents d’Espagne, encore qu'ils se fussent arrêtés plusieurs jours aux Canaries. Leur impatience de voir la terre promise et d’y atteindre était très vive. [ls étaient à peine à six. cents milles du dernier port qu'ils avaient quitté, qu'ils épiaient déjà les moindres indices qui révèlent ordinairement en mer la proximité des terres. C'était une hirondelle marine qui ne s’aventure jamais à plus de vingt lieues des rivages, un moineau de rivière, d’autres oiseaux des forêts qui venaient se poser, en chantant, sur les mâts; enfin des algues vertes détachées des rochers où elles croissent. Ces indices se multipliaient au gré de leur impatience. C'était encore une grande obscurité qui ne pouvait planer que sur une terre qu'ils ne tarderaient pas à voir, ou des roseaux et de petits bâtons chargés de sapinettes que les lames avaient dérobés à quelque rivage prochain. Et chaque fois, les

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caravelles, fines voilières, couraient à l’envi l’une de l’autre, et à qui verrait la terre la première. La Mina, un jour, fit une décharge en signe de ce qu'elle la voyait, et arbora aussitôt son pavillon au bout du mât de hune. Tous les équipages entonnèrent le Gloria in excelsis Deo. Mais ils se trompaient, la terre ne parut pas. Ce désenchantement les fit passer de la joie à la mutinerie. [ls se mirent à se plaindre de la longueur du voyage. L’Amiral qui, depuis plusieurs jours, avait mis le cap tout à fait à l’ouest, changeant sa direction primitive du nord-ouest, « ne voulut pas s'arrêter, « comme il leur dit, aux îles qui se trouvaient dans les « parages du nord, parce que son but était de se rendre « aux Indes, et que perdre son temps en route, c’eût

été manquer de prudence et de jugement. J'entends

poursuivre mon voyage, ajouta-t-il, Jusqu'à ce

qu'avec l’aide de Notre Seigneur, je trouve les Indes, « Vos murmures et vos plaintes ne changeront pas ma « détermination ». Avant qu’il eût parlé ainsi, tous les hommes des équipages, courroucés d’impatience et de désespoir, s'étaient ameutés et proféraient des menaces, Sa vie pendant un moment était en grand péril. Et cependant le moindre sentiment de crainte ne se peignit sur ses traits. Son courage et ses paroles imposèrent, "au contraire, aux rebelles. — Alors il ranima leurs espérances du mieux qu'il put et par des propos plus doux et plus affectueux. La sédition s'apaisa entièrement. Après la sublimité d’un Dieu maîtrisant, au plus fort de la tempête, la fureur des flots, rien n’égale cette puissance du génie qui dompte l’exaspération des hommes mutinés contre lui danses déserts perdus de l'océan.

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