‹ Histoire des caciques d'HaïtiChapitre 14 sur 50 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

(1492) Les rivages du Marien, les premiers visités. — Signal d’alarme, à l'occasion de l’arrivée des Etrangers. — Port de la Conception, — E

Prise d’une jeune Indienne, amenée à bord et renvoyée ensuite à terre. — Une bourgade indienne découverte à quatre lieues du port. — Réception faite aux Etrangers par les Indiens de cette bourgade. — Rencontre de la jeune Indienne avec les Etrangers. — Entrée de leurs bâtiments dans un autre port, appelé par eux Port-de-Paix. — Visite d’un nytaino à bord. — Sa conversation avec l’amiral. Valparaiso. — Pêche faite par les Etrangers en compagnie des Indiens. — Premières relations commerciales. — Arrivée d’un canot chargé d’'Indiens de la Tortue. Injonction faite par un Cacique à ces Indiens de se retirer. — Leur retraite. — Fête de sainte Marie de l'O à bord des bâtiments étrangers. — Visite du Cacique au bâtiment amiral. Sa réception décrite par Colomb lui-même.

Les premiers rivages visités par les Efrangers arrivant inopinément furent ceux du Marien. Quelques Indiens qui habitaient un groupe de cabanes bâties sur une hauteur, à proximité d’une bourgade, observaient avec anxiété la marche des navires européens qu'ils devaient prendre pour d'énormes monstres marins. Suivant qu'ils les voyaient, en louvoyant, s'éloigner ou se rapprocher, ils se rassuraient ou ïüls tremblaient. Lorsque enfin ces voiles se dirigèrent décidément vers la terre, ils couronnèrent leur éminence de fascines, y

mirent le feu et s’enfuirent, emportant avec eux tout ce qu'ils possédaient et laissant leurs cabanes vides. Cette manière de faire des feux était un signal pour les Indiens. Ils en allumerent de distance en distance sur collines qui -longent ces côtes. En peu d’instants, toute la population riveraine fut avertie ainsi de se tenir sur ses gardes. De sorte que les Etrangers, en arrivant dans les lieux habités, trouvaient les cabanes ouvertes et vides et les traces des grands feux allumés sur toutes les crêtes.

Colomb, depuis qu’il avait appareillé de Saint-Nicolas, n'avait pas encore vu un seul habitant, et n'avait rencontré qu'une maison près du Môle. Mais plus loin, et en avançant plus au nord, il commença à découvrir de près quelques cultures, de larges sentiers el ce groupe de cabanes d’où son arrivée fut si singulièrement signalée. Il entra dans un port qu'il appela la Conception, et où il fut retenu plusieurs jours par des vents contraires. Une rivière assez grande vient s’y décharger. Sur ses deux rives s’étendait une forêt où les Espagnols pénétrètrent à la distance de plusieurs lieues sans rencontrer personne. Une fois trois d’entre eux découvrirent de loin une bourgade dont ils n’osèrent s'approcher, étant en si petit nombre. A leur retour, ils étaient encore sur la plage, lorsqu'un canot descendait la rivière chargé d'Indiens, venant en cet endroit pour voir ce qui se passait sur la mer et causait tant d’alarmes. Aussitôt qu’en arrivant, ils aperçurent ces matelots à terre et leurs vaisseaux à l'ancre, ils sautèrent tous sur la rive, ot, abandonnant leur canot, ils se mirent à fuir. Les Espagnols les poursuivirent et prirent une femme jeune et fort belle qu’ils amenèrent au vaisseau de PAmirai.

Les autres Indiens ne s’arrêtèrent dans leur fuite que quand ils se crurent hors de toute atteinte. Ils étaient convaincus d’avoir été ou trop imprudents ou trop malheureux, et déploraient au fond de leur forêt la perte de la jeune Indienne qui ne goûterait plus aucune joie de la vie et n’aurait ni une mort tranquille dans le désert, ni l’élégie funèbre, ornement de la sépulture, qui, lorsqu'elle est chantée sur une tombe, fait tressaillir de bonheur, n'importe où elle est, l’âme qui s’est envolée. — Son mari était inconsolable. Ce n’est pas que ce malheur ne leur arrivat souvent. Lorsque les Caraïbes surprenaient leurs bourgades, c’en était fait de ceux dont ils avaient pu s'emparer. Ils les emmenaient captifs pour les manger. Le seul mot Caniba ou Caritaba par lequel ils désignaient le pays de ces anthropophages les faisaient trembler. Mais ils n'avaient jamais vu des Caraïbes de cette espèce, et ils estimaient que ceux-ci devaient être plus redoutables que les autres, à cause de l’étrangeté de leur extérieur et du formidable appareil de leurs embarcations.

Mais l'Amiral avait dit à ses compagnons : « Prenez « donc quelques habitants pour leur faire honneur et « pour dissiper leurs craintes, afin que, s'il y a dans le « pays quelque chose d’avantageux, ce dont la beauté « du sol et la douceur du climat ne permettaient pas « de douter, nous puissions nous en emparer plus faci- « lement. » — Il ne se réjouit que trop de cette circonstance. Les Indiens qui étaient à bord parlèrent à la nouvelle-venue. [ls lui assurèrent que l’Amiral pensait qu'elle était belle, qu’elle n'avait rien à craindre, et qu’elle irait bientôt rejoindre son mari etses autres compagnons. Colomb lui donna des vêtements, des perles de verre,

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des grelots et des bagues de laiton. Puis il la renvoya dans sa chaloupe, en la faisant accompagner de ses gens et des femmes d'une peuplade de Cuba qui étaient aussi à son bord, et avec lesquelles la jeune Indienne du Marien avait été très joyeuse de se trouver. Elle eut quelque regret à s’en aller du bord, et, arrivée à terre, elle se sépara avec plus de peine encore de ses compagnes. Son retour inattendu causa la plus vive surprise parmi les siens. Elle s’empressa d'étaler à leurs yeux les présents s dont on l'avait comblée. Elle leur persuada que les étrangers, loin d'être des Caraïbes, étaient les meilleures gens du monde; qu'ils étaient d'ailleurs venus du ciel, et qu’ils en avaient apporté one pe cieux qu'ils donnaient avec générosité. Rien n'égalait la curiosité avec laquelle ces sauvages contemp ” ent les bagatelles livrées à leur examen par la jeune femme, si ce n’est leur joie d'apprendre que ces étrangers ne venaient pas pour les dévorer.

L'Amiral, comptant sur le bon effet de l'incident de la veille, envoya le lendemain neuf hommes bien armés et précédés d’un des Indiens du bord, à la reconnaissance de la bourgade. Ils l’atteignirent après une marche de plusieurs heures. Elle avait été évacuée à leur approche : : ilsn’y trouvèrent pas une âme. Les habitants n’en étaient pas loin ets’étaient cachés dans un bois voi-

. Is ne se fiaient pas encore à ces hôtes, malgré la preuve qu'ils Is avaient donnée de leurs bonnes disposit ions. Cependant sur les nouvelles assurances de l’Indien qui les guidait, les sauvages revinrent peu à peu et rentrerent dans leurs demeures. Enhardis bientôt par la confance, ils entourèrent les étrangers, et chacun vint apposer les mains sur leurs têtes en signe d'amitié.

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Les émissaires de l’Amiral étaient surtout ravis du spectacle qu'ils avaient sous les yeux. Ces Indiens étaient les plus beaux et les plus sociables qu'ils eussent encore vus. Leur bourgade, d’un millier de cabanes environ, était bâtie sur le bord d’une rivière abondante et limpide, et au milieu d’une vallée profonde plus belle que toutes celles de Cordoue. Les arbres y étaient verts et chargés de fruits, les herbes hautes et toutes fleuries. Des oiseaux qu'ils prenaient pour des rossignols y chantaient en multitude, et ils disaient que s’il y avait quelque chose au monde de comparable à la douceur de ces chants, c'était la douceur elle-même du climat. L'air pur et frais y était imprégné de tous les parfums de la forêt.

Les Indiens leur firent prendre du repos et leur apportèrent des fruits et une racine à laquelle les Européens trouvèrent un goût de châtaigne. [ls consentirent difficilement à laisser partir leurs hôtes. Ils leur donnèrent, pour l’Amiral qu'ils promirent d'aller visiter, un hamac et des perroquets. Le don d’un perroquet était surtout une marque d'amitié. L'utilité de cet oiseau en faisait le prix pour eux. Ils se servaient, pour leurs ornements, de ses plumes teintes des plus vives couleurs de leur ciel, en mangeaient la chair, et se plaisaient singulièrement au bruit de son caquetage, non moins qu aux cris de l’oie qui a le même instinct partout, et donne l’éveil sur le parapet des Capitoles, comme autour des cabanes.

Les étrangers avaient à peine quitté la bourgade qu'ils virent s’avancer à leur rencontre une troupe d’autres Indiens, en grand tumulte et poussant des ‘cris. — (Ce n'était pas l'ordinaire de ces sauvages. S'ils allaient en être attaqués, pensaient-ils. Ils pourraient cer-

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tainement, sans peineetsans grand danger, les repousser. Mais quelle fâcheuse extrémité, et combien cette première et gratuite hostilité serait, par la suite, suivie de difficultés ! La cohue s’approchait. Ils remarquèrent que ces Indiens portaient en triomphe une femme sur leurs épaules, et ils ne tardèrent pas à reconnaïtre la jeune Indienne qui avait été conduite à bord et si bien traitée par l’Amiral. Elle venait avec les siens remercier les Espagnols de leur générosité.

La nouvelle de tout ce qui s’était passé se répandit bientôt de bourgade en bourgade, jusqu’à celle où résidait Guacanagaric, le cacique du Marien, laquelle était située non loin de la ville actuelle du Cap. Partout, maintenant, sur cette côte, les Espagnols sont attendus, et les peuplades auxquelles ils ont été annoncés, au lieu de fuir à leur aspect, viendront au-devant d'eux et leur feront au contraire un accueil empressé.

Un Indien, recueilli à bord des caravelles, à peu près à seize milles en mer, au fort d’un mauvais temps, au moment où son canot allait être englouti, indiqua à l'Amiral un port voisin de celui d’où il sortait, à proximité duquel se trouvait une grande bourgade. La rade y est profonde et permet aux plus grands navires de mouiller à contiguité de la terre. Le flottille y vint jeter l'ancre et sur ce rivage que l’on touchait, plus de cinq cents Indiens accoururent à la première nouvelle de l’arrivée des étrangers. Beaucoup d’entre eux vinrent jusqu’à bord. « Ils portaient aux oreilles et aux narines « des grains d’un or très fin qu’ils donnaient aussitôt « avet plaisir. »

Colomb remarqua parmi ceux qui étaient restés à terre un jeune homme qui était l’objet de la déférence

et du respect de ceux qui l’entouraient. (était un grand personnage, un nytaino. Un gouverneur âgé et d'autres conseillers ne le quittaient pas. Ils parlaient et répondaient le plus souvent pour lui. Lui ne proférait que peu de paroles. — L’amiral lui envoya un présent. Un des Indiens de sa suite qui en était le porteur lui apprit que les chrétiens venaient du ciel, allaient à la recherche de l'or et désiraient savoir de quel côté était l’île Banèque ‘ qui est réputée en contenir beaucoup. — [1 lui répondit que c'était bien, qu'il y avait beaucoup d'or en effet dans cette île. Il indiqua le chemin à suivre, et dit qu'il ne fallait pas plus de deux jours pour s’y rendre. Il ajouta que si les étrangers avaient besoin de quelque chose de son pays, il le leur donnerait très volontiers.

[l manifesta son désir de voir l'amiral; dans la soirée même il alla à bord de son navire. Il était accompagné d'une nombreuse escorte. Il fut recu avec tous les honneurs dus à son rang. L’amiral lui apprit qu'il était au service des deux plus puissants souverains de la terre. [l répliqua qu'il n'ajoutait pas foi à ce que disait l'amiral, parce que sa conviction était qu'il arrivait du ciel. Au reste, son incrédulité était vivement partagée et fortifiée par les interprètes eux-mêmes de Colomb qui, tout en traduisant sa pensée, l’accompagnaient des réticences de leur doute.

L'Amiral fit servir au nytaino des mets de Castille. Il en goûta, et passa le reste à son gouverneur et aux autres gens de sa suite. En se retirant, le gouverneur indien insista beaucoup pour que les étrangers restas-

{ Voir l'Appendice à l’art. Banèque.

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sent quelques jours dans ces parages avant d'aller à 3anèque. Cette invitation entrait dans les vues de l’Amiral ; car il voulut se donner le temps de lier des rapports d'amitié avec les habitants de l’île et d'explorer un peu les lieux.

Ce port appelé plus tard le Port-de-Paix fut le premier où Colomb ait été accueilli avec une si franche hospitalité ; il y trouva un refuge paisible au sortir d’une violente tempête. Après avoir amarré ses vaisseaux, il entra avec ses chaloupes dans l’embouchure du fleuve qui s’y jette. Le courant en était très rapide ; il ne put pas le remonter très loin. Mais en jetant le câble à terre, et en se faisant remorquer par ses matelots, il arriva à un endroit d’où il put embrasser d’un coup d'œil la crande et magnifique vallée qui se déroulait devant lui à perte de vue. Elle s’étendait du côté de l’ouest jusqu'au port de la Conception. Par les fumées qui s’éleaient dans le lointain, il reconnut la bourgade que ses émissaires avaient visitée, quelques jours auparavant, et il voyait distinctement non loin de lui celle en vue de laquelle sa flottille était mouillée. Quel pays enchanté !

« C'est une chose merveilleuse, disait-il, de voir cette

« vallée, ces belles et bonnes eaux, ces terres si propres

à faire d'excellents jardins et à produire toutes les « choses du monde que l’homme peut demander. » Quelle végétation! Les feuilles des arbres cessaient d'y être vertes et devenaient noirâtres à force de verdir.

L'exclamation du pieux et enthousiaste voyageur, émerveillé du spectacle de ces lieux, en fut longtemps la poétique appellation : Valparaiso, s’était-il écrié, vallée du Paradis !

Les Indiens se mêlaient cordialement aux Espagnols.

HISTOIRE DES CACIQUES D'HAÏTI Fur

Les uns prenaient aussi souvent le chemin de la boursade, que les autres celui du bord. Les matelots allaient à la pêche, et les Indiens se faisaient un plaisir de les y accompagner et de jeter les filets avec eux. Bientôt des relations commerciales s’établirent entre eux. Ils procédaient à leurs échanges sur le rivage même. Les Espagnols y apportaient leurs bonnets de laine, leurs écuelles, leurs billes de verre, leurs grelots, et les Indiens leur or. Ce premier essai de négoce ne fut pas sans attrait pour ces sauvages. Ils s’y livraient avec plaisir. Les habitants d’une petite île voisine, tentés par le désir d'échanger aussi leur métal, accoururent à ce marché. Un canot monté par quarante indiens de la Tortue arriva un jour que le chef de la bourgade assistait et prenait part, avec une grande affluence des siens, à ces opérations commerciales. Aussitôt que les habitants de la Tortue débarquèrent, ceux d'Haïti, interrompant leurs échanges et jaloux apparemment de cette concurrence, s'écartèrent et s'assirent à terre. Comme les premiers persistaient à rester, le chef du lieu, qui était probablement un des caciques subalternes, gouverneurs de provinces, se leva seul, et par des paroles qui paraïssaient ôtre des menaces, il les obligea à rentrer dans leur canot; et, quand ils furent tous embarquées, il leur jeta de l’eau et ramassa des pierres sur le rivage qu'il lança dans la mer. Il expliqua ensuite aux Espagnols les motifs de son mécontentement. Chacun, disait-il, devait échanger son or chez soi. Il y en avait, d’ailleurs, beaucoup plus à la Tortue, puisque cette île était plus près de Banèque.

Le Cacique qui avait annoncé une visite à l'amiral, choisit pour la faire un jour qu'il y avait grande joie à

de

bord. Dès le-matin de ce jour, les bâtiments étaient pa-

et les pavillons ; le port retentissait de salves répétées en l'honneur de Sainte-Marie de l'O‘ dont les équipages célébraient la fête. Le cacique, porté en palanquin et suivi d’une foule d’Indiens, arriva

voisés avec les armes

sur le rivage et se rendit aussitôt à bord. L’amiral dinait sous le château de son navire.

« Au moment où le roi entra dans le bâtiment, dit l'a- « miral, enrendant compte au roi et à la reine d'Espagne « de cette visite, il me trouva à table sous le château « de la poupe; il vint droit à moi, s’assit à mes côtés, « et il ne me permit pas de me déranger, ni de me « lever de table avant que j'eusse terminé mon repas

Présumant qu'il aurait du plaisir à goûter de nos « viandes, j'ordonnai qu'on lui en servit de suite. « Lorsqu'il entra sous le château, il fit un signe de la « Main pour que tous ses gens restassent en dehors ; ils

s’empressèrent d'obéir à cet ordre, qu'ils exécutèrent « avec les plus grandes marques de respect, et ils « allèrent tous s'asseoir sur le pont, à l'exception de « deux hommes d'un âge mûr, que je jugeai être l'un « son conseiller, et l’autre son précepteur, et qui vinrent « s'asseoir à ses pieds. Le roi ne prenait de toutes les « viandes que je lui présentais que ce qui était néces- « saire pour me faire honnêteté et les goûter; il les « envoyait ensuite à ses gens qui en mangeaient tous. « Il en fit autant des boissons ; il se contentait d’en « mouiller ses lèvres, etilles donnaït ensuite à ses gens ;

Sainte Marie de l'O est une des 75 ou 80 Vierges qu’on honore en Espagne d’un culte particulier. L’O est la forme ‘de la ceinture naturelle de pierre qui entourent le Couvent et l'Eglise dédiée à cette Vierge sur une montagne près de Ségovie,

il faisait tout cela avec un air de dignité bien remarque ; il parlait peu; le petit nombre de paroles qu'il proférait étaient, autant que je pouvais les comprendre, bien judicieuses et bien réfléchies. Les deux personnages qui étaient à ses pieds examinaient le mouvement de ses lèvres, parlaient pour lui, s’entretenaient aussi avec lui, et toujours avec le e plus grand respect. Le repas Late, un écuyer apporta une ceinture en tout Ha pour la forme, à celle dont on se sert en Castille, excepté que le travail n'en est pas le même. Le roi la prit et me la remit, ainsi que deux morceaux d’or ouvré, qui étaient très SE . Lt Je m'aperçus qu’une garniture de mon lit lui plaisait; je la lui donnai ainsi que plusieurs beaux grains d' ambre que je portais à mon cou, des souliers de couleur et une fiole d’eau de ne d'oranger : il en fut si content que c'était merveille, et il était, ainsi que son gouverneur el ses conseillers, très chagrin de ce que nous ne pouvions pas nous des je compris néanmoins qu'il me dit « que si quelque chose d'ici me convenait, toute l'ile était à mes ordres. Penvoyai chercher un collier qui portait pour médaille £'xcellent d'or, sur lequel étaient gravés les portraits de Vos Alfesses: je lui montrai en lui répétant ce que j'avais dit hier, que Vos Altesses gouvernaient la plus grande partie du monde et quil n'y avait pas de princes aussi puissants. Je lui montrai aussi les bannières royales et celles de la Croix, dont il parut faire grand cas. ee grands seigneurs doivent être Vos Altesses, dit-il à ses conseillers, puisque sans aucune crainte, elles m'avaient envoyé dans ce

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pays, de si loin et du ciel; il dit encore beaucoup d’autres choses que je ne compris pas ; mais je vis bien qu'il était émerveille.

« Lorsqu'il était tard, ajoute le journaliste du voyage, et qu'il voulut partir, l'amiral le renvoya avec distinction dans le canot, et le fit saluer de plusieurs décharges de mousqueterie. Descendu à terre, il se plaça sur son brancard, ét s'en alla avec son cortège, composé, comme nous l'avons dit, de plus de deux cents hommes. et son fils le suivit, porté sur les épaules d’un Indien très distingue. Il fit donner à manger et rendre de grands honneurs à tous les marins et à toutes les autres personnes des vaisseaux, partout où on les rencontrait. Un matelot dit qu'il l'avait rencontré dans sa route, et qu'il avait vu que les objets que l'amiral lui avait donnés étaient portés devant lui par un nombre égal de personnes, qui lui paraissaient être les plus marquantes.

« Le fils du roi le suivit pendant assez longtemps avec une escorte semblable à la sienne, et il y en avait une autre aussi nombreuse pour un frère du mème monarque, avec la différence que ce frère marchait à pied, appuyé sur les bras de deux hommes notables. Ce dernier vint au vaisseau après le roi et Amiral lui donna quelques-uns de ses objets d'échange. Ce fut alors que Amiral apprit que le ro! était nommé Cacioue dans la langue du pays. »

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