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CHAPITRE VII

Révolte de l’Acaïde Roldan. — Ses menées. — Ses partisans. — Conséquences de cette révolte. — Entreprises de Roldan pendant l'absence de l’adélantade. — Don Diégo, frère de l’adélantade, pour éviter un éclat, envoie Roldan patrouiller dans la Véga et le Cibao, sous prétexte d'y mettre bon ordre et de recouvrer les tributs arriérés de plusieurs Caciques. — Roldan accepte la mission et la fait tourner au profit de ses intrigues. — Sa propagande parmi les Indiens. — Les Indiens l’accueillent avec faveur, sans conspirer encore ouvertement avec lui. — Roldan pousse les Caciques Guarionex et Manicatoex à camper avec lui. — Ils sont hésitants. — Sur ces entrefaites, l'adélantade est de retour du Xaragua et Roldan arrive en même temps à Isabelle. — Ce chef des conjurés espagnols prémédite aussitôt un coup de main contre l'adélantade. — Exigences de Roldan, demande à l’adélantade de remettre à flot la caravelle récemment arrivée du Xaragua. — Refus de l’adélantade. — Roldan tente de piller les dépôts publics. — Il sort de la ville à la tête de ses partisans. — 1] essaie de gagner les garnisons du fort Conception et d’un village indien. — Insuccès. — L'adélantade se rend avec des forces dans la Véga pour assister la garnison de la Conception contre les insurgés. — Pourparlers inutiles. — Convention néanmoins arrêtée entre Roldan et l'adélantade que le premier se retirera sur un point du territoire pour y attendre le jugement du roi et de la reine sur leurs différends. — Durant ces entrefaites, deux navires arrivent d'Europe à Santo-Domingo et apportent des subsides, des renforts, des lettres de l'amiral, et la confirmation royale- de l’adélantade au poste qu’il occupe. — Celui-ci sort de la forteresse pour se rendre à Santo-Domingo. — Il'traverse les conjurés qui n’osent point l’attäquer. — Roldan le suit à distance avec sa troupe et va cantonner dans la province de Bonao, dans le voisinage de Santo-Domingo pour épier les mouvements de la ville. — Roldan part pour le Xaragua. — Un Cacique

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tributaire de la Véga lève l'étendard de la révolte. — Faux mouvement. — Il est abandonné et se réfugie auprès de Guarionex. — Celui-ci, irrité, le fait mettre à mort. — Guarionex lui-même est obligé de camper. — Ilest aussi abandonné par ses sujets frappés de terreur panique. — Ilse réfugie à son tour auprès de Mayobanex et lui demande protection. — Campagne de l’adélantade dans la province de Ciguay. — Bataille au passage d’une rivière, — Le chef espagnol envoie des députés à Mayobanex lui demander l’extradition de Guarionex. — Belle réponse du cacique des Ciguayens. — Nouvelle ambassade. — Insuccès. — Les derniers députés envoyés par l’adélantade sont massacrés. — Incendie des villages des Ciguayens. — Les Espagnols s'emparent de la résidence de Mayobanex. — Fuite des deux caciques dans les montagnes de Ciguay. — Mayobanex est découvert, arrêté et conduit à l’adélantade. Sa famille est prisonnière avec lui. — L’adélantade fait grâce à la sœur du cacique sur les sollicitations de son mari. — Les Ciguayens, encouragés par cet acte de générosité, demandent la grâce de leur cacique. — L’adélantade ne la leur accorde pas, mais 1l remet en liberté la famille de Mayobanex. — Guarionex est arrêté et conduit lié et garrotté à la Conception, où l’adélantade était de retour, après avoir pacifié la province de Ciguay,

L'absence prolongée de l’adélantade loin d'Isabelle y avait laissé le champ libre aux intrigues et à la turbulence des colons européens, et l’imprudente conduite d’Aguado était un fâcheux précédent pour tout audacieux qui voudrait désormais troubler la colonie. La marche à suivre dans cette voie de désordre était tracée : dénoncer les Colomb comme des étrangers cupides et sans cœur, n'ayant d'autre but que de s’élever aux honneurs et d'acquérir des richesses par la servitude des Espagnols ; promettre de faciliter le retour dans leurs loyers à ceux qui se repentaient de les avoir abandonnés; faire briller la perspective d’un changement de situation aux yeux de ceux qui, en dépit de leurs souffrances mortelles, de la misère et de fréquentes famines, étaient résolus néanmoins à vivre dans l'éloignement de leur pays natal, en attendant l’occasion de faire fortune dans

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ces régions nouvelles ; prêcher un régime de licence à des esprits impatients de se lancer dans toutes sortes d'aventures, les gagner en flattant leurs mauvais penchants et en excitant leur perversité, réclamer enfin en faveur des fndiens opprimés, les pousser à la rébellion, et se donner pour leur libérateur.

C'est ainsi que s’y prit l'Alcaïde Roldan pour fomenter, contre l’autorité de Colomb et de ses frères, la conjuration la plus implacable et la plus préjudiciable en même temps à la colonie. Cette révolte de Roldan est remarquable par les conséquences qui en résultèrent. Son projet ne paraissait pas précisément de ravir toute l'influence et le pouvoir aux Colomb ; il prétendait surtout rester dans l’obéissance de ses souverains et des lois de la métropole, et n'agir qu’en leur nom. Il s'était mis à la tête d’une faction qui aspirait à coloniser une partie de l’île, en dehors du pouvoir et même du patronage de G. Colomb. La plupart des voyageurs qui avaient suivi l'amiral, dans le Nouveau-Monde, étaient des hommes sans aveu, mal à l’aise dans leur société, à charge aux leurs et peut-être à eux-mêmes, avides de nouveauté et d'aventures périlleuses, plus capables de crimes que de bien, vivant de scandale et de trouble, comme des salamandres de feu. Et, à cette époque, ily avaiten Espagne une classe nombreuse de cette vile engeance, l’écume de la nation, qui avait su apprendre de la chevalerie du siècle l'audace etla bravoure, rien que cela, mais quin'en avait ni le cœur, ni l'âme, qui en ignorait les vertus, et ne se doutait pas que les prouesses et les prodiges qui s’accomplissaient sous ses yeux fussent l’œuvre de la noblesse des sentiments, de l'honneur et de la magnanimité, Elle les attribuait à ce vulgaire courage

(elle n’en avait pas d'autre elle-même), à cette intrépidité de bête fauve qui fait surmonter quelquefois le péril et braver la mort. Quel événement lui pouvait être plus favorable qu’un Nouveau-Monde ouvert à son activité, à son insubordination, à ses goûts de combats et de conquêtes ! Quelle carrière plus vaste et plus lucrative à sa cupidité ! Aussi y accourut-elle empressée. C'est elle qui acheva la découverte du nouveau continent en pénétrant partout; c’est par elle que Pizarre conquit le Pérou, et Ferdinand Cortez le Mexique.

Tant que la route de lAtlantique n’était encore le secret que du génie de G. Colomb, il pouvait contenir dans la soumission et l’obéissance les hardis aventuriers qui s'étaient confiés à sa fortune. Terrible épouvantail, en effet, que deux mille lieues de mers inconnues, où un seul homme était en état de frayer, au besoin, le retour dans la patrie! Mais du jour où ces mers étaient libres et ouvertes au premier navigateur venu, c'était à qui déclinait l'autorité de l’illustre pilote, le reniait et courait, pour son compte, aux découvertes. Roldan donna le signal de cette rupture ; Ojeda et Vespuce Améric se détachèrent bientôt de Colomb, et commencèrent ce mouvement de découvertes partielles par lequel en si peu de temps tout le vaste hémisphère fut exploré.

Roldan conspirait depuis longtemps. L’'Espagnol qui avait outragé la femme de Guarionex était un de ses amis, et avait été condamné à mort. Roldan avait conçu le projet de le délivrer, en suscitant dans la foule qui serait réunie au moment de l'exécution, un tumulte à la faveur duquel il aurait poignardé de sa propre main l’adélantade. Maïs soit que celui-ci, instruit de ce qui se tramait contre lui, voulût prévenir l'événement, soit

qu'il n'écoutät que son cœur, il fit grâce au coupable, et détourna ainsi les coups qui le menaçaient. Peu après, Roldan, qui s'était forméun parti considérable parmiles mauvais sujets de la colonie, ourdissait quelque autre

coup de main contre Diégo Colomb à qui son frère.

avait confié, en s’absentant, le commandement d’Isabelle. Mais Diégo, averti du danger qu’il courait, des nombreux partisans de l’Alcaïde, et craignant de ne pouvoir lui opposer qu’une faible résistance, imagina de l'éloigner au plus tôt de la ville. Sous prétexte que plusieurs caciques négligeaient ou refusaient de payer le tribut, il le chargea d'exécuter une tournée dans la Véga et le Cibao pour y mettre bon ordre, et recouvrer les tributs arriérés. Roldan ne fit aucune difficulté d'accepter cette mission, en prenant, à son tour, occasion de rallier son parti, de se mettre en campagne, et de lever, une bonne fois, l’étendard de la révolte. Il était à la tête d’une patrouille de quarante hommes armés, quand il sortit d'Isabelle. Sa troupe se grossit bientôt d’affidés qui vinrent de divers endroits le rejoindre. Il avait même recruté des [ndiens à sa suite. Il avait soin, pour que sa marche n’inquiétât pas les autres Indiens, de s’annoncer à l'avance dans leurs villages, et de les rassurer sur l’objet de sa visite. Partout où il passait, il faisait une propagande en faveur de leur libération. [Il leur tenait le langage le plus contraire à ses instructions, et leur disait qu'il n'avait accepté d'être envoyé pour les vexer et opprimer que pour saisir, au contraire, l’occasion de les protéger et de les délivrer du joug des Colomb ; qu'il avait ordre d'exiger avec toute sorte de rigueurs l'acquittement de leurs tributs arriérés; mais qu'il prenait sur lui de les autoriser à ne rien payer, et de les

affranchir désormais de toute imposition. Malgré l'état de prostration morale de ces populations aborigènes si maltraitées, si malheureuses, si résignées, 1l réussit à les agiter d’un fol espoir de sédition et de délivrance. Si cependant elles s'étaient laissé entièrement persuader, elles se seraient levées en masse à sa suite; mais découragées par tant d'efforts inutiles," déjà tentés, de cruelles défaites, elles se contentèrent de faire bon accueil aux agitateurs, de les fêter, et de leur offrir de l'or et des vivres. Quelques exaspérés seulement les suivirent.

Roldan s’attacha à voir Guarionex et Manicatoex, et à exciter dans leurs cœurs le désir qu’ils devaient avoir de se venger. C'’étaient, il est vrai, les caciques qui avaient eu le plus à se plaindre des Espagnols ; mais ils avaient été aussi les plus frappés, et ils savaient, par de cruelles expériences, ce qu'il y avait à appréhender de tentatives d’insurrection avortées. Et, cependant, ils écoutèrent avec complaisance les instigations de Roldan, mais sans oser camper avec lui. Is firent plus ;-ils ravitaillèrent sa troupe et lui donnèrent volontairement plus d'or qu'il n'aurait fallu pour acquitter leurs tributs. Il n’y gagnaient rien et se compromettaient sérieusement et gratuitement, eux surtout qui étaient des vaincus graciés, et qui ne continuaient à régner sur leurs peuplades que par une sorte*de concession ou de tolérance de leurs dominateurs. Ces hommes de la nature n'avaient nulle politique ; les calculs de la prudence n’entraient pour rien dans leur conduite. Lors même qu'ils ont eu l'air quelquefois d'agir avec réflexion ou par suite de quelque combinaison, ils étaient, en réalité, comme toujours, menés par la main du hasard. Toujours ils étaient à la merci des événements.

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Dans ces entrefaites, l'adélantade arriva du Xaragua à Isabelle, et y trouva la caravelle qui y était entrée quelques jours avant lui, avait opéré son déchargement, et avait été tirée sur le rivage, hors de mer, à cause de quelques turbulents du parti de Roldan, restés dans la ville, qui parlaient de s’en emparer. Roldan survient en même temps, ayant appris sans doute le retour de l’adélantade. Il se saisit du prétexte que ses partisans avaient pris de s'agiter; il se plaint que l’adélantade, sans commisération pour la famine publique, aime mieux laisser un bâtiment pourrir dans le sable que de lenvoyer en Espagne chercher des subsides et des provisions. [Il éclate en menaces et demande avec arrogance que l’adélantade remette la caravelle à flot et l’expédie. Celui-ci, réduit à n’opposer au rebelle Alcaïde que son énergie personnelle, refuse avec hauteur. C'était une manière de le défier, comme s’il attendait l'effet de ses menaces pour l’atteindre plus sûrement. Il eût agi autrement; 1l eût fait arrêter et punir Roldan sur-lechamp, si, après avoir sondé les esprits, il n'avait craint de partager la ville en deux camps, et d’être le premier à commencer une guerre civile qui eût infailiblement perdu la colonie. Roldan, après avoir vainement tenté, cependant, de se rendre maître de l'arsenal et des magasins d'Isabelle, en sortit précipitamment, et se remit à battre les campagnes environnantes à la tête de sa roupe, augmentée d’adhérents furieux.

Îl se présenta devant le fort Conception pour s’en emparer, après avoir essayé d'en gagner la garnison; mais Miguel Ballester, qui y commandait, refusa de communiquer avec lui, et ferma les issues de la forteresse, à son approche, lui faisant dire avec fermeté qu'il

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tirera sur sa troupe, s’il ne s’éloigne au plus vite. Il se rejeta alors sur le village où résidait Guarionex, et y trouva une faible garnison d’'Espagnols commandée par un officier du nom de Ballantes. Ayant échoué dans ses efforts pour les décider à prendre parti avec lui, il voulut les violenter et les rallier par la force, mais ces quelques hommes courageux se barricadèrent dans une hutte indienne, résolus à une résistance désespérée. Cette héroïque démonstration imposa à Roldan. Il n'osa point les attaquer, et s’éloigna après avoir pillé tout ce qu'ils avaient, bagages et provisions. Il reparut bientôt dans les environs de la Conception. Mais l'adélantade s'ytrouvait avec des forces. Cet homme, d'ordinaire si prompt à se résoudre et à agir, était plein d'hésitations dans toute cette affaire de Roldan, et cela tenait assurément, dans une querelle de cette nature, à sa fausse position d’étranger au milieu d'Espagnols exaspérés par de longues souffrances, et travaillés par l'esprit de mutinerie. et de folle ambition. Il avait hésité à se mettre à la poursuite de Roldan, sortant d'Isabelle, ayant eu des motifs de craindre que ce conjuré, se jetant dans les plaines de la Véga, ne se rendit maitre facilement des positions fortifiées, notamment de la Conception dont il soupçonnait le commandant d'être d'intelligence avec la révolte. Mais lorsque des messagers vinrent lui apprendre ce qui s'était passé, et lui demander de prompts secours de la part du commandant du fort, cette circonstance inattendue, en déconcertant les mauvaises dispositions qui se manifestaient autour de lui, remonta un peu sa confiance, mais non pas son Courage, car il s’en fallait encore qu'il fût abattu. Il reprit assez d'autorité pour rallier et mettre en campagne des

forces suffisantes au delà, pour battre et disperser les insurgés, et il se porta en toute hâte à la Conception. Quoi qu À en soit, là, en face et si près de cette troupe égarée et provocatrice, il répugnait encore à lui livrer combat. Traité déjà d’étranger par ceux qui étaient avec lui et contre lui, il paraissait surtout s’arrêter devant la pensée de faire verser le sang espagnol par des Espagnols, et craindre d’en être accusé, vainqueur ou vaincu. l préféra parlementer. Il fit proposer une entrevue à Roldan qui l’accepta et s’empressa de s'y rendre. L'adélantade, prenant le premier la parole, lui reprocha, d’abord, et comme la faute la plus grave, de s'être mis en rébellion contre l'autorité de ses souverains, et retraça sous ses yeux, avec de vives remontrances, les conséquences désastreuses de sa conduite, la guerre civile allumée parmi ses propres compatriotes, et l'exemple funeste donné aux Indiens de pareilles dissensions. « Enfin, lui dit-il, le comble de l’imprudence et du malheur était d'entraîner ces insulaires dans sa révolte insensée. » Roldan, en lui répondant, se défendit fort d’être rebelle au roi et à la reine d’Espagne ; il assura, au contraire,

qu'il a “a pris les armes pour venger leur autorité Coifire l’abus qu’en faisaient les Colomb qui étaient les véritables insurgés contre la souveraineté royale, en opprimant indignement Espagnols et Indiens. Mais l’adélantade, ne voulant pas insister plus longtemps sur des récriminations de cette sorte, lui répliqua que leurs souverains seront, en temps nécessaire, juges entre eux, mais que, ce qui importait, pour le moment, c'était qu’ils ne compromissent pas le sort de la colonie par leur désordre. Il l'exhorta à ne pas engager de lutte avec ses frères, à se retirer sur un point du territoire occupé qu'il laissait

à son choix ; et, là, à attendre avec confiance, puisqu'il se croyait dans le droit, le verdict de leurs souverains. Roldan parut un moment y adhérer, et lui dit de désigner lui-même cet endroit. Alors l’adélantade lui désigna le village où commandait l’Indien Diégo Colon, ancien interprète de la flotte, marié, depuis, à la fille de Guarionex. Roldan objecta qu'il n'y trouverait pas assez de subsistances pour lui et ses compagnons d'armes, et qu'il préférait, tout considéré, allait s'établir dans le pays du Xaragua qui abondait en ressources. Et, brisant là l’entrevue, il se retira. L’adélantade crut devoir aussitôt prendre ses dispositions pour repousser une attaque probable; mais Roldan, eh se séparant de lui, s’empressa de lever son camp, et il disparut. Le premiér, par les motifs qu'il a déduits de prudence et de sagesse, évilait soigneusement un conflit, tandis que la crainte seule d’un adversaire actif et détérminé, comme l’adélantade, contenait le chef des insurgés.

De la Conception, Roldan alla tomber, à l’improviste, sur [sabelle, profitant de l'éloignement où il avait laissé l’adélantade. Cette invasion subite et tumultueuse jeta la ville dans la confusion, et 1l se mit à piller impunément dans les magasins et les dépôts publics tout ce que sa troupe pouvait emporter de vivres et de munitions.

Il essaya de remettre à flot la caravelle qui avait servi de prétexte à sa levée de boucliers, afin de pouvoir tränsporter plus commodément et plus expéditivement dans le Xaragua ses affidés avec leurs armes et bagages. Mais soit quil craignit d’être surpris dans cette opératon, qui exigeait du temps, par l'adélantade survenant inopinément, soit que mieux pourvu de troupes, d'armes et de munitions, il résolüt d'aller assaillir, de nouveau,

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la garnison de la Conception, il abandonna tout à coup son entreprise, et évacua la ville.

L'adélantade fut bientôt informé de ce qui s’était passé à Isabelle; mais il apprit en même temps le retour de Roldan dans le voisinage de la forteresse. Il prit les mesures d’une vigilante défensive, persistant toujours, fût-il provoqué, à n'être pas l’agresseur, La nouvelle lui parvint aussi que deux bâtiments étaient arrivés à Santo- Domingo, apportant des munitions de toute sorte, et un renfort de troupes européennes. Il avait reçu, par cette occasion, des dépêches de son frère, qui, contre l’attente de ses ennemis en Espagne comme à Hispaniola, jouissait encore des faveurs du roi et de la reine, et la confirmation royale de son autorité d’adélantade, heureuse circonstance qui le sauvait, lui et la colonie, des dangers imminents de leur situation. De meilleures ‘dispositions se manifestèrent autour de lui. Il pouvait, désormais, commander et être obéi. Tandis que la révolte en était devenue moins audacieuse dans ses prétentions, lui reprenait plus d’ascendant sur ses subordonnés et plus de foi dans sa cause qui était, à n’en plus douter, pour ceux qui le contestaient, la cause légitime et légale. Il était attendu à Santo-Domingo, et il était urgent qu'il sy rendit. Au risque d’une rencontre, il sortit avec sa troupe de la forteresse, et prit la route de Santo-Domingo, en passant au milieu des conjurés qui n’osèrent point l’attaquer. Roldan le suivit à distance, pendant tout le trajet, et s'arrêta à la proximité de Santo-Domingo, dans la province de Banao, où il demeura quelque temps, épiant, de là, les mouvements de la ville.

ette brusque sortie de Barthélemy avait néanmoins dérouté bien des projets. Depuis le dernier retour de

Roldan dans la Véga, soit qu'il eût antérieurement décidé Guarionex à se soulever, soit que celui-ci n’eût enfin cédé à ses instigations que par la crainte des forces plus imposantes à la tête desquelles il était revenu cette fois, tous les Indiens de la Véga allaient entrer dans le mouvement des conjurés espagnols. Le complot était trame ; tout avait été prévu, arrêté, et devait s’exécuter à un jour convenu. Assiéger étroitement le fort, intercepter les communications, réduire la garnison par famine, et exiger la tête de Barthélemy pour prix d’une infaillible capitulation, tel avait été le plan, renversé, comme on l’a vu, par une circonstance des plus fortuites. Malgré ce contretemps, malgré ce départ de l’adélantade et surtout de Roldan qui rendait nulles les combinaisons primitives, et quoiqu'il fût convenu entre les chefs indiens de la conspiration de temporiser et d’attendre, un imprudent cacique du village le plus voisin de la Conception, prit étourdiment les armes avec sa bande. À la seule nouvelle que la garnison espagnole venait pour l’attaquer, sa horde se dispersa, et, lui, se voyant abandonné et exposé à être pris, se réfugia auprès de Guarionex. Sa retraite précipitée jeta l'alarme dans le village du cacique souverain, et Guarionex, indigné, fit mettre à mort le fuyard. Cet acte énergique ne réussit, cependant, pas à arrêter la panique. Tout le village fut bientôt évacué. Les Indiens se disperserent dans les bois, et Guarionex, resté seul avec sa famille, pour échapper à la poursuite et à la vengeance de l’adélantade, ne tarda pas à gagner les montagnes inaccessibles de Ciguay. Il alla demander asile à son tour à Mayobanex, chef de ce territoire.

La province montagneuse de Ciguay, décrite plus loin,

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était, comme on l’a vu, située au nord-est de la Magua et considérée comme une dépendance de cette dernière. Il est nécessaire de rappeler qu’elle était habitée par une population plus robuste et plus belliqueuse que les autres aborigènes d'Haïti. Cette population était, sans nul doute, presque entièrement composé de caraïbes de récente émigration ; et, en outre, elle avait conservé, à très peu de différence près, les mœurs et le caractère de la race de ce nom qui peuplait les petites îles, et une partie de la Terre-Ferme. G. Colomb, en retournant en Espagne de son premier voyage, avait alterri quelques jours dans ces parages. Il présumait alors que ce territoire était la continuation de l'Ile d'Haïti; et assurément, il n’en jugeait pas ainsi par ses habitants qui lui paraissaient, au contraire, difiérer beaucoup des autres Haïtiens. Il croyait . avec raison qu'ils étaient Caraïbes, d’après la description qui lui avait été faite de ces anthropophages. Ceux qu'il avait vus, sur le rivage, avaient la figure toute noircie de charbon, suivant l’usage dans toutes ces nouvelles contrées, de se peindre de diverses couleurs. Leurs cheveux, très longs, ramassés et attachés en arrière, étaient placés dans une espèce de bourse de plumes de perroquet, et ils étaient entièrement nus. Ils étaient : forts et de haute stature, et leurs traits respiraient la férocité et l'énergie. Ils étaient tous armés d’arcs et de flèches.

Il y avait un groupe environ de ciñquante-cinq de ces sauvages cachés derrière les arbres dgla rive, lorsqu'une chaloupe, que l’amiral envoya pour régonnaitre la côte, y aborda. Un Indien, qui était avec les Espagnols, leur parla. Ils parurent le comprendre, quoiqu’ils ne s’exprimassent pas dans la mème langue que lui, et ils dépo-

sèrent aussitôt sur le sol leurs flèches et les bätons qu'ils portaient en guise d'épée. Ils s’approchèrent de la chaloupe. Mais au moment où les Espagnols allaient descendre ils coururent à l'endroit où ils avaient laissé leurs armes, les saisirent et revinrent, en furieux, assaillir l’'embarcation à grandes volées de flèches. Les Espaonols n’en descendirent pas moins, en ripostant par des feux, et le sabre au poing. Le combat, pendant un instant, fut assez vif et sanglant. Cependant les Ciguayens furent mis en fuite, et c’est depuis lors, et en souvenir de cette action que l'amiral appela la baie où elle avait eu lieu, la baie des Flèches.

Guarionex, comptant sur l’indomptable courage des Ciguayens et l’inaccessibilité des lieux, se flattait que l’adélantade n'y viendrait pas le chercher. Quels que fussent ses regrets d’avoir été obligé d'abandonner ses États et les délices de la Véga, il se consolait néanmoins d’avoir sauvé ses jours et sa famille, et d’avoir trouvé près d’un ami fidèle un sûr refuge et une hospitalité généreuse.

Tandis que l’infortuné Cacique entretenait cette dernière et trompeuse illusion, l’adélantade, de son côté, ne perdait pas l’espoir de l’atteindre. Il s’y préparait au contraire, Îl avait été instruit des circonstances de la fuite et de la retraite de Guarionex. Quand il eut rendu publies les actes et les nouvelles venus d'Europe, et que surtout il fut délivré de la préoccupation que lui occasionnait la proximité de Roldan et de sa bande parts enfin pour Xaragua, il se mit en campagne contre les Indiens. L’orage longtemps contenu des dissensions et des ressentiments des Espagnols entre eux va éclater maintenant sur les malheureux insulaires. Nos conqué-

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rants sont dans l'habitude de se passer de ménage-

ments envers eux; aussi vont-ils payer cher leur complicité avec le parti de Roldan. Les Espagnols, cependant, depuis qu'ils sont dans l'Ile, n'auront pas entrepris une guerre plus rude et plus périlleuse que celle qu'ils vont faire aux Ciguayens. D'abord, la campagne s'ouvre par de terribles préliminaires. Les Ciguayens devancent l’adélantade dans le commencement des hostilités. Il n’était pas encore sorti de Santo-Domingo pour marcher contre eux, qu’ils descendaient déjà de leurs montagnes et se ruaient sur la Véga, y promenant l'incendie, rasant par le feu les villages des Indiens qui avaient eu la lâcheté d'abandonner leur cacique, et consumant les pâturages et les forêts, pour que les Espagnols n’y trouvassent ni un fruit pour aliment, ni un brin d'herbe pour leur cavalerie. Ces incursions cessèrent à l’arrivée de dom Barthélemy dans la Véga, à la tête de son armée. Mais il trouva cette belle plaine ravagée et désolée. I ne s’y arrêta pas longtemps. [n’en partit que plus tôt pour atteindre un ennemi si dangereux. Il fallait être décidé à braver toute sorte d'obstacles et de rigueurs pour

gravir, en guerroyant, ces äpres montagnes du Ciguay

qui s'élèvent entre la Véga, d’autres plaines et la mer. Il ne s’y trompait pas de route à proprement parler ; on n'y marchait que dans les creux ou fentes de rochers ouverts par les torrents. En plus de vingt endroits de ce défilé continu, quelques Indiens eussent pu arrêter et anéantir, non pas une poignée de téméräires comme celle oui suivait l'adélantade, mais des armées nombreuses et redoutables. Comment n’y songèrent-ils pas ? Comment désertèrent-ils ainsi leur cent thermopyles, et en laissèrent-ils le passage libre, et impuni à des enva-

hisseurs si faibles en nombre ? Rien que par l'effet, sans doute, d’un futile stratagème de l’adélantade. Les Espagnols, tout en marchant, faisaient, par intervalle, des décharges de mousqueterie dont l'écho de ces montagnes multipliait le bruit, et les [ndiens se cachaïent ou fuyaient devant ces détonations épouvantables.

Du pied de ces montagnes, sur l’autre versant, une plaine qu’elles enserrent, vaste et couverte de forêts, s'étend jusqu’à la mer. Elle est arrosée par plusieurs rivières, dont une, profonde et rapide. Les Espagnols pénétrèrent hardiment dans cette région qui leur était tout à fait inconnue; maïs ils avaient pour s’y guider une troupe d’Indiens auxiliaires. Ils y cheminèrent plusieurs lieues, sans rencontrer une âme, à travers des savanes désertes, mais non arides, et des forêts noires et opaques, presque sans issue, où ne retentissait que le bruit de leurs pas. Cependant des espions, cachés dans l'épaisseur des bois et-des halliers, ne cessaient d’épier leur marche silencieuse, depuis leur entrée dans cette plaine. Ils arrivèrent enfin sur les bords de la rivière dont, de loin, sur la montagne, ils avaient contemplé le cours. Ils avaient aussi apercu, le long de ses rives, des villages ou des habitations humaines qu'ils avaient bien reconnus qu'aux fumées qui s’en élevaient. Ils ne s'étaient pas trompés. Ils entrèrent dans ces villages, et y firent quelques haltes; mais ils n'y trouvèrent ni feux, ni habitants. En cherchant un gué pour traverser l’eau, ils surprirent dans les roseaux touffus du bord, deux Indiens qui étaient là, sans doute, comme des sentinelles avancées. Ils ne réussirent à s'emparer que de l’un d'eux, l’autre s’étant jeté dans le torrent, et leur ayant échappé en fuyant à la nage. Ils

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apprirent, en interrogeant leur prisonnier, qu'une forte armée d’Indiens les attendait au delà de la rivière: et, effectivement, en la traversant, ils étaient à peine au milieu du courant, que la rive qu'ils allaient atteindre se couvrit tout à coup de plusieurs milliers de sauvages qui sortirent des bois et les chargèrent avee des cris effroyables. Si cette nuée de Ciguayens avait assailli la petite armée espagnole, dans la position où elle était, avec moins de tumulte et de confusion, elle l’eût criblée tout entière sous ses flèches. Mais quoique l'attaque fût plus impétueuse que meurtrière, les Espagnols n’en eurent pas moins un bon nombre des leurs morts ou blessés. En aucune rencontre avec les Indiens, ils

n'avaient essuyé plus de pertes, et ils n'avaient jamais non plus supporté un choc plus terrible. Ils parvinrent à grand’peine à gagner la rive, toujours en combattant. Mais là, sur le sol ferme, ils formerent immédiatement leur ligne de bataille, et dirigèrent sur les assaillants un feu vif et des plus nourris. Indépendamment de la supériorité de leurs armes, ils avaient maintenant l’avantage du terrain. Il n’était pas spacieux, en sorte que leur petit nombre leur permettait de s’y déployer et d’y manœuvrer à l'aise, tandis que la multitude de leurs adversaires s’y massait, et offrait beau jeu à leur mousqueterie. Les Ciguayens disputèrent néanmoins, longtemps, le champ de combat; mais la lutte devenait à la fin trop meurtrière pour eux, ils se retirèrent en désordre, comme ils étaient venus, laissant derrière eux beaucoup de morts et quelques prisonniers.

L’adélantade, qui avait hâte d'arriver à la résidence de Mayobanex, ne s’arrèta pas pour jouir de sa victoire et reprendre haleine. Sa route était semée d’embus-

cades. À chaque pas, il était obligé de lutter contre des bandes de Ciguayens qui le harcelaient. Il fit enfin halte, pour donner un peu de repos à sa troupe fatiguée de combats, dans un petit village, distant de quelques milles seulement de celui où résidait Mayobanex, et qui était situé vers le cap Cabron. De là, il dépècha vers ce cacique un des Indiens de l'expédition, accompagné d’un Ciguayen prisonnier. Îl demandait l’extradition de Guarionex. Mayobanex y obtempérant, il lui promettait paix, alliance et protection, sinon, il menacait de mettre son territoire à feu et à sang. Le cacique des Ciguayens, entouré de ses principaux dignitaires, et Guarionex présent, reçut le messager de l’adélantade et l'écouta patiemment. « Dites aux Espagnols, « répondit-il à celui-ci, quand il eut fini de parler, qu'ils « sont méchants, cruels et tyranniques ; qu'ils usurpent « les territoires des autres, et versent le sang innocent. « Je n’ai aucun désir de l’amitié de pareils hommes. « Guarionex. lui. est un homme bon; et il est mon ami «et mon hôte. Il s’est réfugié auprès de moi, j'ai pro- « mis de le protéger, et je tiendrai ma parole. »

Cette réponse du magnanime sauvage fut rapportée à l'adélantade, et aussitôt il fit mettre le feu au village où il était cantonné, et à tous ceux des alentours. Pendant que les flammes dévoraient ces habitations des pauvres Ciguayens, et qu'ils dussent craindre que l'ennemi ne vint bientôt embrasser leur village capital, l’adélantade envoya de nouveaux messagers à Mayobanex pour réltérer la demande d’extradition du cacique de la Magua, sous la menace renouvelée, si le cacique persistait dans son refus, de réduire en cendres la dernière hutte de son territoire, et de ne faire quartier à pas un Ciguayen.

Les messagers de l'adélantade trouvèrent le grand village dans une extrême anxiété, et le palais du cacique envahi par une foule alarmée. Elle l’implorait, et le suppliait de ne pas attirer sur elle de si grands malheurs, et de ne pas sacrifier tous ses sujets à Guarionex seul qu'il ne réussira pas à protéger contre un ennemi puissant, et qui l’entraîne dans sa perte. Mayobanex était inflexible. Livrer un hôte à ses persécuteurs, disait-il, c'est trop indignement trahir l'hospitalité, c’est la plus odieuse lâcheté. Il ajoutait qu'il ne le ferait jamais, même au risque de perdre ses Etats. Puis il congédia brusquement les députés de l’adélantade, en jurant qu'il n’en voulait plus recevoir, et que, s’il lui en était encore envoyé, il les ferait mettre à mort.

Ce défi n'empècha pas l'adélantade de lui envoyer de nouveaux députés ; mais, cette fois, il s’en faisait précéder, et les suivait à peu de distance, comptant que sa présence en quelque sorte à la tête de ses forces influerait enfin sur les déterminations du Cacique. Ces députés l'avaient devancé plus qu'il ne convenait, parce que luimême s'était attardé en marchant. À l'endroit où le sentier qu'il suivait débouche sur le village, il trouva plusieurs Indiens étendus morts à terre, et percés de coups de flèches en différents endroits du corps. C'étaient ses messagers. À cette vue, il s’indigna, il s’exaspéra, et voulut sur-le-champ venger ces victimes. Quelques hordes de Ciguayens essayèrent de s'opposer à sa marche, il leur passa sur le ventre, et tomba comme une foudre sur le village. Il s’y livra un combat qui était une horrible et sanglante mêlée. Les Indiens, ne pouvant pas longtemps résister à un choc si impétueux, abandonnèrent en peu d'heures la place aux Espagnols.

Ceux-ci les poursuivirent dans l'espoir de se saisir des deux caciques dans la déroute, mais ils surent bientôt des prisonniers qu'ils avaient faits que Mayobanex et son hôte étaient hors de leur atteinte, et avaient déjà gagné les montagnes. Ils revinrent sur leurs pas. L'armée espagnole, déjà assez faible, se trouvait encore diminuée par ses pertes ; elle était extéiuée de fatigue, et n’en pouvait plus de privations. Elle avait fait un effort suprême pour livrer ce dernier assaut, et demeurer victorieuse. Elle avait un grand besoin de repos et de ravitaillement, et, par bonheur pour elle, les Ciguayens, ne persévérant pas à lutter, la laissèrent en paisible possession de leur grand village. Elle s’y était retranchée et fortifiée néanmoins à tout événement. Quantité de ces Indiens venaient journellement se soumettre, et apporter des vivres aux Espagnols avec qui ils voulaient se réconcilier. L’adélantade favorisa de tout son pouvoir ces premières avances de paix; ef, en peu de temps, toutes les populations d'alentour rentrèrent dans leurs foyers. Il renvoya dans la Véga.et à Santo- Domingo une partie de ses troupes, el n'en garda avec lui que ce qu’il lui fallait pour rechercher la retraite des caciques fugitifs. Quelque temps s'écoula ainsi pendant lequel ses perquisitions furent vaines. Enfin, des Ciguayens vinrent lui faire rapport qu'ils avaient découvert le lieu de refuge de Mayobanex, et offrirent d'y conduire les Espagnols. L’adélantade détacha alors quelquesuns de ses hommes qui se dépouillèrent de leurs vêtements, se peignirent le corps comme des Indiens, de manière à donner réellement le change, et cachèrent leurs épées dans des feuilles de palmier. Ils partirent avec leurs guides, et, après plusieurs journées de marche,

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ils parvinrent au but de leur course. Ils gravirent un pic des plus escarpés, marchant à travers les fissures, et se.cramponnant alternativement aux arêtes d’un immense bloc de rocher, et furent introduits dans une caverne spacieuse. Mayobanex, au milieu de sa famille et de quelques sujets fidèles à son adversité, y prenait quelque nourriture, dans une profonde sécurité, et sans aucune appréhension de l’arrivée des nouveaux veuus qui se présentaient comme des affidés. Les Espagnols, irant aussitôt leurs armes du feuillage qui les recouvrait, l'environnèrent, et le firent prisonnier avec toute sa suite.

[Il fut conduit, sous cette escorte, à l'adélantade. Il

était ferme et résigné. Son épouse, ses filles et sa sœur. captives comme lui, ne l’étaient pas moins. Cette sœur de Mayobanex, d’une beauté remarquable, était mariée à un Cacique tributaire de son frère. Son mari, désapprouvant la guerre que le cacique de Ciguay avait imprudemment attirée sur ses États, en assumant fait et cause pour Guarionex, n'avait pas voulu y prendre part; et sa femme, blessée de ce qu’elle jugeait une lâche neutralité, s'était retirée auprès de son frère, pour partager son sort, dans le moment de l’extrème péril. Dès que la nouvelle de sa captivité parvint à son mari, celui-ci accourut solliciter sa grâce du chef espagnol qui la lui remit sans rançon et galamment. Le sauvage se montra sensible à cette générosité, et promit à l’adélantade, comme gage de sa reconnaissance, la soumission et l'amitié de sa tribu. Il resta, depuis ce temps, en effet, l'ami constant des Espagnols, et leur paya toujours gros tributs en vivres et en denrées de diverses espèces. Get acte de clémence ne réjouit pas seulement

le mari de la belle captive: il produisit le meilleur effet sur les Ciguayens, à tel point qu'ils conçurent aussi l'espoir d'obtenir le pardon de leur cacique. Un grand nombre d’entre eux vinrent supplier l’adélantade qui, tout en leur refusant la grâce de leur souverain, remit cependant en liberté sa famille et d’autres principaux captifs. Mayobanex fut, après tout, le seul prisonnier important de cette campagne qui restait en sa possession, comme le plus sûr otage de la tranquillité et de la soumission du Ciguay.

Guarionex s’était séparé de son hôte, dans la confusion de la déroute, et s'était caché dans quelque repli bien secret de la montagne, puisqu'on n'avait pu, encore découvrir sa retraite. Ce n’était pas faute de recherche et de perquisition, car les Ciguayens eux-mêmés y mettaient un espritet une ardeur de représailles. Ils trouvaient qu'il était injuste que leur cacique supportat à lui seul, à cause de son ami, le malheur d’une désespérante captivité et de la perte de ses États, tandis que celui-ci était sauf, et échappait à un châtiment (s'il était mérité) qu'il méritait plus que personne.

L'adélantade était retourné depuis peu au fort Conception, dans les cachots duquel'il déposa son prisonnier, lorsqu'une escorte de Ciguayens lui amena Guarionex lié et garrotté. A force de fouiller dans les montagnes du Ciguay, les recoins, les falaises, et les cavernes, ils avaient fini par trouver son refuge. Îl y dépérissait de faim, et en sortait de temps à autre pour quèter une pénible nourriture. Comme il en descendait un jour par un sentier étroit et rapide, les Indiens qui le conduisirent à la Conception l’attendaient au passage, et se saisirent de lui.

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