‹ Histoire des caciques d'HaïtiChapitre 24 sur 50 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

LE ame

d'investir Saint-Thomas. — C. Colomb lance une proclamation par laquelle il fixe un délai pour la soumission des rebelles, avec amnistie du passé. —- Caravajal est chargé de l'aller signifier à Roldan et à son parti. — Conditions auxquelles Roldan traite de cette soumission. — Origine des reparlimientos. — Roldan oppose des difficultés à l'exécution du traité, et l’annule. — Nouvelles conditions. — Distribution de terres et d'esclaves aux rebelles. — Ralliement des principaux d’entre eux. — La nouvelle de ces évènements parvient en Espagne. — Mission de Bobadilla. — Exécution de Guarionex. — Mayobanex est embarqué pour l'Espagne et périt en route. — Mort du Boéchio, mort de Guacanagaric. — Projet de mariage entre un Espagnol du nom de Guevara et la fille d'Anacaona. — Comment et pourquoi Colomb s'y oppose

= Retour de l’adélantade à Santo-Domingo, — C. Colomb arrive d’Eu- | jEl rope. — Roldan et ses partisans dans le Xaragua. — Deux bâti- L IA ments, venant d'Espagne, touchent au Xaragua. — Roldan se rend | à 1 à leur bord et s'entend avec le chef du convoi, Caravajal. — Celui- 1 # ci continue sa route à Santo-Domingo, tandis que Roldan s’en Î approche par terre, — Négociations de C. Colomb avec les rebelles. F suivies de nul effet. — Roldan s'éloigne de Santo-Domingo : essaie |

— Nouvelle conspiration contre C. Colomb. — Arrivée de Bobadilla à Santo-Domingo. — Il s'empare violemment du gouverne-

ment de la colonie. — Il est favorable aux ennemis de Colomb. — Enquête contre l’amiral, absent de Santo-Domingo. — A son retour l'amiral est jeté dans les prisons ct chargé de fers. — Barthélemy, absent aussi de Santo-Domingo, y retourne, il est pareillement mis aux fers. — C. Colomb est embarqué pour l'Espagne, où il arrive en prisonnier. — La Reine le fait délivrer de ses fers et le recoit en le réhabilitant. — Bobadilla est destitué.

L’adélantade, après s'être assuré que le Ciguay et la Véga étaient entièrement pacifiés, venforça la garnison

de la Conception, où restaient des prisonniers, et partit pour Santo-Domingo. Peu après, C. Colomb y arriva d'Europe. Aux peines que lui causait l'état d’anarchie où il revoyait sa colonie, en proie à la double insurrection des Indiens et de Roldan, vint se joindre l'inquiétude de n'avoir pas trouvé dans le port de Santo-Domingo les bâtiments qu'il avait détachés de son escadrille aux environs des Canaries. Il les avait expédiés sous la conduite de Caravajal pour porter à son frère de prompts secours d'hommes et de provisions, avec certitude, à moins d’un sinistre, qu'ils y seraient rendus avant lui. Les Indiens avaient été réduits; mais les factieux de Roldan étaient dans le fort de leur rébellion, et jouissaient de plus d’impunité que jamais. Ils avaient comme pris possession du Xaragua. Leur quartier général était tantôt dans la province de Cayaha, tantôt à Yaguana même. Ils commettaient toutes sortes de déprédations, quoiqu'ils se prétendissent les protecteurs des Indiens. Dans le premier moment, ceux-ci les avaient comblés d'accueil et de présents, et l'avaient fait, comme c'était leur ordinaire, en toute cordialité; mais ils ne tardèrent pas à s’apercevoir qu'ils avaient affaire à des brigands venus pour les opprimer, et, alors, ils courbèrent la tête sous leur tyrannie, en les maudissant,. Cependant Roldan avait de beaucoup rabattu de son arrogance, soit lassitude de camper si longtemps sans succès, soit crainte enfin d’être vaincu, et d'en subir les conséquences. Îl attendait l’arrivée de l'amiral ; il se proposait de l'aller trouver à Santo-Domingo, et de se prèter, avec de suffisantes garanties pour sa personne et ses principaux complices, à un facile accord de ses différends avec l’adélantade. Il eût alors accepté une

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amnistie, et se fût considéré fort heureux de rentrer dans l’ordre en gracié repentant. Mais une circonstance fortuite vint changer cette disposition. Les deux hatiments que G. Colomb attendait encore à Santo-Domingo, jetés hors de leur route par les courants, avaient paru sur les côtes du Xaragua. Roldan était venu à leur bord : et, ayant appris, à l'encontre de ce qu'il croyait, que l'amiral loin d’être en faveur à la cour, y avait perdu tout crédit, quoique cependant il en conservât encore les apparences pour des raisons de politique, il s’encouragea de plus belle à persévérer dans la révolte. Ilavait de son côté, raconté ce qui s'était passé dans la colonie sous une couleur si favorable à son parti, qu'il n'eut pas de peine à embaucher un bon nombre d'hommes des équipages, et à obtenir du chef de l'expédition luimême des armes et des munitions de bouche et de guerre. Avec ce renfort et ces secours, ils’approcha de Santo-Domingo en même temps que Caravajal s’y dirigeait par mer. Roldan cantonna, comme la première fois, dans le Bonao, pour être plus à portée d'observer les dispositions de Colomb à son égard, ou pour y prendre l'offensive même, sic'était possible.

Tandis qu'on tenait conseil à Santo-Domingo pour arrèter un plan de conduite envers les rebelles, leur chef était impatient d'entrer en rapport d’accommodement ou de guerre avec le gouvernement de la ville. Colomb était un autre adversaire que son frère, et avec lui, Roldan craignait la temporisation. Une lettre qu'il lui écrivait croisa avec une dépêche dont Caravajal et Ballester étaient les porteurs. La lettre de Roldan était un exposé de ses griefs contre l’adélantade, concluant par d'’impertinentes demandes de redressement. Colomb.

lui, n'avait pas hésité à prendre le parti que tout ce qu’il avait vu lui conseillait et sur lequel tous ceux qu'il avait consultés s’accordaient : concilier et pacifier, sans récriminations, sans lutte el surtout sans lenteurs ; s'entendre au prix de toutes les concessions possibles. Le salut de la colonie ne dictait pas une autre conduite. Colomb avait donc, tout simplement, adressé des exhortations à Roldan pour l’engager à ne pas persister dans l’insubordination envers ses souverains et les autorités qu'ils avaient constituées, et l’adjurer au nom de leur ancienne amitié de rentrer au plus tôt dans l’ordre et le devoir. Il l’invitait à venir le joindre à Santo-Domingo, et lui promettait oubli du passé et sûreté entière pour sa personne et tous ceux qui étaient avec lui. Il s’en fallut de peu que cette démarche de l'amiral n'obtint un succès qui mit fin à tout. Le premier mouvement de Roldan avait été de monter à cheval pour se rendre à l’appel de Colomb, et son exemple avait déjà entraîné plusieurs de ses lieutenants, mais au même instant une clameur s’éleva dans son camp. Les conjurés l’entourèrent. Les plus exaltés crièrent à la trahison, et les autres, prétendant que leur chef agissait à l’aveugle et ne voyait pas le piège qui lui était tendu, s’opposèrent à son départ, en disant qu'ils n’ÿ Consentiraient que quand l'amiral lui enverrait un sauf-conduit en bonne et due forme. Roldan fut obligé de laisser partir sans lui les envoyés de l'amiral; et, les chargeant, toutefois, de rapporter ce qu'ils avaient vu, il leur remit une lettre par laquelle il demandait ce sauf-conduit. Il lui fut envoyé sans difficulté et sans retard. Roldan vint donc à Santo- Domingo et, cependant, quelques concessions que l'amiral se montrât disposé à lui faire, il ne voulut en-

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tendre à aucun arrangement que toutes ses conditions, d'une excessive exigence, ne fussent admises. Il fit pis que de ne pas vouloir traiter; il profita de la liberté qu'il avait de se promener par la ville pour y faire une propagande ouverte en faveur de sa cause. Il faut que dans l'anarchie de ces discordes civiles, l'autorité ait été bien impuissante de tant d’audace. Il savait certainement qu'il avait toute impunité; mais, craignant, néanmoins, de braver plus longtemps la patience de Colomb, il quitta Santo-Domingo, sous prétexte qu'il avait besoin de conférer une dernière fois avec ses gens ; après quoi, il promit de transmettre par écrit ses conditions définitives de paix. Il était à peine de retour à son quartier général, qu'il partit avec sa troupe pour aller assiéger le fort Conception, où un de ses hommes avait été emprisonné sous un prétexte quelconque, on ne dit pas lequel. Cependant, avant de quitter le Bonao, il avait, en exécution de sa promesse, envoyé son ultimatum à Colomb. Il lui assignait un délai pour répondre, et à des conditions toujours inacceptables par leur extravagance, il ajoutait cette fois la menace.

Colomb, fatigué de ces tergiversations, lança une proclamation à l'adresse des rebelles. Caravajal, qui la leur apportait, les trouva aux environs de la Conception. Le siège qu'ils en faisaient consistait en un blocus par lequel ils interceptaient au loin toute communication avec la garnison; mais ils se gardaient bien de camper sous la volée du fort, et ils se hasardaient encore moins à lui donner l'assaut. Ils se bornaient à faire sommations sur sommations. La patiente garnison n’en tenait nul compte. Il faut bien croire que Ballester qui la commandait avait des instructions très précises de ne pas en venir aux

mains avec ces insurgés, à moins d’un cas extrême; car, en sortant de ses remparts, il eût pu aisément en finir avec une bande confuse et indisciplinée comme l'étaient, à ce moment-là, les conjurés de Roldan. Caravajal, qui avait, au besoin, mission de traiter avec eux, leur lut la proclamation de Colomb, et l’afficha sur la barrière d'entrée de la forteresse. Cet acte prononçait amnistie complète et l'oubli du passé; il offrait, en outre, de procurer à Roldan, aussi bien qu’à ses complices, les moyens de retourner en Espagne à leur convenance, si dans le délai d’un moisils se désistaient de leur sédition, et se ralliaient à l'autorité légale. Si, au contraire, passé ce délai, ils persévéraient dans la révolte, Colomb les menaçait, et c'était sa première menace, de déployer contre eux toute la rigueur des lois. On ne saurait dire ce qui, dans cet acte, froissait le plus leur orgueil, du pardon ou de la menace. Les uns en ressentaient de la colère, d’autres du dédain. Quelques-uns même le ridiculisèrent, et dirent au parlementaire que son maître serait bien heureux, sous peu de temps, d'obtenir d’euxmêmes des conditions pour se soumettre ou plutôt se démettre.

Caravajal ne s'émut pas de toute cette effervescence qui se calma bien vite, en effet, et fit place aux réflexions sérieuses. L’insurrection, quoique impunie et de longue durée, n'aboutissait à aucun résultat. Elle avait fait tout le mal possible à la colonie, et n'avait profité à personne. Elle avait dégénéré en un pur vagabondage. Il était temps d'en sortir comme d’une impasse. Ainsi du moins le pensaient les plus avisés d’entre les conjurés. Aussi leur opinion prévalut-elle de traiter quand il en était encore temps, et surtout quand les

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