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= ru 4 3 DS RS MS. 2 240 HISTOIRE DES CACIQUES D HAÏTI
soumit, pour la première fois, au tribut ordinairement exigé en retour de cette insigne faveur. Ge tribut fut stipulé en vivres et en cassaves, au lieu d’or. L'une des clauses autorisait aussi, sans doute, l'établissement d'une forteresse espagnole sur le territoire de Higuey ; car, aussitôt après la conclusion de ce traité, et lorsque les troupes se furent un peu reposées des fatigues de fa campagne, elles furent employées à la construction de cette fortification. Elle s'élevait à portée de canon d’un petit village près de la mer, et à peu de journées de la capitäle de Higuey, où, J. Esquibelavait assis son camp et fait une halte pour se porter, ensuite, d’une seule marche, sur la résidence du cacique.
Cotubanama avait traité par émissaires, et guerroyé par ses chefs de bandes ; il n'avait encore pris part, en personne, à aucune action contre les Espagnols. Lorsque la paix commune fut ratifiée des deux côtés, il vint faire visite dans son camp à J. Esquibel. Il y fut reçu avec les honneurs militaires. Son port martial et sa gigantesque stature attiraient tous les regards. Les soldats admirent volontiers ces distinctions dans un adversaire, Il n'avait pas du tout l'air d'un vaincu. Il était très affable avec le chef espagnol, et, avant de le quitter, il convint avec lui d'échanger entre eux leurs noms. Ils en firent aussitôt une application sur la fin de leur entretien. Le cacique n’interpellait plus J. Esquibel que par son nom Cotubanama, et le chef espagnol lui appliquait complaisamment le sien. Ce trait de mœurs aborigènes, qui se voit pour la première fois dans cette circonstance, ef qui semble propre à la localité, signifait sans doute la sincérité qui devait présider à l'amitié que l’'Indien venait de contracter avec son ennemi. Mais
quelle gratuite illusion ! Se flattait-il de lier par une futilté de galanterie des hommes qui juraient tous les jours en vain sur le nom de leur Dieu? Espérait-il échapper, par une miraculeuse exception, au sort qui avait atteint tous les autres caciques d'Haïti ? Les Indiens n'étaient pas une race que l'expérience instruit ;
ils n'ont jamais compris jusqu’à quel point-leurs con-
quérants étaient tenaces ; et quand J, Esquibel élevait une forteresse sur le territoire de Cotubanama, ce
n'était pas, assurément, pour le bon plaisir d'y loger
une garnison.
Les travaux du fort achevés, J. Esquibel y laissa un nombre suffisant d'hommes pour le garder, et retourna à santo-Domingo avec le gros de sa troupe. Cette faible garnison se comporta parmi les Indiens comme toutes les précédentes, depuis la première qui se fit massacrer à la Nativité. — Elle les rançonnaïit outre mesure, les maltraitait sans compassion et avec la dernière violence, et contraignait leurs femmes et leurs filles à partager leurs débauches et leurs orgies. Les [Indiens se révoltèrent, à la fin, de tant d’excès. Ils assaillirent un jour la forteresse et la réduisirent en cendres, après en avoir massacré la garnison. Un Espagnol échappa à ce désastre, et en porta la nouvelle à Santo-Domingo.
L'irritation fut au comble dans la capitale de la colonie. Ou trouvait que le temps était passé de ces témérités contre les Espagnols, et que Cotubanama avait beaucoup trop osé et méritait les plus sanglantes représailles. Cette fois, il fallait en finir. Plus de demi-mesure, plus de demi-conquête, plus de paix, jusqu'à la destruction entière du royaume de Higuey et à son absorption dans le giron commun de la colonie. Une armée plus nom-
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breuse que la première fut réunie sur-le-champ pour une nouvelle invasion du territoire de Higuey. Elle s’'adjoignit des auxiliaires indiens en grand nombre, entre autres une troupe venue de la province d'Icayagua, limitrophe des États de Cotubanama. Les préparatifs de guerre furent faits en vue d’une longue ou plutôt d’une occupation définitive. J. Esquibel était encore le chef de cette expédition. Les naturels de Higuey s’attendaient à cette agression, et leur Cacique avait pris, en conséquence, toutes les dispositions nécessaires pour la soutenir ou la repousser. Tout ce qu'il y avait de vieillards, de femmes et d'enfants, avaient été relégués dans les montagnes, et avaient cherché un refuge au fond des grottes et des cavernes les plus inaccessibles. Ils y avaient transporté avec eux leurs dieux et leurs bagages. Le territoire se trouvait ainsi déblayé de tout encombrement. Les hommes valides seuls y circulaient, et des hordes mobiles le parcouraient en tous sens, librement et rapidement, suivant que l’exigeait la défense. Dès que l'ennemi y parut, il fut signalé de proche en proche par des feux allumés sur les hauteurs. Ne connaissant bien que la route qu'il avait déjà faite, il n’en prit pas une autre ; ilsavait qu’elle menait à la résidence du cacique, où il se promettait d'arriver si rien ne l’arrêtait. Il eut à combattre presque aux mêmes lieux que lors de la première campagne. [l était encore et toujours vainqueur, malgré plus d’opiniàtreté dans la résistance de la part des Indiens, et de plus grandes forces qui lui étaient opposées. Il était animé d’un esprit d’insatiable vengeance que l'obstacle exaspérait. Il était sans quartier. [1 passait au fil de l'épée tous les Indiens qui tombaient en son pouvoir; il ne faisait grâce à aucun pri-
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sonnier. À mesure qu'il prenait d'assaut un village, il l’incendiait et en balayait la cendre pour qu'il ne restât pas vestige des habitations indiennes, et que l'herbe repoussät sur le sol où elles s’élevaient. L’aborigène d'Haïti, qui n’était pas nomade et qui secomplaisait, au contraire, dans le repos et la mollesse, affectionnait, autant que l’homme civilisé, les lieux de sa demeure. Comment n’'aimerait-il pas la cabane qui abritait ses dieux, où s’allumait son foyer, et où il se berçait dans son moelleux hamac ? La détruire, c'était l’atteindre au cœur ; et, un tel ravage, lorsque l’ennemi qui le portait dans ses pénates était invincible, l’épouvantait bien plus encore qu'il ne l’affligeait.
Au départ de l’armée espagnole, dont les propos de colère faisaient présager tous les excès auxquels elle allait se livrer, le Père Las Casas sentit ses entrailles s’'émouvoir, et sa pitié s’alarmer ; il voulut suivre cette soldatesque furieuse pour tempérer, s'il était possible, son animosité, et dérober à son ardeur de détruire et de saccager ce qu'il pourrait de débris et de victimes. S'il fit quelque bien, il n’empècha pas de commettre beaucoup de mal. Le passage de cette armée sur le territoire de l’ennemi se marqua partout par le sang et la flamme. Elle avait chassé devant elle les hordes de Cotubanama continuellement battues, et tous ces débris des vingt batailles livrées sur la route allèrent grossir les forces indiennes concentrées dans le village de Higuey, où le cacique attendait l'ennemi, et se prépaait à jouer le sort de son royaume dans un dernier et suprème combat.
À une petite distance de ce village, le chemin se bifurquait, et deux avenues, au lieu d’une, y condui-
saient. L'une était obstruée de troncs d’arbres renversés, et de branchages coupés et entassés exprès ; l’autre était libre, ouverte, unie. Les Indiens avaient placé des embuscades tout le long de cette dernière et des deux côtés, comptant que les Espagnols se laïsseraient facilement prendre à ce grossier stratagème et préféreraient, des deux voies, celle qui était la plus praticable et paraissait la plus sûre. Ils se trompaient dans leur calcul. Les es parvenus au point de séparation des deux routes, ne délibérèrent pas longtemps. Pressentant des . es, ils comprirent aussitôt que la voie qu'on avait pris soin d'aplanir était précisément celle qu'il fallait éviter. Ils prirent l’autre. Leur marche en fut un peu ralentie; en arrivant, ils se trouvèrent entre le village, laissé à découvert, et l’armée indienne qui s'était portée tout entière à l'entrée du second chemin. Pas un seul poste ne couvrait sa retraite sur le village. Aussi fut-elle contournée, à sa grande surne et arrêtée, en quelque sorte, dans ses propres filets. Elle ne perdit pas contenance pour cela; elle fit a à l'ennemi, et l’attaqua. La lutte qui s'ensuivit dura depuis deux heures de laprès-midi, jusqu’à la tombée de la nuit. Les Indiens abandonnèrent alors le champ de bataille, jonché de leurs morts. Les pertes du côté des Espagnols furent moins nombreuses; mais cependant, jamais ils n’en avaient autant essuyé, en combattant contre des Indiens. J. Esquibel prit possession, cette nuit-là même, du village où il établit son quartier général.
Dans la mêlée, les Espagnols avaient fait tous leurs efforts pour s'emparer, mort ou vif, de Cotubanama. Ils ny avaient point réussi, et peut-être même ne
l’avaient-ils pas aperçu une seule fois, quoiqu'il fût présent et dirigeât l’action en personne. La défaite des Indiens était plus complète que l’ennemi ne le croyait lui-même. Suivant les apparences, ils avaient évacué le champ de bataille à la faveur de l'obscurité; mais ils avaient bien réellement profité de la nuit pour se hâter de fuir en désordre et bien loin, en vaincus effrayés. À plusieurs lieues à la ronde, on ne rencontrait pas un seul Indien : le pays était désert. Un grand nombre s'étaient réfugiés dans les montagnes, d’autres s'étaient jetés dans des canots, et avaient gagné la petite île de la Saôna.
J. Esquibel voulait absolument se rendre maître du cacique, sachant bien qu'il n’obtiendrait la complète soumission du pays qu'à ce prix. Des patrouilles furent dirigées sur tous les points, dans ce but autant que pour donner la chasse aux fuyards et répandre la terreur partout. Elles mirent tout à feu et à sang. Ayant découvert dans leurs tournées quelques-unes de ces grottes remplies des femmes, des vieillards et des enfants qui s’y étaient cachés, depuis le commencement de cette guerre, et qui y mouraient presque de faim déjà, elles les achevèrent en en faisant un massacre horrible. Des Indiens qu’elles capturèrent çà et là, et il y en avait un grand nombre, elles brülèrent les uns, et pendirent les autres aux arbres des chemins. Plusieurs d’entre eux furent seulement mutilés. On leur coupait les deux mains, et on les laissait aller ou mourir, ou rapporter à leurs frères ce qu’ils avaient souifert d’un ennemi impitoyable, en leur montrant leurs membres amputés comme le moindre des supplices réservés à ceux qui ne se rendraient pas. Le récit serait long et