‹ Histoire des caciques d'HaïtiChapitre 3 sur 50 · ÈS · texte numérisé non relu

ÈS

Le Aoniteur du 27 janvier 1855, n° 7, 10° année, reproduit la

pièce ci-après publiée d’abord par la Feuille du Commerce:

par M. Emile Nau.

Lisez, quand elle aura paru, l'Histoire des Caciques d'Haïti par M. Emile Nau, dont on a bien voulu nous communiquer un exemplaire. Ce livre, comme on le verra, est le fruit d'une longue étude sur l’histoire des naturels du pays.

La guerre et les massacres n'ont jamais eu de plus innocentes victimes que ces malheureux aborigènes qui, en 1492, lors de la découverte, formaient une population de près d'un million d’âmes. Quinze années se sont à peine écoulées, et il n’en reste plus que soixante mille.

Cette première période de l’histoire d'Haïti, tout aussi intéressante à notre avis que celles qui l'ont suivie, est traitée par l’auteur avec ce soin et cette exactitude qui sont toujours un des principaux mérites de toute œuvre historique.

Si les documents dont M. Emile Nau a tiré son ouvrage ne sont pas nouveaux, nous pouvons dire hardiment que son livre est tout à fait nouveau : l’histoire de France n'est-elle pas dans ses chroniques ?

Ce livre, nous n’en doutons pas, sera lu partout avec un vif intérêt, parce qu'il renferme d'émouvantes pages, parce qu'il comble dignement une lacune qui existait dans l’histoire générale de notre pays.

Essayons de donner, en quelques mots, une analyse succincte de cettehistoire. L'introduction écrite avec simplicité nous montre Colomb, après tant de déboires, partant du port de Palos avec ses trois vaisseaux, dont le plus grand, /a Marie, qu'il montait, avait moins de quatre-vingts tonneaux.

Les détails qui précédent l’arrivée de Colomb au môle Saint- Nicolas, son entrevue avec le cacique Guacanagaric, les secours qu'il en recoit lors du naufrage d'un de ses vaisseaux, et son retour en Espagne, tout cela est très bien raconté.

Le tableau où Caonabo est attaqué et défait par Colomb est très beau. On verra ce vaillant cacique donner innocemment dans le piège d'Ojéda auquelil ne peut échapper par ignorance. Caonabo n'était pourtant pas un homme ordinaire, comme on pourra s’en convaincre, et il eût fini par rendre ses Indiens très redoutables. M. Emile Nau rapporte un trait admirable de ce cacique et qui fait apprécier son noble caractère. « Il était chargé des mêmes fers qu'on lui avait fait accepter comme un ornement royal. Ses membres s’affaissaient sous leur poids; mais ni son courage ni sa fierté d'âme n’en étaient abattus. Aucune faiblesse ne déshonora sa captivité.

« La première fois que l'amiral entra dans sa prison, accompagné des personnes de sa suite, et entouré de ce respect et de ces attentions empressées qui annoncent le chef suprême, Caonabo n’eut aucun doute que ce fût le cacique des Espagnols; mais il affecta de ne pas le savoir, et ne se dérangea point, Il paraissait même absorbé dans une profonde réflexion, le souvenir peut-être et le regret de son royaume perdu et de sa liberté ravie. Mais quand Ojéda se fut présenté un instant après, il se leya pour le saluer, en soulevant le poids de ses fers. On lui fit remarquer qu'il avait omis de témoigner le même respect à Guamaquina le chef supérieur, entré avant Ojéda. « J'ai salué, répondit-il, celui qui a osé venir m'arrêter dans mon royaume même. »

Mot admirable, et digne des plus beaux temps de l'antiquité !

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