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cupait qu’à prélever sa part sur les revenus publics, et à faire prospérer ses établissements de culture, où il entretenait quantité d'esclaves indiens et africains. La traite, se faisant plus activement depuis quelque temps, avait de beaucoup accru le nombre de ces derniers. C’est sur eux principalement que s’appesantissait l’esclavage. Soit l’exemple des insurgés du Baoruco, soit qu'ils fussent poussés d'eux-mêmes à briser un joug déjà insupportable, ils se révoltèrent à leur tour. Ce premier soulèvement éclata sur la plantation même de don Diégo. Ses noirs, auxquels s'étaient joints ceux d’une plantation voisine, s'étant armés, ne se retirèrent pas pour camper sur un point quelconque. Ils tentèrent de faire quelque chose comme des vèpres africaines. Îls se jetèrent sur les maîtres, les massacrèrent, et incendièrent plusieurs habitations. Mais, ne voyant pas leur insurrection se communiquer aux autres repartimientos, et tous les noirs se lever, comme ils l’espéraient, ils saonèrent bientôt les bois, se dirigeant vers les montagnes, pour ne pas être attaqués. Don Diégo était à Santo-Domingo. A la nouvelle de ce qui se passait sur sa propriété, il accourut à la tète de quelques hommes qu'il avait réunis et armés à la hâte. IL se mit à la poursuite de ses esclaves révoltés, et les atteignit sur les bords du Nisao, les battit, en tua plusieurs, et mit le reste en fuite. Il ne réussit pas, cependant, à les faire prisonniers et à les ramener sur sa plantation. Ils se réfugièrent dans les mornes d'Ocoa, où erraient déjà quelques noirs, les premiers qui se dérobassent par une fuite obstinée aux horreurs de l'esclavage.
Le danger que courait la colonie se compliqua de ce dernier incident. Quoique, depuis les dernières rencon-
tres, Henri ne fit aucun mouvement hostile, on n’apprit pas moins avec alarme que son parti grossissait et s’organisait chaque jour. On avisa, dès lors, aux moyens pacifiques de ramener l'insurrection indienne qu'on craignait le plus. Parlementer avec le redoutable cacique du. Baoruco, tel était l'avis commun, et la pensée de tous. Celui qui pouvait le mieux remplir cette mission délicate et périlleuse, s’empressa de s'offrir. C'était le Père Rémy, qui avait élevé et instruit Henri dans le couvent des dominicains. Henri le vénérait. Le conseil royal le munit de pleins pouvoirs. [l devait proposer au Ccacique de mettre bas les armes, et de quitter ses montagnes, en lui promettant, en retour, le pardon général, et l’oubli du passé pour tous les insurgés, ses sujets, et, à l'avenir, liberté entière et exemption de tout travail servile.
Le Père Rémy s’embarqua dans un petit canot avec quelques hommes, et alla descendre sur la côte vis-àvis de la Béate, à l'endroit où les mornes du Baoruco viennent aboutr à la mer. À peine fut-il à terre, qu'une troupe d'Indiens l’environna. Il leur demanda de le mener à leur chef. Mais les Indiens lui ayant répondu qu'ils ne pouvaient pas prendre sur eux de le faire, ïl les pria de l’annoncer à Henri, en leur disant qu'il était persuadé qu'au nom du Père Rémy, leur cacique viendrait à lui, et le verrait avec plaisir. Les Indiens se mettaient peu en peine de ce que disait et désirait ce religieux. Ils ne le connaissaient point. L’un d’entre eux, parlant au nom des autres, l’apostropha sans ménagement. « Leur cacique, dit-il, n'avait pas besoin de sa visite. Tous les Espagnols étaient des traîtres, etil avait, lui-même, tout l'air d’un espion. » Et ils se mirent à le