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traiter comme tel. Ils le dépouillèrent de ses vêtements, et le laissèrent tout nu sur ce rivage. Ils se seraient portés à bien d’autres violences, si Henri, apprenant ce qui se passait, n'était inopinément survenu. En voyant le vieux Père Rémy; dans cet état de nudité, 1l lui tendit les bras, en versant des larmes. Il s’indigna au récit des mauvais traitements qu'il avait subis de la part de ses Indiens, et se promit de les en punir. « Que n’ai-je des vêtements, dit-il, pour vous couvrir ! »
Le Révérend Père profita de ce moment où il voyait le cacique dans l’attendrissement pour l’entretenir de l'objet de sa visite. I lui dit qu’il s'était exposé, comme il le voyait, à tout, aux vexations et au danger même, pour un noble but à atteindre. Qu'il venait lui demander, au nom de Dieu, de ne pas déchirer le sein de sa patrie par ces guerres intestines; de mettre bas les armes, et de traiter de la paix avec lui; qu'il était autorisé à lui assurer, pour prix de cette paix, la liberté pleine et entière pour tous ses sujets.
Henri répondit qu'il ne faisait la guerre à personne, et qu'il se bornait à se défendre; qu'il n'attaquerait jamais, mais qu'il se défendrait toujours; que, malgre toute la: vénération qu'il avait pour le Révérend missionnaire, il se défiait des offres des Espagnols; qu'ils avaient constamment trompé les Indiens, et les tromperaient encore. « D'ailleurs, ajouta-t-il, que nous offrezvous? La liberté! Nous l’avons déjà conquise par nos armes, on ne peut pas être plus libre que nous ne le sommes dans nos montagnes, et nous voulons nous y maintenir. »
Le Père Rémy adjura de nouveau son ancien disciple d'abandonner le parti de la guerre, en lui disant tout ce
qui pouvait le toucher davantage. Mais Fenri fut inébranlable, et le religieux, s’en apercevant enfin, prit congé de lui. Le cacique le conduisit jusqu'à son canot, en le comblant de marques d'attention et de déférence.
Quelque temps après, le Père Rémy revint, chargé, comme la première fois, de traiter de la paix avec Henri. Il débarqua au même endroit, accompagné d’un Indien qui devait lui servir de guide jusqu’à la demeure du cacique. Il ne réussit pas à y arriver. Il fut forcé,
guide fut pris et retenu; et, pendant que le canot du Père s’éloignait, il put voir l’Indien pendu à un arbre du rivage.
Henri n’apprit cette seconde visite du dominicain qu'après son départ. On doit croire quil punit les auteurs du meurtre-de l’Indien, parce qu'il ne toléra jamais aucune sorte d'écart ou de désordre de la part de ses subordonnés. Sur ce point, il poussait la sévérité jusqu'au scrupule.
Henri n’ignorait pas que tous les autres caciques de l’île étaient tombés au pouvoir des Espagnols, les uns après les autres, par la surprise ou le stratagème: et son principal soin était de se mettre en garde contre les pièges d’un ennemi dont l'astuce lui était connue. Sa défiance, à cet égard, était extrème. Il s'était entouré d’une garde du corps de cinquante Indiens, choisis d’entre les siens, et sur la fidélité desquels il pouvait le plus compter. Néanmoins, sa confiance en eux n’était pas illimitée. Personne ne savait jamais, par exemple, où il se retirait pour se reposer. Il ne dormait que quelques heures de la nuit. Il veillait le plus souvent ;
en sorte qu'il était presque toujours sur pied nuit el jour. Ses gens eux-mêmes s’étonnaient de cette vigilance infatigable. On le voyait souvent s’agenouiller, et faire sa prière. Il avait contracté ces habitudes de piété parmi les dominicains. Il portait, en sautoir, un grand chapelet orné d’un Christ. Il était chrétien devot. Sa conversion sincère et profonde était le fait de ce genre le plus remarquable à bien des titres. Les nouvelles croyances avaient renouvelé tout l’homme dans ce sauvage, et transformé son âme, en l’ornant de toutes les vertus qui font la magnanimité du héros chrétien. Et c'était dans ces régions éloignées de deux mille lieues du monde civilisé ; dans une société d’aventuriers et de gens tarés où le désordre et la violence dominaient ! Ce qui est étonnant et admirable, en même temps, c'est que Henri, le sauvage converti, était le seul homme, dans une telle société, à donner l'exemple des vertus humaines, de celles qui sont rares en tout temps et partout : l'honnêteté, la générosité, la clémence, l'amour de la justice et de la liberté, tout ce qui rend une âme
grande, plus grande que les autres.
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