‹ Histoire des caciques d'HaïtiChapitre 48 sur 50 · LE PITAHAYA OÙ CIERGE À GRANDES FLEURS · texte numérisé non relu

LE PITAHAYA OÙ CIERGE À GRANDES FLEURS

Oviédo dit que le pitahaya est le nom du fruit de ce cierge ; mais nous ne l'avons retrouvé nulle part dans aucun botaniste. Il dit encore que l’usage immodéré du pitahaya comme nourriture, ainsi que celui de plusieurs autres pommes de plantes semblables, colore l’urine en rouge; nous n'avons jamais eu occasion par nous-même, ni par tradition orale ou écrite de vérifier ce fait; or done nous jugeons à propos de laisser toute la responsabilité de ce dire à Oviédo en personne. Cette réserve faite, revenons à notre description du cierge à grandes fleurs. Ce cierge appelé vulgairement cacte serpent, cactus grandiflorus de Linné (Icosandrie monogynie) est de la famille des cactes de Jussieu. Selon Delaunay, le mot cactus vient du verbe Kaïo, brûler, parce que la piqûre des épines de ces plantes cause des douleurs brülantes.

Histoire naturelle. — Les tiges du cacte serpent sont cylindriques, rameuses, serpentantes, verdâtres, à 5 ou 6 côtes peu saillantes et minces, sur les mêmes côtes de petites épines rayonnantes et fasciculées.

Les boutons sont velus, Les fleurs sont latérales, fort belles, d'une odeur très suave, et ont 7 à 9 pouces de diamètre, Son calice est fort grand, long, tubuleux et écailleux dans sa partie inférieure, composé à son sommet de folioles étroites, linéaires, ligulées, pointues, jaunâtres, disposées sur plusieurs rangs, ouvertes, et qui semblent former une couronne autour de la fleur. Ses pétales sont blancs, nombreux, lancéolés et disposés sur plusieurs rangs en une belle rosette concave. Le style est plus long que les étamines, et son stigmate est divisé en une vingtaine de lanières affectant une disposition infundibuliforme

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La partie inférieure du calice qui est chargée d’écailles barbues se change en un fruit ovoïde, gros comme le poing, couvert de tubercules écailleux, charnu, d’une couleur orangée, rempli de très petites semences, et d’une saveur acidule fort agréable.

Usages. — Il n’en a aucun, le suc de ses feuilles est au contraire vénéneux à haute dose. Les médecins habiles et prudents s’en servent quelquefois comme vermifuge.

Variétés. — La famille des cactes et des cierges offre des variétés de genres considérables.

LA TUNA

La tuna des Espagnols est le batta des Caraïbes, la raquette commune des pays chauds. C’est le cactus opuntia de Linné (Icosandrie monogynie) l’opuntia vul go herbarum des autres botanistes ou le ficus indica des mêmes auteurs; mais de la famille des cactes de Jussieu.

Histoire naturelle. — Ses feuilles sont rondes et massives, de l'épaisseur du doigt, épineuses aux bords et au milieu. La hauteur de toute la plante est celle du genou. Sa fleur est jaune, sessile, située sur les articulations supérieures de la plante. Elle a environ dix pétales ovales-cunéiformes, beaucoup d'étamines qui ont un mouvement particulier de contraction, lorsqu'on les touche avant qu’elles aient répandu leur poussière fécondante. et un style, dont le stigmate est partagé en cinq à dix divisions, Le fruit de la raquette a presque la forme d’une figue; il est ordinairement d’une couleur rouge foncée, contient une pulpe rouge, sueculente, douceätre et qui, dit-on, a cela de particulier qu'il rend l'urine de ceux qui en mangent rouge comme du sang, quoiqu'il ne leur cause aucun mal. J'en ai beaucoup mangé dans ma vie et jamais je n'ai constaté sur moi l'ombre même de cette singulière propriété attribuée à tort ou à raison à la pomme du cactier raquette.

Usages. Sa feuille est un des meilleurs émollients des Antilles. Avant de manger son fruit, précaution que ne recommande Descourtilz ni aucun des siens, il convient d’enlever au haut du fruit une couronne épineuse, radiée, qui s’y trouve et provient de la fleur.

LE CABUYA OU CABOUILLE

C’est le nom que les Indiens et les Africains après eux ont constamment donné à l’aloès-pite des Antilles et de l'Amérique

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du Sud, qui est une variété de l'aloës, fane sucotrin de Descourülz ou de l’aloès perfoliata de Linné (hexandrie monogynie). Il est de la famille des liliacées d’Adanson et des asphodèles de Jussieu.

Histoire naturelle. — Ses feuilles ont 3 à 4 pouces de largeur et 2 à 8 pieds de longueur. Elles sont épaisses, unies, pointues, dépourvues de piquants, d'un vert clair. Ses fleurs qui viennent en épis autour d’une trompe de 8 à 4 pieds de haut, ressemblent à celles de l’aloès épineux, dit faux socotrin. Elles sont jaunes ou rouges, longues de près d’un pouce, de la grosseur d'un tuyau de plume, creuses et entières ] usqu'au milieu, mais fendues dans tout le reste par 6 petites feuilles étroites et tant soit peu retroussées au dehors par le bout. Il y a dans chaque fleur six filets blanchâtres un peu épais, ornés chacun d'une tête jaune et fendue et situés à l’entour d'un bouton très hexagone, aussi grand.qu'un grain de blé, et surmonté d’une petite pointe verte. Toutes ces fleurs sont d’aplomb sur la tige, mais se fanent et se renversent après et tombent sans produire aucun fruit. Aussi, cette plante vient de rejeton qui s’accommodé de tous les terrains. La variété dite cabaya ne vient que dans certains cantons de l’île ; elle supplée au défaut du chanvre et du lin ; on en fait en Europe des cordes et divers ouvrages. Oviédo raconte que les insulaires pouvaient scier leurs fers avec les cordes de cette pite : je lui laisse la responsabilité morale de cette fable espagnole.

L'HÉLÉQUEUR OU ALOES KARAKAS

Cest l’agave antillarum de Linné (hexandrie monogynie) qui est de la famille des ananas de Jussieu, C’est une variété du maguei des Mexicains qui leur donne un cidre si renommé de ces républicains de l’Amérique. C'est le bromélia de Nicolson.

Histoire naturelle. — Sa racine est tubéreuse : ses feuilles sortent immédiatement de terre sans tige. Elles sont disposées en rond, larges de cinq à six pouces, longues de trois à quatre pieds, lisses, pliantes, terminées par une pointe très aiguë. Du centre des feuilles s'élève un pédoncule en forme de tige de quinze à vingt pieds de hauteur, remplie d'une matière spongieuse, qui, sèche, remplace l’amadou.

Le sommet de cette tige se divise en plusieurs petits rameaux d'où sortent des fleurs monopétales en entonnoir, inodores, blanches, rangées par bouquet, divisées en trois quartiers, soutenues sur un calice verdâtre oblong. Ce calice devient un fruit

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arrondi, charnu, oblong, divisé dans toute sa longueur en trois capsules remplies de petites graines plates, arrondies, roussatres.

Usage. — Le héléqueur, dont le sue des feuilles est vulnéraire, bouilli dans l’eau, donne un fil aussi bon que celui du cabuya qui le précède.

PATATE (LE LIRENS, Oviédo).

Oviédo raconte que le lirens est le fruit d’une patate que les insulaires cultivaient, et que les Espagnols ne tardèrent pas à cultiver aussi à leur exemple : « Cette plante, dit-il, jette et répand ses branches sur terre. On les coupe pour les replanter. Les fruits de cette plante, produits en terre, sont attachés à de petites verges dépendantes de la branche. Ces fruits sont de couleur blanc et or, et de la grosseur de grosses dattes et de fort bon goût. » Il ne trouve aueun fruit à qui les comparer, et il assure que les insulaires les portaient en abondance aux marchés, où ils les vendaient tout cuits.

Cette description d’Oviédo ne peut se rapporter qu'à trois plantes rampantes et à racines tuberculeuses qui sont la pomme de terre (solanum tuberosum) Linné, ou morelles à racines tubéreuses, Linné, et la patate sucrée (convolvulus batatus) Linné. Mais nous trouvons, pour notre compte, cette deseription d'Oviédo plus applicable à la vraie patate, parce que les pommes de terre, cultivées de préférence par les sauvages du continent américain, l’étaient peu ou point par les insulaires : parce que le topinambour est loin d’avoir la saveur de la patate sucrée, et ne se reproduit pas par bouture retranchée des branches, et que probablement la patate cultivée néglisgemment par des agriculteurs ignorants et insoucieux, privés avec cela d'instruments aratoires, devait alors atteindre à peine à la grosseur des grosses dattes, que lui assigne Oviédo dans sa description ei-dessus rapportée. Ensuite chaque île, et voire même chaque canton, désignait la patate et mille autres objets de ce genre par des noms différents ; et puis chaque variété de patate recevait encore des désignations spéciales. Généralement la patate s'appelait maby, chez les Caraïbes sans doute aussi lirens, comme le dit Oviédo. En outre, à chaque variété, ils donnaient un nom particulier comme nous l'avons déjà dit plus loin. Ils appelaient la patate planche camicha; huceleronma la patate dite manzelle ; alata la patate marbrée ; chimouli la Romilière ; fahuira la verte ; hueleche, celle qui est rouge en dehors et jaune en dedans.

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