‹ Histoire des caciques d'HaïtiChapitre 5 sur 50 · PE NN SE RE · texte numérisé non relu

PE NN SE RE

Je me suis hasardé à écrire l’histoire des populations primitives et de la découverte d'Haïti. Je pourrais m'inquiéter d’avoir bien ou mal réussi; mais si les lecteurs indulgents m'amnistient rien que pour avoir essayé de produire une œuvre utile, cela me suffira.

L'histoire entière d'Haïti jusqu'à ce jour se divise bien nettement en quatre périodes : d'abord, celle de la découverte où s'opère l’envahissement du pays par la race européenne et où nous voyons la population aborigène rapidement dévorée par la conquête ; la seconde, celle de là colonisation et de l'introduction de la race africaine, où Haïti devient Saint-Domingue ; latroisième, époque du conflit des deux races, des maitres et des esclaves, puis celle de la classe intermédiaire des libres et des affranchis, celle de l'émancipation générale suivie de la tentative du rétablissement de la servitude et de la guerre dé l'Indépendance; la quatrième, enfin, celle du triomphe des indigènes, de la liberté et de la nationalité haïtiennes, où Saint-Domingue redevient Haïti.

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Me …. 7: ds Lo se ses 12 PRÉFACE

Les deux dernières périodes ont été traitées avec un talent qui honore le pays par deux de mes compatriotes. Dans l’un de ces ouvrages qui est en plus grande partie publié, la première période, n’entrant pas dans le plan de l’auteur, a été résumée trop brièvement pour offrir tout l'intérêt qu’on doit y trouver. J’ai eu l'intention de combler cette lacune. Qu'un écrivain national entreprenne maintenant de retracer l’époque de la colonisaion, voilà toute l’histoire d'Haïti édifiée par des mains haïtiennes.

Il est très honorable assurément pour le pays que ses annales soient conservées et transmises par ses propres nationaux. Je tiens beaucoup, pour ma part, à cet honneur. J'ignore les destinées de ma patrie; j'ignore ce qu’elles pourront peser dans celles de l'humanité; mais, je l'avoue, je me suis toujours vivement préoccupé de l'importance de sauver son histoire de l’oubli.

Haïti a déjà suffisamment de titres à l'attention et à l'intérêt de la postérité, pour avoir été le premier berceau de la civilisation européenne en Amérique. Les premières denrées tropicales qui sont devenues aujourd'hui indispensables et d'un usage universel, c'est elle qui les a prodiguées. C’est là que la première église a été bâtie, et que la première semence du christianisme conquérant un monde nouveau a été répandue. Une race sociable et intéressante y a péri tout entière et sa poésie avec elle. Le premier essai de la colonisation qui a transformé cet hémisphère y a été tenté et y a réussi. L’esclavage africain avec ses horreurs a commencé sur ce sol ; mais les premiers cris de liberté en sont partis ; les premières chaînes de la servitude y ont été brisées. Le prenuer peuple noir libre s’y est constitué. Depuis la découverte

jusqu’à nos jours, que de souffrances, que de meurtres, que d’héroïsme et de martyres ! C’est la plus belle île qui soit éclose au sein des mers et sous des cieux splendides mais c’est aussi la terre du globe qui a peut-être bu le plus de sang humain. [l faut que la postérité le sache, il faut qu’elle la plaigne de toute sa pitié. Elle l’admirera aussi, je l'espère, car la gloire peut-être sera la fin etle couronnement de ses infortunes. De grands et héroïques peuples, après avoir longtemps subi les épreuves du malheur, ont été comblés enfin par la Providence qui veille sur nous comme elle veilla sur eux, des bienfaits du progrès et d’une civilisation puissante et durable. Qui sait l’avenir, et ce que nous réserve le suprême rémunérateur des sociétés.

Je ne présume pas qu'aucun Haïtien mette en doute l'intérêt spécial de cette histoire pour lui, qu'il s'imagine qu'il aura assez fait de la lire ou de l'étudier comme une histoire étrangère, et qu’elle ne le touche qu'en tant qu’elle estune portion des annales du genre humain. Ce serait une erreur. Il est vrai que nous ne sommes pas les descendants des aborigènes d'Haïti, que nous sommes d’une autre race; que nous n’avons rien à déméler, à titre d’héritiers immédiats, à leurs mœurs, à leur civilisation, à leurs destinées; que nous ne nous sentons liés à eux par aucune sympathie de consanguinité. Mais le fait d’habiter aujourd’hui le pays où ils vécurent, nous oblige, nous plus que personne, à nous enquérir de nos prédécesseurs. Pouvons-nous ignorer les origines et le passé de notre pays, l’histoire si pathétique et si lamentable de ce peuple intéressant dont les derniers rejetons ont été les compagnons de servitude de nos premiers

ancètres sur ce sol ? L’Africain et l’Indien se sont don-

né la main dans les chaînes. Voilà par quelle confraternité de malheur, par quelle communauté de souffrances, leurs destinées se sont trouvées mêlées. Le premier, arraché à ses brûlantes contrées, a été substitué ici à l’Indien. Mais d’une race énergique, infatigable, inépuisable, l’esclavage, quelque meurtrier qu'il soit, n'a pu l’éteindre; il a crû et multiplié dans les fers, et quand ses maux eurent atteint leur comble, quand il se fut compté et trouvé en nombre suffisant pour lutter, il a brisé ses entraves et conquis le pays sur le premier peuple du monde, en exterminant les plus belles et les plus héroïques troupes qui aient jamais porté les armes. Rendre un pays ainsi libre, d'était venger tout ce qui y avait été opprimé, c'était se venger soi-mème et venger en mème temps les malheureux Indiens.

Pour avoir hérité de leur servitude, nous avons aussi hérité de leur patrie.

Tout ce qui est antérieur à la première époque de notre histoire se perd dans la nuit des temps. Il est impossible de remonter d'un jour au delà de la découverte, à moins de se jeter dans le vague et l’arbitraire des conjectures. J'ai seulèment réuni en un corps d'ouvrage relatif à Haïti les fragmens de cette histoire. épars dans les historiens et les récits de voyage qui embrassent la découverte entière de l'Amérique. J'ai donné, ou du moins j'ai essayé de donner plus de consistance aux faits et gestes des aborigènes, et de reproduire, durant un court moment de leur existence, d'après de faibles données et des traditions incomplètes, leur caractere, leurs mœurs et leur vie. C’est en me plaçant au at d'eux, et de ce point de vue, que j'ai

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