‹ Histoire des caciques d'HaïtiChapitre 6 sur 50 · PRET RS * CORRE · texte numérisé non relu

PRET RS * CORRE

raconté la découverte et la conquête de l’île. J'ai profondément déploré leur sort. Singulière position que celle de l'historien qui a tant-de larmes, de regrets et de pitié pour un peuple de victimes dont il s'est chargé d'écrire le martyrologe et qui est forcé, touten maudissant les bourreaux de ce peuple, d'admirer leur courage et leur génie de chrétiens !

Quel erime en effet d’avoir égorgé tout un peuple ! Oui, mais, d’un autre côté, quelle gloire d’avoir découvert un monde nouveau à la civilisation, à la science et à la religion! Ce qui est regrettable, c'est que cette gloire soit entachée de meurtre, de torture et de sang. Combien elle eût été plus grande, si elle eût été pure, si les conquérants, en s’emparant du sol, en avaient civilisé et converti les habitants !

Toute gloire qui se souille s’expie. Qu'il me soit permis, puisqu'il s’agit d'histoire, et de l’histoire d'Haïti, d'y prendre deux exemples terribles el frappants d’expiation historique. Christophe Colomb charge de fers et fait périr le plusillustre des Caciques d'Haïti; peu après il est jeté lui-même dans les fers, et, en sortant de captivité, il ne tarde pas à s’éteindre dans l'abandon, la pauvreté et la disgrâce. Napoléon fait arrêter déloyalement Toussaint Louverture, le premier des noirs, et l'envoie mourir sur un rocher glacé du Jura ; douze ans plus tard, les rois de l’Europe coalisée le rélèguent sur le rocher brülant de Sainte-Hélène où il expire.

Les annales d'Haïti, malgré le peu de place qu'elles paraissent encore tenir dans celles du monde, abondent en enseignements utiles pour l'étude et l'instruction

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de lhumanité. Le temps y ajoutera probablement d’autres événements de plus grande portée que ceux qui se sont déjà accomplis. En attendant, ces annales récentes et circonscrites comme elles sont, n'auront toute leur valeur et tout leur intérêt que quand des mains plus habiles que les nôtres les auront compulsées, et que de grands penseurs auront pris la peine de les méditer plus profondément. Ce que j'ai fait, j y reviens en finissant, ce que nous avons fait, si mes collaborateurs veulentbien me permettre de parler en leur nom, est un travail d’explorateur. La matière que nous avons traitée est riche etneuve. Pour l'historien, il y a là des mines fécondes dont notre ämbition serait satisfaite d’avoir provoqué la découverte et l'exploitation.

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