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V. Que la province soit exempte de capitation pour dix ans

(Refusé.)

YI. Que les villes de Montpellier, de Perpignan, de Cette et d'Aigues-Mortes nous soient accordées et remises comme nos villes de sûreté.

(Refusé.)

YII. Que les habitants des Gévennes dont les maisons ont été brûlées ou détruites pendant la guerre soient exempts d'impôts pour sept ans.

(Accordé.)

VIII. Qu'il plaise à Sa Majesté de permettre à Cavalier de choisir deux mille hommes, tant des gens de sa troupe que de ceux qui seront délivrés des prisons et des galères , pour lever et former un régiment de dragons au service de Sa Majesté, qui ira servir en Portugal et qui recevra immédiatement les ordres de Sa Majesté.

(Accordé ; et moyennant que tous mettent bas les armes, le roi leur permettra de vivre tranquillement dans le libre exercice de leur religion.)

En vertu du plein pouvoir que nous avons reçu du roi,

nous avons accordé aux réformés du Languedoc les articles ci-dessus énoncés, Fait à Nîmes, le dix-septième de mai 1704 (1).

Signé : Le maréchal de Villars, Lamoignon de Bayille, Jean Cavalier.

Daniel Billard.

Cavalier comprit, mais trop tard, qu'il était joué, et que non-seulement on ne lui accordait pas ce qu'il réclamait, mais encore que l'on paraissait se ménager les moyens de revenir sur les concessions mêmes que l'on faisait. « Quand j'eus vu, dit-il, que la plupart de mes demandes m'étaient refusées, je m'en plaignis, et surtout de ce qu'on ne nous accordait pas des villes de sûreté ; mais M. le maréchal me répondit que la parole du roi valait plus que vingt villes de sûreté, et qu'après les troubles que nous avions occasionnés, nous devions regarder comme un effet de sa grande clémence qu:il nous accordât la plupart de nos demandes. Cette raison n'était pas suffisante : mais comme il n'était plus temps de reculer et que j'avais mes raisons aussi bien que la cour pour faire ma paix, je pris ma résolution de bonne grâce (2). »

Quoi qu'il en soit, Villars lui envoya quelques jours après son brevet de colonel, un autre de capitaine pour son jeune frère, et un troisième de douze cents francs de pension. La cour lui reconnaissait, eu outre, le pouvoir

(1) La date, tout au moins, de cette pièce est erronée, l'entrevue de Cavalier avec Villars étant du 15. Nous la donnons telle qu'elle existe dans les Mémoires de Cavalier.

(2) Cavalier, Mémoires, p. 271.

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de nommer ses officiers, et il devait conduire son régiment en Espagne ou sur le Rhin, selon qne la marche des événements l'exigerait.

Le jeune chef cévenol, avant d'entrer en pourparlers avec les catholiques, en avait donné connaissance à Roland. Plus ferme dans ses principes, et sans vouloir s'engager lui-même, celui-ci le laissa agir, prêta traiter lui-même, si Cavalier ohtenait des garanties suffisantes pour la cause dont ils poursuivaient le triomphe, mais dans le cas contraire, bien décidé à ne jamais déposer les armes.

Villars, avec sa longue habitude des hommes et son coup d'oeil d'aigle, voyait tout ce qu'il y avait de défiance cachée derrière la iroide réserve de ce chef, qui était l'âme même de la révolte, dont Cavalier représentait surtout le côté poétique, extérieur et brillant. Rien n'était terminé tant que Roland n'était pas gagné. 11 dépêcha donc vers lui le nouveau colonel, pour qu'il l'engageât à faire sa soumission aux mêmes conditions que luimême avait acceptées.

Les deux chefs se rencontrèrent le 24 mai, non loin d'Anduze. Cavalier, en somme, avait traité pour lui seul. Après qu'il eut exposé à Roland sur quelles bases il l'avait fait, celui-ci haussa dédaigneusement les épaules. Que valait cette prétendue liberté de conscience qu'il croyait avoir obtenue, quand on y mettait cette restriction qu'ils ne pourraient pas avoir de temples? Les prisons, les galères avaient-elles relâché, à l'exception de son frère, une seule des malheureuses victimes de la tyrannie du roi? On offrait des régiments à tous les chefs, pour qu'ils entraînassent à leur suite, de l'autre côté du Rhin ou des Pyrénées, tous les protestants armés: c'est-à-dire que l'on voulait les éloigner tous, pour avoir ensuite

meilleur marché de la province sans défense. Quant à eux, une fois enrégimentés, sous la discipline de fer du service militaire, il ne leur restera plus qu'à obéir, ou on les fera fusiller, s'ils résistent.

Ne pouvant donner de bonnes raisons, Cavalier s'emporta jusqu'aux menaces. Roland alors lui répondit fièrement qu'il oubliait qu'il parlait à son ancien et à son chef, et qu'il n'appartenait pas à celui qui venait de trahir la cause du protestantisme de venir dicter des conditions à ceux qui étaient décidés à la défendre tant qu'il leur resterait un souffle de vie.

Cavalier furieux porta la main à son pistolet, mais leurs hommes se jetèrent entre eux et les séparèrent. Toutefois, le prophète Salomon consentit à suivre Cavalier à Nîmes, et dans une seconde entrevue qui eut lieu, comme la première, dans le jardin des Récollets et avec Villars, Bâville, Lalande et Sandricourt, Salomon avoua à ceuxci que les Camisards étaient décidés à ne se soumettre jamais, s'ils n'obtenaient pas le libre exercice de leur culte. Le lendemain, il remit à Villars une lettre de Roland, dans laquelle il exigeait, avant de désarmer, que l'on rétablît l'édit de Nantes, que tous les prisonniers et galériens détenus pour fait de religion fussent relâchés, que tous les exilés fussent rappelés, que l'on cessât de lever des impôts intolérables.

On savait par avance quelle eût été la réponse du roi à de pareilles prétentions. Mais qu'importait désormais à Bâville et à Villars l'insuccès de leurs démarches ultérieures? Ils avaient jeté la division parmi les Camisards, ils venaient de leur enlever le plus populaire de leurs chefs, le plus habile de leurs généraux. Il ne restait plus maintenant qu'à éloigner celui qu'ils venaient de corrompre, presque sans qu'il s'en aperçût ni qu'il eùtcons-

cience de ce qu'il avait fait. La ruine des rebelles ne pouvait plus se faire beaucoup attendre.

Cavalier traversa encore la ville au milieu de l'enthousiasme d'une population en délire. Rien n'avait transpiré des résultats de tous ces pourparlers, et les populations, également fatiguées de ces trois années de luttes effroyables, savaient gré au jeune et brillant héros de ses efforts pour ramener le calme parmi elles.

Hélas! ce fut la dernière grande journée de sa vie. En quittant sa troupe, il en avait laissé le commandement à Ravanel, son lieutenant. Celui-ci n'avait pu s'empêcher de concevoir certains soupçons, et Catinat et les autres officiers partageaient ses défiances. Les triomphes de Cavalier à Nîmes avaient été trop personnels pour ne pas exciter la jalousie des autres chefs. Qui sait si l'on ne s'était pas plu à lui élever si haut son Capitole, pour que les abîmes de la roche Tarpéienne se creusassent plus profonds autour de lui ?

Donc, à son retour à Calvisson (28 mai), sombres et mécontents, les siens le pressent de s'expliquer et de renoncer à ce système de réserves, de réticences et de mystères dont il semblait décidé à entourer sa conduite. Peu satisfait lui-môme de ce qu'il avait à leur apprendre, il veut éluder leurs questions. Mais des instances ils passent bientôt aux menaces.

— Le traité! s'écrièrent-ils avec fureur. Nous voulons connaître le traité!

— Eh bien! dit enfin Cavalier, tout est fini, préparezvous à me suivre, nous allons servir en Portugal. Les uniformes sont prêts, nous partons dans trois jours !

Il était difficile detomberdeplushaut. Il fallait quitter cette patrie pour l'affranchissement de laquelle ils avaient fait couler tant de sang, laisser derrière soi dans

les prisons et sur les galères les pasteurs et les frères que Ton avait juré de délivrer, renoncera voirlestemples se relever de leurs ruines, et se mettre enfin aux ordres et à la solde de ceux qui leur avaient ravi la liberté de conscience!

Ce fut alors parmi ces malheureux une explosion de cris de rage et de désespoir, de reproches amers et de paroles menaçantes. Mais Cavalier avait souvent apaisé ces flots courroucés ; il se plaça hardiment au milieu du groupe qui paraissait le plus irrité, et voulut reprendre son autorité perdue.

— Qui donc est maître ici? demanda-t-il avec colère.

— Moi ! répliqua Havane] ; moi, depuis que tu nous as trahis tous ! Va-t-en, retourne vers ceux qui t'envoient, dis-leur qu'il n'y aura jamais ni paix, ni accommodement entre nous, tant que l'on ne nous aura pas rendu nos temples !

— Itavanel a raison ! dit à son tour Catinat. Tu n'as plus d'ordres à donner ici. Nous t'avions fait notre général, te voilà tombé colonel parmi nos ennemis. C'est bien ! Va prendre place dans les conseils de Bàville et de Yillars. Pour nous, nous retournons dans nos montagnes.

Cavalier s'efforça de lutter encore. Son àme se brisait à la pensée de se séparer de ces hommes à la tête desquels il avait si souvent bravé la mort, et de s'éloigner d'eux sous le poids de leur mépris. Il sentait le terrain manquer sous ses pas, et le nombre de ceux qui paraissaient encore bien disposés en sa faveur diminuait à chaque instant. Il fit un dernier effort, et d'une voix qui semblait prier bien plutôt que commander il s'écria : « Qui m'aime me suive ! »

Moïse, Daniel Billard et une quarantaine d'autres

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passèrent de son côté. Le reste se groupa autour de Catiuat et de Ilavanel. On se mit en marche vers la montagne. Cavalier les suivit longtemps encore, employant tour à tour les prières, les menaces, la persuasion, les conseils, pour les détournerde leur dessein. Ravanel et Catinats'irritèrentàla fin, lui ordonnèrent de se retirer, et firent retentir à ses oreilles les mots de traître et de lâche. 11 veut les châtier, mais vingt fusils s'abaissent sur sa poitrine. Moïse et Billard se précipitent entre lui et les furieux qui veulent l'immoler. Sans doute ils pensaient que l'avenir réservait encore un rôle à celui qui les avait si souvent guidés à la victoire. Cavalier alors se retira, le cœur abîmé de douleur, de remords et de honte à la fois. Il avait promis un régiment : il revenait vers Villars à la tète de quelques déserteurs !

D'Aigaliers, ayant appris l'inutilité des efforts de Cavalier, vint le trouver à Cardet, le consola de son mieux et le ramena vers le maréchal qui, bien loin de lui adresser aucun reproche, et satisfait peut-être en secret de se voir débarrassé d'un régiment de religionnaires dont il eût été bien difficile de faire accepter les services au roi, le reçut avec sa bienveillance accoutumée, lui permit de le suivre à Anduze, mais donna pour cantonnement à sa petite troupe l'île de Valabrègue, au milieu du Rhône, à quatre lieues de Nîmes, comme s'il eût voulu la mettre par là dans l'impossibilité de rejoindre les Camisards, si le regret de ce qu'ils avaient fait venait à les prendre.

Il en coûtait à d'Aigaliers de renoncer à toute espérance de conciliation. De concert avec Villars, il fit encore une tentative, et, avec Cavalier et quelques autres, il eut une dernière entrevue avec Roland, Cati-

nat et Ravanel, auxquels on proposait les conditions suivantes :

On offrait à Roland les mômes avantages qu'avait obtenus Cavalier ; les prisonniers seraient élargis ; les nouveaux convertis pourraient sortir du royaume avec leur fortune ; ceux qui voudraient y rester le pourraient faire en rendant leurs armes ; ceux qui en étaient sortis y pourraient rentrer ; on n'inquiéterait personne pour la religion, à la condition que chacun restât paisible dans sa maison ; les indemnités seraient supportées par la province tout entière, sans qu'on pût les faire peser en particulier sur les nouveaux convertis ; il y aurait enfin une amnistie générale et sans réserve.

En somme, c'étaient là des promesses, et rien de plus. Il s'agissait pour les Camisards de rendre leurs armes à des adversaires qui gardaient toutes les leurs, et pour les chefs, de quitter leurs commandements sans aucune garantie sérieuse. A la vue de Cavalier, Roland et Ravanel sentirent renaître leur indignation ; ils ne lui épargnèrent ni les injures ni les sanglants reproches. Celui-ci sut conserver son calme, et voulut parler aux troupes elles-mômes. Sa voix fut couverte par les huées, et il lui fallut quitter la place, non sans avoir couru les plus grands dangers pour sa vie.

La soumission de Cavalier n'en fut pas moins un coup terrible porté au parti calviniste. Chaque jour quelques révoltés imitaient son exemple. Trente se rendirent à la fois à Lalande, vingt à Grandval. Le 15 juin, huit de l'anciennebande de Cavalier vinrent déposer leurs armes: huit autres demandèrent à le suivre. Quelques autres avaient déjà obtenu la môme faveur, sous la conduite du jeune frère du nouveau colonel, et allèrent grossir

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le nombre de ses fidèles. On pardonnait à tous, les plus notables même étaient récompenses. Ceux qui voulaient continuer de servir recevaient : les chefs quarante sous, les soldats dix sous par jour. Ils logeaient dans les casernes, «y prêchaient, y chantaient des psaumes, y faisaient la prière nuit et jour (la Baume;, » au grand scandale des catholiques. Mais Villars laissait chanter tout haut les uns, et gronder les autres, pourvu que ce fût tout bas. Son plan, sans nul doute, était de gagner du temps, d'éloigner le plus grand nombre possible de révoltés, et de tomber ensuite sur les autres, quand le1* caresses ou la corruption auraient suffisamment affaibli le parti.

Le 11 juin, il rentra à Nîmes, toujours accompagné de Cavalier, qu'il accablait de marques d'amitié. Aussi celui-ci se berçait-il encore de quelques espérances. Il le disait, du moins, à ceux qui l'approchaient. Le21 juin, il prit congé du maréchal, fut rejoindre sa petite troupe à Yalabrègues, et reçut l'ordre de la diriger sur Neuf- Brisach. Ils étaient cent cinquante environ, dont seulement cinquante-huit armés, escortés ou plutôt surveillés par cinquante dragons et autant de soldats de Hainault. Arrivés à Màcon, ils reçurent l'ordre de l'y arrêter.

Cavalier ayant écrit à Chamillart qu'il avait d'importantes communications à lui faire, fut mandé à Versailles, où il causa longtemps avec le ministre. Tillars, qui avait deviné en lui un héros, voulait non-seulement l'enlever à son parti, mais encore l'attacher au roi. Lui et Vendôme exceptés, la France épuisée n'avait plus de généraux. Le nouveau colonel fut donc placé sur le grand escalier par où Louis devait passer; mais celuici renouvela avec lui la faute déjà commise avec le

prince Eugène. En voyant ce petit homme blond, d'une physionomie douce et agréable, qui, à vingt ans, avait pris la liberté grande de battre ses armées, ce roi de parade haussa les épaules et passa sans lui adresser une parole.

Toutes les illusions de Cavalier étaient tombées l'une après l'autre. Ses craintes étaient grandes, pour luimôme et pour les malheureux qui s'étaient attachés à sa fortune. De retour à Màcon, ses défiances augmentèrent. Au village d'Onnan, à trois lieues de Montbéliard, ils parvinrent à tromper la surveillance de leur escorte, et ils se rendirent à Lausanne, où un meilleur accueil les attendait. Cavalier passa bientôt après en Hollande ; enfin la reine Anne l'appela à sa cour et lui donna du service.

Trois années plus tard, il se livrait une étrange bataille à Almanza, de l'autre côté des Pyrénées. Là, des Français, des Anglais et des Portugais s'entre-déchiraient pour savoir à qui appartiendrait le trône d'Espagne. L'armée française était commandée par un Anglais, Berwick, bâtard de Jacques II et d'Arabella Churchill, sœur de Marlboroug, tandis que les Anglais avaient à leur tête un Français M. de Ruvigny, protestant réfugié, devenu lord Galloway en Angleterre. Enervé et dépeuplé par les soixan le- quatre années de tyrannie et d'exactions de Louis XIV, le noble royaume n'avait plus de jeunes gens à livrer tous les ans à son maître, si bien que l'on en était réduit à recruter les mécontents, les transfuges, les bandits et les déserteurs de l'Europe entière (1), pour former de tous ces élé~

(1) Voir, sur la formation et la composition des armées françaises, notre France sous Louis XIV, t. II, p. 16-1-166.

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ments impurs les bandes sauvages qui saccageaient indifféremment le Palalinat et le Languedoc. En môme temps, un régiment de Français réfugiés, commandés par le colonel Jean Cavalier, faisait admirer sa belle tenue dans les rangs des Anglo-Portugais au service du parti national espagnol. S'étant reconnus, les Français de Cavalier et ceux de Berwick fondirent les uns sur les autres, à la baïonnette, et tel fut leur acharnement, que des deux régiments engagés, cent cinquante hommesà peine restèrent debout de chaque côté. On distinguait dans la mêlée, monté sur le fier coursier conquis jadis à Saint-Chattes, sur le marquis de la Jonquière, l'ancien général des Camisards excitant la furie de ses compagnons et disputant un moment la victoire au duc de Berwick (1).

On voit encore dans la vallée de Dublin un cimetière abandonné qui fut consacré aux réfugiés français. C'est là que repose, sous la terre pesante de l'exil, Jean Calier, mort en 1740, après avoir été officier général et gouverneur de l'île de Jersey, en vue de la patrie d'où le bigotisme sauvage de Louis XIV l'avait chassé.

Cavalier occupe une des premières places parmi ces brillants météores qui passent comme un éclair au milieu d'une nuit d'orage. Mais quand nous voyons des hommes comme lui et Cathelineau, paysans hier, devenir

(l) Quelques jours après, il rendait compte en ces termes aux puissances alliées de sa conduite dans cette affaire (Gênes, le 10 juillet 1707):

« La seule consolation qui me reste, c'est que le régiment que j'avais l'honneur de commander n'a jamais regardé en arrière, et il a vendu sa vie chèrement. Je combattais jusqu'à mon dernier homme, lorsque la multitude des ennemis m'accabla, perdant une grande quantité de sang par douze blessures que j'eus dans cette action... »

du jour au lendemain de grands capitaines et tenir tête aux plus anciens généraux vieillis sous le harnais, nous prenons en grande pitié, sans compter les raisons d'humanité qui nous la font prendre en grande horreur, cette science militaire que Condé, lui aussi, possédait complète à vingt ans, et sans l'avoir jamais étudiée. On ne s'improvise pas aussi facilement poëte, ingénieur, artiste ou savant, et quand ceux-là, par le labeur de toute une vie, arrivent à quelque célébrité, ils sont les bienfaiteurs de l'humanité, dont les autres sont les fléaux.

Il en coûtait à l'infatigable d'Aigaliers d'abandonner la partie. Il retourna à Versailles, espérant toujours obtenir la liberté de conscience, « sur laquelle, dit-il {Mémoires), Dieu seul s'est réservé l'empire ». Le duc de Beauvilliers, président du conseil, le roi lui-même, lui firent un accueil favorable ; mais Ghamillart, qu'il vit ensuite, lui annonça que, plutôt que de céder sur ce point, Louis consentirait à voir son royaume bouleversé, ruiné sous les efforts réunis des alliés et des Cévenols.

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