‹ Histoire des CampagnesChapitre 101 sur 267 · LIVRE XVI. ao · texte numérisé non relu

LIVRE XVI. ao

Ces hommes désespérés s’efforçoient d’égarer et d’armer le peuplé par de faux bruits, assurant partout que l’ennemi étoit repoussé , que Napoléon arrivoit avec quatrevingt mille combattans. L’astuce et la perfidie étoient déchaînés pour enflammer les esprits et remuer les passions. L’atelier littéraire de la police vomit alors une affiche incendiaire intitulée : Nous laisserons-nous piller? nous laisserons-nous brûler? et dont voici le début ;

« Tandis que l’empereur arrive sur les der- » rières de l’ennemi , vingt-cinq à trente mille » hommes , conduits par un partisan audaj> cieux , osent menacer nos barrières : en im- 5) poseront-ils à cinq cent mille citoyens qui » peuvent les exterminer ?

» N’avons -nous pas du canon, n’avons- » nous pas des baïonnettes , n’avons -nous ■St pas des piipies et du fer? Nos faubourgs,

» nos rues, nos maisons, tout peut servir » à notre défense. Etablissons des barri- '* cades , faisons sortir nos voitures et tout » ce qui peut obstruer les passages ; créne- » Ions nos murailles , creusons des fossés ,

» montons les pavés des rues à tous -les » étages , et l’ennemi reculera épouvanté. >1 Qu’on se figure une armée essayant de pé-'

hoG CAMPAGNE DE 184.'

» nétrer dans un de nos faubourgs au milîeiï » de tant d’obstacles, à travers le feu croisé » de la mousqueterie qui partiroit de toutes » les maisons ; exposée sans cesse aux pierres •> et aux poutres qu’on jetteroit de toutes les » croisées , ne seïx)it-elle pas détruite cette » armée avant que d’arriver au centre de a> Paris ? »

La vigilance des bons citoyens arrêta la distribution de cette production infernale dont il ne circula que peu d’exemplaires : c’étoit en la propageant parmi le peuple que les fauteurs de Napoléon espéroient réduire Paris en un monceau de cendres ou de cadavres , ou tout au moins avoient-ils en vue de transformer Paris en une nouvelle Saragosse , comme si le souffle de la tyrannie pouvoit jamais ins- ' pirer l’exaltation du patriotisme ! F ut-il jamais au pouvoir d’un oppresseur d’entraîner les peuplés à une défense nationale ? Aussi que d’efforts superflus pour soulever Paris dans les journées immortelles dont nous retraçons les" événemens !

Excités toutefois par des émissaires , un certain nortibre d’babitans non encore armés , appartenant la plupart à la classe indigente , 4'ormcrcnt des groupes , coururent aux bar-

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