LIVRE XVI. rx
par Clichy sur Montmartre , tandis que les corps prussiens des généraux Kleist et York marchoient sur les villages de la Villette et de Pantin. Dès que l'artillerie eut ouvert son feu , les batteries françaises , entre les deux villages, ripostèrent avec, succès ; et plusieurs ba- .taillons reprenant l’offensive , renouvelèrent leurs efforts pour y entrer de nouveau. Les Prussiens repoussent les premières colonnes ; ils sont enfoncés à leur tour par le surcroît de nouvelles troupes , par le feu meurtrier ■'des batteries parisiennes couvertes et flanquées de fossés profonds. Mais de nouveaux bataillons de la garde prussienne , et de celle de Bade , se jettent , la baïonnette en avant , et emportent une seconde fois le village de Pantin.
Pendant ces différens combats , les tirailleurs de l’avant-garde du prince royal de Wurtemberg s’étoient approchés de Vincennes ; et le général Bardai de Tolly , en ayant reçu la nouvelle, ordonna l’attaque générale. La division du prince Eugène de W’urtemberg se porta sur Beilcville , et celle du prince Gorschakoff sur le village de Charonne , tandis que le corps des grenadiers russes , sous le commandement du lieutenant- général Lambert ,
2i8 campagne de 1814.
marchoit àussi pour attaquer les villages de Belle^’ille et de Mesnilmontant.
Déjà , du côté de Montmartre , les batteries ennemies étoient parvenues jusqu’au pied de ce mamelon , et , ouvrant leur feu , lançoient les boulets , les obus , par-dessus la tête de Joseph Buonaparte et de son état-major. Prévenu par le maréchal duc de Raguse que les troupes françaises, malgré leur glorieuse résistance , alloient être accablées par le nombre, et ne pourroient plus tenir qu'une heure et demie , Joseph vit alors que la prise de Belleville , de la butte Saint- Chaumont et de Montmartre alloit ouvrir aux alliés l’accès de la capitale , et qu’il étoit temps de songer à sa propre sûreté , qu'il retrouvoit encore une ■fois dans une prompte fuite.
Il ordonne aussitôt au capitaine Peyre d’accompagner l’aide-de-camp qu’il envoie aa duc de Raguse pour l’autoriser à demander au général Bardai de Tolly une su.spension d’armes et une capitulation ; mais ces dispositions pacifiques ne pouvoient se manifester a.ssez promptement pour arrêter l’effusion du sang humain. Le temps s’écouloit, le combat se prolongeoit sur toute la ligne , et l’arrivée succes-sivc des forces de la coalition donnoit à l’eimciai une supériorité décidée.