LIVRE XVI. 3ig
Tandis que les dehors de cette i mmense capitale étoicnt ainsi le théâtre du carnage , Tintérie ur oifroit un aspect imposant et calme. La masse de la population couvroit les places*' les rues , les boulevards intérieurs du nord , mais sans confusion , sans désordre , sans témoigner ni surprise ni frayeur, manifestant plutôt le sentiment de la curiosité et de l’attente. La foule se portoitplus particulièrement vers les portes Saint-Denis et Saint-Martin , comme pour assister àune cérémonie publique. £ntre la file non interrompue de voitures, de bagages , de trains , d’ofliciers , de militaires de toutes armes allant au combat , ou revenant blessés , ou servant d'escorte , on voyoit circuler une foule immense et presque autant de femmes que d'hommes attirés par un spectacle unique dans les annales de l’Europe. Un sentiment universel d’intérêt et d’estime environnoit les braves qui se dévouoient à une mort presque certaine. On les plaignoit de se battre au nom d’un chef universellement détesté , et idont le renversement eût été reçu comme un bienfait du ciel ; mais cette cause étoit encore celle de l’honneur, tant, que les armes laisseroient entrevoir quelque^ apparence de succès. -, *. .
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Ni le bruit du canon et de la mousqueterie , ni les nouvelles effrayantes répandues par les agitateurs , ni les vociférations des émissaires de la police ne purent troubler Paris. On eût dit qu’un secret pressentirn ont faisoit préjuger d’avance que le dénoiiment de ce grand drame n’offriroit point un désastre , et que l’enceinte de celte belle capitale seroit préservée des horreurs de la guerre. Mais si la masse de la population attendoit avec fermeté l’événement , il n’en étoit pas de meme dans l’intérieur de toutes les familles. Que de mères et d’épouses étoient éperdues et en larmes ! Les unes se représentoient avec effroi le sac de Paris et leurs fdles outragées ; d’autres , et c’étoit le plus grand nombre , trembloient sur le sort de leurs maris ou de leurs fds qui avoient pris les armes. Les généraux toutefois n’exigeoient d’autre service des détachemens de la garde nationale , appelés hors des barrières , que de se placer en seconde ligne, et de présenter à l’ennemi l’apparence d’une force qui n’existoit point en réalité. On ne devoit pas s’attendre que la garde parisienne montreroit cette fer-^ meté ; cette valeur héroïque , partage des troupes régulières et aguerries. Plusieurs pères de famille , en effet , qui , pour la première