LIVRE XVI. aa
et cet homme, à la fois orateur, académicien, conseiller d'Etat , ministre, cet homme , re- Tetu de l’habit de guerrier, se montre pâle et tremblant ; il prend honteusement la fuite , malgré les clameurs de ses frères d’armes, qui , dans leur indignation , menacent de tirer sur lui : la vitesse de son cheval le met bientôt à couvert , et il va grossir le nombre des courtisans auxquels il ne reste plus que la célébrité du mépris. Cette désertion fut provoquée , il est vrai , par la fuite de .Toseph Boonaparte et de son état-major. Désespérant de la fortune d’un frère qui , deux fois , avoit fait de lui l’instrument couronné de ses usurpations , il laissa Paris à sa destinée r après avoir envoyé toutefois l’autorisation de capituler au maréchal duc de Raguse. Par ce lâche abandon , la garde nationale se trouvoh sans commandant en chef. Outrée de se voir ainsi , au moment de la crise , le jouet des événemens , elle ne fut calmée que par la présence et le» discours de son général en second. Dans une courte harangue le maréchal Moncey exhorta ses frères d’armes , alors en bataille aux barrières , à rester â leur poste , et à répandre J par leur bonne contenance , à l’attente publique \ il ajouta que si l’ennemi se monlroit
en trop grande force sur les points d’attaque } il seroit possible qu’on fût contraint de capituler, mais qu’il falloit conserver toujours une attitude imposante , afin d’obtenir des conditions honorables.
En effet , tous les efforts de la persévérance et du courage alloient être épuisés.
Le combat s’étoit animé du côté de la Villette , où l’artillerie parisienne opposoit une longue résistance aux troupes d’élite de la grande armée , soutenue par six bataillons prussiens et par la présence du princé Guillaume de Prusse ; mais les corps de Kleist et d’York étant venus prendre part à l’action , leur artillerie fit taire les batteries françaises , et les troupes se concentrèrent aussitôt dans la .Villette , se disposant à défendre le village.
En même temps deux divisions russes s’emparoient , sous le feu de la mousqueterie et de la mitraille , du cimetière de Mont-Louis : elles prenoient huit pièces de canon , et occupant aussitôt le village de Charonne , parvenoient ainsi jusqu'aux portes de la capitale.
Vainement le duc de Raguse avoit entrepris encore , en avant de Belleville , une attaque sur les gardes de Prusse et de fiade. Les régimcns russes , prussiens et badois reprenant