‹ Histoire des CampagnesChapitre 113 sur 267 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

Tous les obstacles alloient ^tre siirmontéç aussi à la Villette. La cavalerie des alliés, qui s’étoit formée à la ferme du Uouvroy , se déployoit et serpenloit dans la plaine. Les hussards noirs de Brandebourg repoussèrent les charges qu’essayèrent les dragons français , et pénétrèrent, à leur poursuite, dans le village. En vain l’infanterie voulut-elle s’y maintenir. Deux bataillons de chasseurs russes , du corps de Woronzolf , y entrèrent au pas de course , en même temps que la cavalerie alliée , et s’en emparèrent , ainsi que des batteries posées pour le défendre. Presque au même instant, les corps prussiens des généraux Yorket Kleist, qui venoient de marcher contre la Chapelle , sur la grande route , emportoient aussi ce village contigu au faubourg Saint-Denis.

Au moment où ces \nves attaques conduisoient l’ennemi jusqu'aux barrières , le premier cri d’alarme et d'épouvante étoit poussé dans Paris. De là , une terreur panique générale, occasionnée , selon les uns , par l’éclat d un obus; selon d’autres, par le coup de fu.sil d’un garde national , (jui étendit l'oidc mort, près la porte Saint-Denis, un cavalier revenant au galop par le faubourg , en criant à travers la foule : f^oilà les ennemis ! Le cri , les coilà !

fl3o CAMPAGNE DE 1814.

les voilà ! accrc^dité par la détonation , se propage , et répand l’effroi dans l’immense concours du peuple , vers les portes Saint-Denis et Saint Martin , sur les boulevards Poissonnière et du Temple. La foule se disperse en un clin-d’œil , et gagne, à la course, et dans toutes les directions , les quartiers du centre vers la Seine. Quelques boutiques encore ouvertes sont à l’instant fermées , et les maisons barricadées ; les marchés restent solitaires et déserts. Mais, revenu bientôt de cette faus.se alarme , le peuple couvretie nouveau les rues , les places , les quais , les boulevards , toujours agité en sens contraire , par cent bruits contradictoires ; toujours harcelé, tourmenté par de vils provocateurs sortis des antres de la police. Des militaires môme répandus à dessein dans la ville, annonçoient l'a}>parition d’une armée française. « Vous êtes un imposteur, » dit le maréchal Moncey à un officier qui venoit affirmer, dans les rangs de la garde nationale, l’arrivée de Napoléon avec quarante mille hommes. L’incertitude et l’attente tenoient tous les esprits en suspens : on ne .savoit au juste si l’ennemi était victorieux , s’il étoit repoussé , si l’on se batloil encore.

Telle étoit la situation de l'intérieur de Paris

Page 1