‹ Histoire des CampagnesChapitre 117 sur 267 · LIVRE XVI. a · texte numérisé non relu

LIVRE XVI. a

et l’on n’entendit ses tirailleurs qu’à l’instant même de la capitulation. S’il étoit arrivé sur le terrain à midi , plus de-cent mille hommes seroient entrés probablement de vive force dans cette immense capitale , et les dix-huit mille braves qui la défendoient sur les hauteurs de Belleville , n’auroient pu la soustraire à son sort.

D’un autre côté , peu s’en fallut aussi que Napoléon , par sa présence , ou du moins par les ordres qu’il transmit à ses ministres , ne fit de Paris un théâtre de désolation et de carnage.

Pressantavecune célérité incroyable le mouvement de ses troupes, faisant détruire ou jeter dans l’Aube et dans le canal du bassin de Troyes, des caissons , des forges de campagne et pinceurs canons , faute de moyens de transports , il étoit arrivé à Troyes avec sa garde , le 2g mars à onze heures du soir , après avoir exténué ses soldats par une marche de vingt lieues. Tourmenté par de sinistres pressentimens , il avoit jugé que la durée de son pouvoir dépendoit de la résistance de Paris , et que s’il n’en prévenoit pas la reddition , c’en étoit fait de sa puissance. Il prit alors la résolution de faire partir en toute

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hâte , et dans la nuit mèmè , le général comte de Girard in , auquel il donna une mission absolument contraire à celte qu’avoit reçue de lui le général Dejean au pont de Doulencourt. Les instructions adressées aux ministres de la guerre et de la police , contenoient , dit-on , l’ordre positif de défendre Paris par tous les moyens possibles (i). Napoléon vouloit que les rues fussent barricadées , et qu’on les dépavât ; que dans toutes les parties de la ville , situées au nord , les maisons fussent

(i) M. le lieulenant-géncral comte de Girarditi a réclamé en i8i4 contre le récit qui le concerne dans la première édition de celle Histoire. Il n'aviiit point d’ordres, dit-il, ni de dépêclics pour les ministres de la guerre et de la police ; sa mission n'ajant pour objet que de voir les maréchaux ducs de Trérise et de Raguse , afin de savoir d'eux et de s'assurer quelles étoient la force et la position de l’ennemi ainsi que celle des deux corps de l’armée française. Cette rériamarion mérite sans doute d'ètre appréciée ; mais quand il s’agit d’un fait notoire , la seule dénégation de la partie intéressée ne forme qu'une présomption, et point une preuve historique. Tout ce qu’on peut en induire , c’est que la mission du général comte de Girardin ayant été d’une nature secréte, restera probablement ensevelie entre lui et Napoléon , à moins que ses communications avec les ministres et les généraux, dans la soirée du 3o mars , ne viennent à être révélées un jour. Jusques-là le devoir de l’historien consiste b ne présenter que dans la forme du doute des circonstances dépourvues de témoignages certains , et qui ne reposent que sur la notoriété ou la clameur publique.

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