‹ Histoire des CampagnesChapitre 13 sur 267 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

des obusiers chargés de projectiles qui fendent l’air, sillonnent le sein des nues , détonnent avec un bruit horrible , et tombant en éclat sur Bayonne meme, impriment aux habitans la terreur et l’effroi. Entraînés par la curiosité il en est qui se portent sur les remparts, d’autres sur les tours de la Tille , pour suivre de l’œil les chances de la bataille , et là leiir épouvante redouble quand ils aperçoivent les troupes ennemies qui s étendent non loin des murailles. L’intérieur de Bayonne offroit l’image de tous les fléaux de la guerre : les blessés y affluoient; les hôpitaux en étoient encombrés. Au bruit de l’artillerie et de la mousqueterie , aux cris des blessés et des mourans , sc joignoicht le froissement continuel des caissons, qui portoient à l’armée ou du pain ou des cartouches,, et la confu.sion inséparable d’un pareil cornbat , dont l’issue faisoit craindre aux malheureux habitans de Bayonne le sort cruel de Saint-Sébastien , saccagé et presque détruit après plusieurs assauts.

La bataille se prolongeoit; toutes les attaques étoient furieuses , particulièrement sur la grande route : trois fois l’armée française revint à la charge , et trois fois c le fut repous-

sG CAMPAGNE DE 1814.

sée par le feu soutenu de la mousqiieterie , de l’artillerie , et par des charges de cavalerie , renouvelées autant que le terrain pouvoit le permettre. L’ennemi étoit protégé par des retranchcmens inaccessibles, par des troupes aguerries et nombreuses. Immobile dans ses positions , l’infanterie anglaise étoit toujours prête à recevoir les assaillans la baïonnette au bout du fusil ; enfin , découragée par une résistance invincible , l’armée française fit volteface , et rentra dans ses lignes. L’ennemi conserva le plateau , et resta maître des rives de l’Adour et de la Nivc.

On s’étoit battu pendant neuf heures entre ces deux rivières , avec l’acharnement héroïque inspiré aux deux nations rivales par une sorte d’émulation de valeur et de gloire.

Ces quatre jours d’attaques et d’actions .sanglantes (du 9 au i3 décembre) avoient mis près de quinze mille hommes hors de combat. On n’avoit jamais vu , pendant la guerre de la péninsule, autant de corps morts après une action. A la seule attaque du i3 , qui fut la plus meurtrière, l’armée française eut près de cinq mille hommes tués ou blessés ; parmi ces derniers se trouvoient les généraux de brigade Maucunc et Maucomble.

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