‹ Histoire des CampagnesChapitre 130 sur 267 · LIVRE XVII. *6i · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. *6i

criant de fermer les boutiques , de barricader les rues , les maisons , et d’assaillir l’ennemi , tandis que Napoléon, en personne, arrive pour l’attaquer par les dehors de la ville. Une foule immense remplissoit déjà les ponts et les quais vers la place de Grève. La populace s’émeut, et les premiers détachemens de cosaques qui paroissent sont salués par les cris de vive Buonaparte ! vive l’empereur ! cris forcenés , accompagnés de gestes menaçans. Tout à coup se présentent brusquement • quatre hommes , deux à pied avec fusils et '^baïonnettes , deux autres à cheval , avec uniforme d’officiers , et le sabre nu à la main ; ils barrent le passage au marquis de Forbin (i) , et à M. de Thomasow, aide-dc-cainp du prince Wolkonski, chargé de préparer les logemens de l’empereur Alexandre. L’un d’eux s’adressant à M. de Forbin : « Si tu es bon * Français ,• lui dit-il , défends- toi pour ne » pas être égorgé ; » puis , se tournant vers le

(i) Le marquis de Forbiu se rendoit au quartier ge'ncral des allies, après s’être concerté avec plusieurs royalistes, quand il rencontra M. de Thomasow, avec quelques officiers russes e I prussiens. M. de Thomasow apercevant de la fermentation , et d’ailleurs ne connoissant point Paris, invita M. de Forbin i l’accompagner aux Tuileries, et de là à rHôltl-de-Ville.

26a CAMPAGNE DE 1814.

peuple , il s’écrie d’une voix forte : A moi , Français ! t empereur est arrivé ; main basse sur les ennemis! Tous les quatre chargeant en meme temps les officiers russes et le marquis de Fqrbin , appellent à eux des hommes apostés pour leur prêter main-forte.

Entourés , surpris , les Russes sautent à bas de cheval , cherchant un asile dans les maisons voisines. Un cosaque d’escorte est percé de trois coups de baïonnette; le marquis de Forbin, renversé de cheval , est blessé de deux coups de sabre par un groupe de ces furieux , qui * s’écrient : (Test un émigré! à la Seine! à Iq Seine! On l’eût mis en pièces, de même qué les Russes, sans l’arrivée subite d’un peloton de la garde nationale, qui réprima la rage homicide des assaillans. Toutefois, secondés par une partie de la populace , ils traînent prisonnier au premier poste , le marquis de Forbin , en proférant d’horribles injures mêlées de menaces. A toutes ses représentations, ils répondent : « Nous avons des ordres ;

» le duc de. Vicence est ici; l’empereur arrive.

» On verra dans deux heures s’il fei a bon à » Paris. »

Mais la vigilance et l’attitude ferme de la garde uatiouulc firent tout avorter. Le mouve-

Page 1