‹ Histoire des CampagnesChapitre 138 sur 267 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

telle , les interprètes et les organes du vœu national. Avec quelle sollicitude et quelle ardeur elles propagèrent la cocarde royale ! Venoit-elle à leur manquer, on leur voyoit mettre en pièces aussitôt tout ce qui , dans leur parure , pouvoit servir à multiplier les signes de la restauration.

Il cloit près de midi, et les groupes royalistes augmentoient à vue d’œil sur les boulevards , sur la place Louis XV ; et les cris de Vive le Roi ! étoient répétés partout. Là fignroient également , parmi les plus ardens promoteurs de raiitorite légitime, MM. de Ladeveze, de Margueril, Agier, Boutard, Charles Lacretclle , MM. Berlin, Christian Royou , Nicolle, les frères Marne , Bocquet , le jeune le Normant, et une foule d’autres zélés royalistes. Plusieurs groupes , faisant le tour de la place Louis XV , sont tout à coup saisis de respect et d’attendrissement, en foulant aux pieds le lieu même où a été immolé Louis XVI : ils frémis.sent à ce cruel souvenir, et fondent en larmes....

En vain les partisans de Napoléon s’efforcent d’arreter cet élan iri'ésistihlc , en voulantproscrire les cocardes blanches , en étoulfant par leurs clameurs les cris de ment les Bourbons!

çive le Roi! Il en est meme qui , oubliant leur noble extraction et les principes sacrés de leurs aïeux , ne rougissent pas de se porter de groupe en groupe en criant : « Otez vos coj> cardes ! N’avons-nous pas un ordre de choses 3) établi ? pourquoi ne pas nous y attacher ? ,3i Nous ne devons faire de vœux que pour l’em- 3> pereur. » Mais ces froides remontrances, ces indignes exhortations , recueillies et frappées d’anathème par l’opinion publique , se perdoient dans les accens tumultueux, dans les concerts d’acclamations qui partoient déjà de mille bouches. Toutefois les satellites de Napoléon ne bornèrent pas leur opposition à des harangues inspirées par le dépit : ils en vinrent à des voies de fait ; plusieurs royalistes furent insultés ; le cheval de M. Guillaume de Nieuwerkerke et celui de M. de Vauvineux reçurent des coups de sabre. De fougueux émissaires parcouroient le faubourg Saint-Antoine, et vers midi encore ils se flattoient d’y opérer un mouvement anti-royaliste. Les faubourgs Saint-Marceau et Saint-Jacques sembloicnt mornes , sombres et dans l’attente d’un déchirement ; mais rien désormais ne pouvoit plus arrêter le mouvement libérateur. Tous les groupes éloient en marche en suivant les bou-

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