LIVRE XVII
levards , et ce n’étoit plus un simple rassemblement , c’étoit un immense cortège qui partout sur son passage e'toit salué par les acclamations de la multitude.
Un simple incident rendit Télan plus général : tout à coup on aperçoit un homme du peuple , portant un faisceau de piques fabriquées par ordre de Buonaparte pour la défense de Paris , et surmontées d’une flamme tricolore. Des royalistes se saisissent h l’instant même d'une de ces piques , et substituent à l’étofie aux trois couleurs , un mouchoir blanc , qu’ils déploient à tous les regards. L’aspect de ce signe du royalisme flottantdans les airs , produit une sorte d’enthousiasme électrique qui se communique de proche en proche , et bientôt presque toutes les fenêtres des maisons, depuis l’entrée des boulevards jusqu’à la porte Saint-Martin , sont ornées de drapeaux blancs improvisés.
Depuis neuf heures du matin les flots d’une population inunense inondoient , pour ainsi dire , tous les boulevards que devoit suivre l’armée alliée en entrant dans Parb ; çà et là quelques patrouilles de la garde nationale suflisoient pour maintenir l’ordre parmi cette masse de citoyens dont la grande majorité se
a«o CAMPAGNE DE 1814.
monlroit animée des mêmes sentimens et du même esprit. Les balcons , les fenêtres , les terrasses, étoient partout également encombrés de spectateurs impatiens de voir défiler cette armée étrangère qui venoit rendre aux Français la paix et le repos ; spectacle inouï dans l’histoire du Monde .
Déjà la cavalerie sous le commandement du grand-duc Constantin , et les gardes de toutes les armées alliées s’étoient formées en colonnes de grand matin sur la route de Bondy à Paris. . L’empereur de toutes les Russies avec son état-major , scs généraux et leur suite venoient , de se rendre à Pantin , où le joignit le roi de Prusse avec un semblable cortège.
Là ces deux monarques reçurent les maires de Paris. L’empereur Alexandre leur adressa ces paroles d’autant plus remarquables, que les promesses qu’elles renferment se sont réalisées. - '
« Le sort de la guerre m’a conduit jusqu’ici. » Votre empereur , qui étoit mon allié , m’a >> trompé trois fois : il est venu jusques dans le » cœur de mes Etats , y apporter des maux » dont les traces dureront long-temps. Une » juste défense m’a amené jusqu’ici , et je suis » loin de vouloir rendre à la France les maux