LIVRE XVII
mour et de respect qu’elle manifesta pour l’auguste famille des Bourbons. M. Antoine Ferrand (i) y porta la parole, et fit entendre les accens de cette véritable éloquence monarchique dont les Harlay , les L’Hôpital , les d’Aguesseau avoient offert autrefois de si nobles modèles. On arrêta , sur sa proposition , qu’une députation seroit envoyée à l’empereur Alexandre pour lui demander de délivrer à jamais la France du joug de Buonaparte, et de lui rendre les Bourbons. L’adresse suivante, rédigée par l’orateur , fut votée à l’unanimité ;
A LL. MM. l’Empereur de Russie et le Roi de Prusse.
SiBES ,
Paris est occupé par vos armées triomphantes.
Recevez l’hommage le plus flatteur pour des vainqueurs généreux , le prix le plus doux et
le. plus rare de la victoire les bénédictions
des vaincus.
Des vaincus.... Ah! ce nom qui n’exclut pas lui-même toute idée de gloire, ne sauroit nous appartenir.
(i) M. le comte Ferrand, aujourd’hui ministre d’Etat de Louis XVIII.
Nos vœux vous appeloient -, ils secondoient votre sainte croisade contre le fléau des nations, contre' monstre, étranger à notre patrie, qui, poussé par un bonheur dont il n’étoit pas digne, au timon d’un Etat déchiré par les factions, avoit perverti l'énergie d’un peuple généreux , avoit abusé de cette énergie pour déclarer follement la guerre à la liberté du Monde , et, pour ainsi dire , à l’espèce humaine elle-môme , contre ce monstre à qui il fut éminemment donné de dépeupler et de détruire ; qui , de la Baltique aux Pyrénées arrachoit les cnfans à leurs pères, pour en faire les instrumens ou les victimes de sa décorante tyrannie , et forçait les pères a faire des vœux contre le succès des armes de leurs cnfans.
Ces vœux ont été exaucés par la Providence, réalisés par vos braves armées.... Vous triomphez, Sires , mais nous ne sommes pas vaincus ; nous sommes délivrés , et votre triomphe sera l’étemel objet de notre reconnoissance.
Saignez, libérateurs de notre malheureuse patrie , achever votre ouvrage , et mettre le comble à vos bienfaits.
La France ne peut se reposer , elle ne peut se replacer au rang des autres nations euro-