LIVRE XVII
péennes , elle ne peut ( nous le disons avec franchise) leur inspirer de confiance dans ses traités, que sous l'abri tutélaire de l'autorité légitime.
Ah ! du moins , au milieu de nos longues et coupables erreurs, cette justice nous sera rendue , que nul Français na osé s'asseoir sur le trône de Louis XFI.
Le frère de cet infortuné , de ce saint monarque, son légitime successeur, le descendant du bon Henri , le souverain des Français , n’est pas encoi-e parmi nous.
Permettez, Sires, que, sous vos auspices , une députation des Français fidèles, aille se jeter à ses pieds, lui ofl'rir un hommage expiatoire , le supplier de venir rendre à la France la présence de son roi , et arrêter avec Vos Majestés, dans sa capitale désormais purifiée , les bases inaltérables de la tranquillité de l'Europe. »
Vive le Roi !
La députation , composée de MM. Ferrand , de la Rochefoucault , de la Ferté-Meun et de Chateaubriand, porta sur-le-champ ce vœuvraiment français à l’empereur de toutes les Russies, qui put dès lors se convaincre des
3oo CAMPAGNE DÈ 1814.
sentimens qui animoient la classe éclairée de la nation. A minuit, M. le comte de INesselrode dit aux députés royalistes , de la part de l’empereur Alexandre, que jamais ce prince ne traiteroit avec Napoléon, ni avec aucun membre de sa famille , et que le lendemain une déclaration authentique seroit publiée en conséquence. Tel fut , pour ainsi dire , le complément de la journée du 3i mars, l’écueil de la puissance de Napoléon.
Cet homme , que la fortune avoit élevé à un si haut point de grandeur, n’étoitdéjà plus qu’un simple soldat. Il venoit d'assister , pour ainsi dire, aux funérailles de son immense autorité, et ce ne fut pas une des moindres singularités de sa vie politique. On a vu que, s’arrêtant à quatre lieues de Paris , dans la soirée du 3o mars, lui seul avoit dormi d’un sommeil tranquille, quand deux cent mille soldats étrangers et six cent mille citoyens se disposoient à lui ravir la couronne. Les généraux et les aides-de-camp de sa suite , inquiets et agités, n’avoient osé troubler son sommeil , attribuant à la sécurité autant qu’à la lassitude cette espèce de léthargie. Enfin , à minuit. Napoléon s’éveille rempli d’inquiétude sur les événemens de la capitale , d’où