LIVRE XVIIL 3i
Par un premier décret , soixante-cinq sénateurs réunis , secouant le joug impérial , formèrent un gouvernement provisoire , ou cortiité chargé de rétablir l'action de l’administration de l’Etat. Toutes les voix se portèrent sur le prince Talleyrand , le comte Beurnon- ^ille, le comte de Jaucourt,leduc Dalberg (i) et l’abbé de Montesquiou (a); ce choix, inspiré par la modération , annonçoit que la restauration tendroit vers la liberté publique, et que la' France n’auroit à déplorer aucune réaction fâcheuse. Le gouvernement provisoire signala son installation par une adresse aux armées françaises : « Vous n’êtes plus, leur dit- » il , les soldats de Napoléon ; le sénat et toute » la France vous dégagent de vos sermens. » La journée fut couronnée , pour ainsi dire par une scène éclatante , et qui décela aux yeux les moins clairvoyans les progrès irrésistibles de la restauration.
Dans la matinée l’empereur de Russie et le roi de Prusse avoient parcouru à cheval les plus beaux quartiers de la ville, et partout sur leur passage les diverses classes de
(i) Conseiller d’Etat.
(a) Ancien membre de l’nsscmble'e constituante.
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citoyens avoient pu les approcher et les entendre. Loin de satisfaire la curlaslté publique, cette extrême afFabllltc dont la nation française scmbloit avoir perdu le souvenir, cette touchante popularité qui relève et pare la grandeur , redoubloient l’empressement général. Le bruit s’étant répandu que les deux souverains iroient le soir à l’Opéra , bientôt une multitude immense vint en assiéger toutes les entrées. Cette vaste salle offrit, au moment de la représentation, l’a.spect unique de plusieurs milliers de spectateurs rassemblés de tous les points de l’Europe, parlant diverses langues , et tous confondus dans un seul sentiment , dans un seul vœu : la paix du monde et le salut du genre humain.
L’apparition de l’empereur Alexandre et de Frédéric- Guillaume dans une loge préparée au-dessus de l’amphithéâtre , excita des transports si unanimes , des acclamations telles que la plume essaicroit vainement de les décrire. Cç n’étoient plus ces honteuses vociférations qu’un groupe de satellites proféroit pour un vil salaire, tai|dis que le reste des spectateurs gardoit un 'morne silence. C’éloit l’élan de tous les;cœurs, le cri de toutes les bouches. A plusieurs reprises les deux monarques té-