‹ Histoire des CampagnesChapitre 159 sur 267 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

moignèrent, de la manière la plus touchante ,■ combien leur âme étoit sensible à l'accueil d’un peuple généreux, que vingt ans d’oppression n’avoient pu dépouiller des traits dis-, tinctifs de son caractère ; l’entrée de leur loge étoit ouverte à quiconque s’y présentoit. En saluant leurs vengeurs par tant d’acclamations sincères , les Français pouvoient-ils ne pas mêler à ce digne hommage le nom du souverain légitime , du père de la patrie , que ces nobles amis et ces puissans alliés - venoient rendre à leur amour ? Aux cris unanimes de Vive Alexandre ! Vive Frédéric-Guillaume ! se joignit bientôt ce cri si nécessaire aux cœurs français ; Vive Louis XVIII ! Vivent les Bourbons ! et k l’instant , comme par l’effet d’un sentimemt électrique , tous les regards attendris se portèrent vers le buste du prince adorable qui fut la tige de cette branche auguste. L’orchestre , se rendant l’interprète de cette inspiration religieuse , fit entendre l’air vraiment national : Vive Henri IV I W produisit un nouvel enthousiasme. Les femmes brillantes de beauté et de parure dont les loges étoient garnies, agitoient des mouchoirs blancs, et des cocardes blanches étoient jetées aux hommes réunis au parterre.

3ao CAMPAGNE DE i8i4:

On représentoit la yestale, où quelques allusions aux circonstances furent vivement saisies et applaudies.

D’autres transports couronnèrent cette grande représentation à la fois théâtrale et politique. L’odieux emblème de la tyrannie corse blessoit les regards de tous les bons Français et de leurs alliés : bientôt un cri général d’indignation se fit entendre , et l’aigle aux serres ensanglantées disparut pour faire place à l'antique bannière de la F rance , à ces lis qui ornoient la cotte d’armes de saint Louis , de Philippe-Auguste et de Henri IV.

A la sortie de l’Opéra, une personne de la plus haute considération demanda à l’empereur Alexandre s'il avoit été satisfait des Parisiens : « Je chercherois cnA'ain des mots, » répondit le czar , pour vous rendre l’émo- » tion que j’ai éprouvée. Si jamais j’avois pu » concevoir l’idée de faire peser sur Paris le » fardeau de la guerre, l’accueil que j’ai reçu de » ses habitans l’auroit repoussée de mon cœur.»

Le lendemain plusieurs corti^s décorés de la cocarde blanche , et précédés du drapeau blanc , parcoururent la ville , et furent partout accueillis des cris de ywe le Roi !

Une scène imprévue et attendrissante, dont

Page 1