LIVRE XVIII
darer. Le général de division Legrand donna le premier son adhésion aux actes du gouvernement provisoire et à toutes les mesures adoptées par le sénat. Le maréchal duc de Bellune , qu’une blessure grave , reçue à la bataille de Craonne , rclenoit aussi à Paris , protesta de sa lidélité aux intérêts de la nation, et adhéra également à tout ce que pourroit prescrire le gouvernement provisoire pour le .salut et le bonheur de l’Ëtat. Tous les regards se tournèrent alors vei*s l’armée , et les bons citoyens ne désespérèrent plus de la voir rentrer dans le sein de la nation qui étoit rendue à elle-même. Déjà un grand nombre de conscrits , en marche pour joindre Napoléon, venoient de rebrousser chemin , et beaucoup de soldats étoient rentrés dans leurs foyers,, décorés de rubans blancs , et portant au bout de leurs fusils des branchages d’arbres en signe de paix. Plusieurs villages aux environs de Paris présentoient le touchant spectacle d’une foule de jeunes gens ,qui venoient embrasser leurs mères, et de mères qui serroient leurs fds qu’elles avoient crus morts ; ils rentroient sous le toit, paternel avec des^ rameaux dans. leurs mains, et faisant retentir l’air des cris; .<4 éos le tyran ! Viçele liai! . •)
Cependant Napoléon rassembloit à la hâte tous les corps de son armée. C’étoit le 3i mars qu*il avoit paru à Fontainebleau avec scs aidesde-camp et sa suite ; mais ses tètes de colonnes ne se montroient point encore ; à peine ce jour-là put-on rallier quelques détachemens épars, quelques escadrons d'avant - garde. Napoléon avoit occupé aussitôt le palais; on l’avoit vu triste, accablé, irrésolu. Toutes les troupes venoient à marches forcées pour se concentrer , mais elles n’arrivoient point encore avec assez de célérité au gré de son impatience.
Le lendemain, i*' avril, le duc de Kaguse , s’étant porté à Essonne avec le corps d’armée qui venoit d’évacuer la capitale , fit prendre position à ses soldats , se hâtant d’aller à Fontainebleau rendre compte des événemens qui avoient précédé et suivi la prise de Paris. Napoléon parut apercevoir enfin toute l’étendue de ses revers , sans s’abuser davantage par de nouvelles illusions. Il s’arrête de lui -même au projet de se retrancher; de réunir le peu de forces qui lui restent encore ; de chercher à les augmenter , et de négocier , en s’appuyant de plus en plus sur l’Autriche-. C’étoit, en effet, le seul parti raisonnable-.