LIVRE XVIII
Immédiatement le duc de Raguse alla faire commencer les travaux de défense que l’exécution d’un tel projet rendoit nécessaires. Le même jour , Napoléon se transporte à Essonne , pour examiner la position , et là il apprend, par le retour des officiers qu’avoit laissés le duc de Raguse pour la remise des barrières , la prodigieuse exaltation de Paris , la déclaration de l’empereur Alexandre , et la révolution qui s’opère.
N’écoutant plus alors que le sentiment d’un aveugle courroux, il prend la résolution de sacrifier à sa vengeance le reste de l’armée ; il ne veut plus entendre à aucun autre parti qu’à celui d’une attaque désespérée, quoiqu’il n’y ait plus une seule chance de succès en sa faveur. Cette poignée de bfaves qui l’entoure, ces débris de tant de batailles , ne sont plus que des victimes offertes à ses passions ; rien ne l’arrête , rien ne le rebute. Si les troupes qui lui arrivent sont dépourvues de munitions, hé bien , c’est dans les arsenaux de Paris qu’elles iront en puiser. Celte détermination prise, tous les ordres, toutes les instructions, tous les discours sont d’accord avec le projet d’une attaque furieuse dont Napoléon fixe luimême l’exécution au 5 avril.
L’espérance renaît aussitôt dans Tâme de tous ses partisans à Paris, qui, instruits de son projet dès le lendemain , annoncent , avec une joie féroce , que son armée s’élève à soixante mille hommes, et qu’elle va marcher sur Paris pour y mettre tout à feu et à sang : car, disent-ils , la France est loin de partager la révolte de la capitale. Tous ceux qui , regrettant un pouvoir déchu , sont enhardis par une révolution pacifique , entretiennent etpropagent ces bruits sinistres. La lice étoit ouverte depuis le i*' avril , et les partis se trouvoient en présence. On- s’en aperçtit aux violences exercées contre les royalistes : des émissaires de la police, des militaires déguisés, des hommes égarés ,ou coupables , faisoient la guerre aux cocardes blanches. On les arrachoit de tous côtés, tandis que la garde nationale conservoit imperturbablement la cocarde tricolore ; on arrachoit également les placards et les affiches royalistes., En peu de jours l’esprit public fut abattu^ et la consternation se répandit dans toutes les classes.
L’acte de déchéance prononcé par le sénat, pouvoit à peine tirer les Parisiens de cet état de stupeur et d’anxiété. Mais alors parut’, comme un fanal au milieu des écueils de la