LIVRE XVIII
S’appuyant sur la déchéance prononcée par le sénat, l’empereur de Russie avoit chargé le grand-écuyer de proposer à Buonaparte, au nom des puissances alliées, de se choisir un lieu et un établissement de retraite pour lui et sa famille. Cette proposition étoit dictée par le désir d’arrêter l’effusion du sang, et parla conviction que , si elle étoit adoptée , l’œuvre de la paix générale et le repos intérieur de la France n’éprouveroient plus d'obstacles ; mais M . de Caulaincourt n’osoit point, dit-on , faire lui-même à son maître une semblable ouverture. On apprit le même jour, à Fontainebleau , que le comte de Schuvvalow , aidedc-camp de l’empereur Alexandre , venoit d’arriver à Melun , et demandoit à conférer avec Napoléon. L’aide-de-camp Flahaut partit immédiatement pour connoître l’objet de la mission du général russe : c’étoitlamême qu’avoit reçue indirectement M. de Caulaincourt; mais ces premières négociations restoient enveloppées d’un mystère impénétrable.
Le lendemain , 3 avril , arrivèrent les premiers corps de l’armée composés de la cavalerie et des bataillons de la garde. C’étoit un dimanche , et il y eut messe au palais , selon l’usage de la cour : plusieurs généraux y assistèrent.
Après la messe , Napoléon passa en revue sa garde; puis, ayant fait réunir en cercle les officiers et sous-officiers , il leur parla à peu près ou ces termes :
« Officiers , sous-officiers et soldats de ma » vieille garde, l’ennemi nous a dérobé trois » marches, et il est arrivé à Paris avant nous. » Quelques factieux, restes d’émigrés, à qui » j’avois pardonné , ont entouré l’empereur de » Russie ; ils ont arboré la cocarde blanche , » et ils veulent nous forcer à la prendre. De- 3* puis la révolution , la France a été maîtresse » chez elle; souvent chez les autres, mais tou- » jours chez elle. J’ai offert la paix ; j’ai pro^ » posé de laisser la France dans ses anciennes » limites , en perdant tout ce qu’elle avoit » ' acquis : on a tout refusé. Dans peu de jours , » j’attaquerai l’ennemi , je le forcerai de quitter » notre capitale. J’ai compté sur vous ; ai-je « eu raison ? — Oui , oui , s’écrient plusieurs 3* voix parties des rangs — Nocre cocarde'; J» ajoute Napoléon, est tricolore; plutôt que ■n d’y renoncer, nous périrons sur notre sdl. » A peine a-t-il achevé cette courte harangue , que , laissant tous les esprits dans une extrême agitation, il rentre dansle palais pour y concerter, avec son ministre intime , l’exécution des
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