LIVRE XVIll
Napoléon, en faisant prévaloir la régence , arrivèrent, dans la nuit du 4 au 5 avril, devant l’empereur Alexandre.,
Rien n’étoit encore décidé en faveur des
peuples , du besoin de la patrie et de la sûreté future de l’Europe , quand s’ouvrit cette grande négociation. Le vœu des royalistes étoit considéré par les partisans de la régence comme l’expression d’un sentiment isolé et illégal, comme une acclamation tumultuaire , en opposition aux intérêts de, l’armée et des corps de l’Etat. En effet, le sénat gardoit encore le silence à l’égard des B^jtbons, et la majorité de l’armée inclinoit pour Marie-Louise et le roi de Rome.
On étoit dans ces dispositions lorsque le gouvernement provisoire eut à lutter contre les ambassadeurs de Buonaparte , qui venoient réclamer la régence. L’Autriche la désiroit alors , et l’empereur Alexandre lui-même n’étoit pas éloigné d’y adhérer.
Donnons le récit exact de cette fameuse nuit politiquement orageuse.
Le 5 avril , à ortze heures du soir , le czar ,’ qui venoit de recevoir un courrier du prince de Schwartzenberg , fit prévenir le gouvernement provisoire de ne pas se séparer, attendu
que, dans la nuit même, il receTivil les négociateurs de Buonaparte. A deux heures du matin, ils sont introduits chez le czar, et y restent Jusqu’à cinq heures , discutant et faisant valoir les droits de la dynastie de Napoléon. Mais la négociation n’étoit appuyée que .sur un principe faux et destructeur. En effet , Napoléon pou voit-il réclamer pour sa dynastie?
Ce n'éloit que la plus basse adulation qui avoit substitué le nom de dynastie à celui de famille, pour désigner l’exécrable race qui avoit prétendu s’asseoir sur le trône de Clovis. 11 n’y a de dynastie^le lorsque la famille qui règne compte une longue suite de générations. Or, Napoléon n’avoit pas meme posé les fondemens d’une domination régulière. Jamais il n’eut pour lui les suffrages de la nation ; jamais il ne fut l’objet de son choix volontaire. Comme consul, il usurpa l’autorité suprême; et les élections subséquentes qui lui confirmèrent le pouvoir pendant sa vie , et ensuite comme empereur, n’ont été , selon l’expression du noble écrivain , souvent cité dans cette histoire (i), que des fourberies exécutées sous l’influence 'des baïonnettes. Acquiescer n’est pas choisir : le contrat qu’il avoit juré, il l’avoit rompu.
(1) Le vicomie de Chateaubriand.
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