LIVRE XVIII
En admettant même la domination révolutionnaire à laquelle il étoit redevable du trône, il avoit évidemment encouru la déchéance par le plus horrible abus du ;pouvoir; ce pouvoir n’étoit fondé que sur l’épée : un grand revers, en l’abattant , avoit délié les peuples qui ne lui étoient attachés que par la force. Napoléon n’avoit aucun autre titre à l'autorité suprême ; or, il n’y avoit et ne pouvoit y avoir de dynastie dans sa race. Sans doute la propriété du trône doit être respectée comme celle de la, charrue, mais c'est quand les roLs apportent en naissant le droit d’hérédité à la couronne , transmis par leurs ancêtres; c’est le temps seul qui consolide les droits da sceptre : telle est la différence qui existe entre une race de souverains légitimes et la famille du dominateur éphémère d'un Etat. Où est l'héritage, quand le père l'a dissipé ? Le fils de l’empereur Napoléon ne pouvoit plus avoir de droits qu’à la succession de Buonaparte , qui venoit de retomber dans la classe ordinaire des hommes. Dès ce moment, les Français étoient rentrés dans leure droits naturels, et ils jouissoient de l’entière et pleine faculté de rétablir sur le trône leur monarque lé^time, les princes de l'antique dynastie royale , l’auguste famille do»
Digitiit by Googt
Sfia CAMPAGISE DE 1814.
Bourbons, enfin, « qui, pendant huit ccnls » ans, gouverna la France avec gloire, touî) jours avec bonté , qui , dans une longue suc- » cession de souverains , ne compte qu’un » tyran , qui fit asseoir la fidelité et l’honneur » sur le trône de France, et dont le sang il noble et doux ne se reposoit de produire * des héros que pour faire des rois honnêtes » hommes (i). »
Ce fut sur des principes diamétralement opposés que s’appuyèrent les négociateurs de Buonaparte , s’efforçant de convertir l'usurpation en droit, s’étayant de l’intérêt d’un parti et de la volonté de la force armée. La cause de Napoléon devenoit celle de ses adhcrens , qui prétefidoient' conserver non-seulement les honneurs et les richesses , mais encore rester en possession de toutes les branches du pouvoir. L'armée , de son. côté , en s’arrogeant, pour ainsi dire , le droit d’élection, devenoit l’arbitre de l’Etat, et ménageoit à Napoléon *le retour à la souveraine pui.ssance ; car , qui auroit pu soutenir les restes de cet édifice militaire , si ce n’étoit son fondateur ? En un mot , admettre la régence ,
(1) I?e Buonaparte et des Bourbons , clc.