LIVRE XVIII
c’eût été maintenir en d’autres termes le gouvernement de Napoléon , et tenir toujours ouvertes les sources de la guerre. Toutefois comment se résoudre à rétablir les Bourbons , qife l’armée entière sembloit repousser? Les ambassadeurs de Buonaparte n’avoient rien négligé pour faire prévaloir la régence , et l’empereur Alexandre paroissoit ébranlé.
Aux négociateurs de Fontainebleau succédèrent, dans l’appartement du czar, les membres du gouvernement provisoire. On établit toutes les demandes qui venoient d’être énoncées par les envoyés de Buonaparte , et le gouvernement provisoire les discuta : tous èes efforts portèrent sur un seul objet, celui de détourner le projet de la régence. Les plus hautes considérations politiques furent] débattues dans cette conférence célèbre. Le gouvernement provisoire avoit déjà sondé toute l’étendue du danger , n’ignorant pas que le prince de Schwartzenberg s’étoit refusé à marcher sur Fontainebleau , pour y disperser les nobles débris de l’armée de Buonaparte et se rendre maître en même temps de sa personne. Ils avoient donc le sentiment que l’Autriche inclinoit pour la régence, et en fomenteroit l’existence. Or, il y alloit, pour ainsi dire , de
leur tête. Animés par de si puissans motifs et par leur amour pour la cause du roi , ils se surpassèrent dans une si grave conjoncture.
est aujourd’hui universellement connu que le prince de Talleyrand prononça à cette occasion un discours plein d’intérêt et de vigueur, trop récent pour que l’histoire ait pu s'en emparer, mais qui sera un jour un des plus honorables monumens de notre restauration.
Ce n’étoit pas seulement par des motifs politiques que ce prince, homme d’Etat, s’étoit constitué le défenseur de la cause sacrée des descendans de saint Lqpis^ depuis longtemps il s’étoit dévoué aux intérêts de cette auguste Famille , ayant reconnu, le premier. Monsieur , comte d’Artois , comme lieutenant-général du royaume. Le gouvernement provisoire fut puissamment secondé par le général comte Dessole, appelé au commandement de la garde nationale parisienne , et qui montra, dans cette conférence nocturne , les plus louables intentions, en repoussant avec beaucoup d’énergie la proposition de la régence. Ceux qui la réclamoient alléguoienl surtoutlevoeu de l’armée et l’intérêt des généraux. Mais à'quel titre la force armée, dans le système des monarchies modernes , s’arrogeroit-: