‹ Histoire des CampagnesChapitre 180 sur 267 · LIVRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII

paroles ! « Où pourrai-je vivre avec ma fa- » mille? — Où voudra votre majesté, répon- » dit le maréchal Ney, et, par exemple , l’île » d’Elbe , avec six millions. • — Six millions , » c’est beaucoup , puisque je ne suis plus » qu’un soldat ; » puis ces paroles lui échappèrent : (( En effet , un enfant de trois ans et J» une étrangère ne peuvent gouverner la J) France. Je vois bien qu’il faut se résigner; » je dis donc adieu à tous mes compagnons » d’armes. » Il choisit l’île d’Elbe pour sa retraite , mais après avoir hésité , paroissant d’abord choqué du voisinage de la Corse.

L’inconcevable facilité avec laquelle le plus orgueilleux des hommes , après avoir reçu l’arrêt de sa déchéance, accueilloit celui de son exil, excita l’étonnement des généraux et du petit nombre des personnes initiées dans les mys tères d’une si étrange négociation. L’amour de la vie et l’espoir de régner encore pouvoient seuls expliquer le honteux dénoûment de ce grand drame dont le héros avoit aspiré ouvertement à la monarchie universelle : « Homme toujours » extraordinaire , disoient encore ses admi- » rateurs , il lui faut le Monde , ou un dé- » sert. » '

L’armée inquiète, effrayée sur son sort,; a. a4

auroit suivi Buonapartc au-delà de la Loire, Là , changeant le théâtre de la guerre , il eût pu rallier autour de sa personne l’armée d’Italie , celle du Midi , et tout ce qu’il avoit enfermé inutilement dans des places fortes; là, enfin, il eût pu relever sa fortune, ou au moins succomber avec gloire.

Mais cet homme , après avoir affecté un désintéressement hypocrite , marchanda minutieusement sa vie et quelques millions ; en un mot, il consentit à l’abdication entière et sans restriction , moyennant qu’un traité en règle , garanti par les hautes puissances alliées , lui assureroit à lui et à sa famille une retraite à nie d’Elbe , et les six millions déjà promis. En conséquence il rédigea son abdication dans les termes suivans :

« Les puissances alliées ayant proclamé que 3> Temperèur Napoléon étoit le seul cd)stàcle » au rétablissement de la paix de l’Europe » l’empereur Napoléon , fidèle à son serment » déclare qu’il renonce pour lui et ses héritiers » aux trônes de France et d'Italie, et qu’il '» n’est aucun sacrifice personnel , même celui » de la vie , qu’il ne soit prêt à faire pour » l’intérêt de la France. »

Tel fut donc le premier dénoument du drame

Page 1