LIVRE XVIII
libre de donner son adhésion aux nouvelles lois qui alloient régir la France , déclara , dans une lettre rendue publique , et adressée au gouvernement provisoire , que , pour éviter à la mère-patrie les maux <T une guerre civile^ il ne restait plus aux Français qu'à embrasser entièrement la cause de leurs anciens rois. Pendant ces négociations une trêve s’étoit établie entre l’armée française qui suivoit Napoléon , et l’armée des coalisés.
Cependant il parut plusieurs fois se repentir du parti qu’il avoit pris; mais , plus défiant que jamais , il n’osa s’arrêter à aucune résolution grande et vigoureuse. ILtrembloit que toute la vérité ne vînt à se faire jour : aussi prenoitil toutes les précautions imaginables pour que rien ne transpirât dans son armée.
Les grands événemens de Paris étoient à peine connus à Fontainebleau; il n’y circuloit que des bruits vagues et confus. Tous les esprits y étoient dans l’agitation ; les soldats des avantpostes désertoient aussitôt qu’ils étoient instruits de la déchéance. Les officiers passoient leur temps à jouer pour s’étourdir, et s’altendoient à tous momens à la défection totale des débris de cette armée , contre laquelle les alliés ne Youloient point employer la force. Napo-
léon se tcnoit dans un appartement écarté du palais, et se communiquoit peu. Deux ou trois affidés , tels que le duc de Bassano et le général Bertrand, Tapprochoient de plus près, et sembloicnt avoir toute sa confiance. S’il passoit des revues, c ’étoit au galop, sans s’arrêter dans les rangs , cherchant à cacher aux yeux du soldat son abattement et l’altération de ses traits , distribuant avec profusion des décorations et des grades.
Ayant reçu , le 7 avril , des nouvelles de Marie-Louise , il fit aussitôt répandre le bruit que Tempereur d’Autriche alloit lui confier une armée de cent mille hommes pour soutenir ses droits. Sans inspirer une grande confiance, ces nouvelles ranimèrent un peu les e.sprits des uns , tandis qu'elles causèrent à d’autres de vives inquiétudes , car chacun avoit montré ses opinions à découvert. Le même jour l'armée reçut l’ordre de se tenir prête à tnarcher sur Orléans , et Napoléon parut décidé à regarder Comme non avenus tous les arrangemens auxquels il avoit accédé. On le crut dans la ferme intention de se retirer audelà de la Loire avec ceux qui voudroient le suivre ; mais le soir même les troupes reçurent conlre-ûrdre , et il ne fut plus question de dé-