LIVRE XIX. SSj I
Tels furent les motifs qui décidèrent les alliés à transiger avec Buonapartc après l’avoir détrôné. On échangea les ratifications de part et d’autre , et il en résulta un traité secret, en vingt-un articles, étrange monument '
d’une révolution étonnante et d’une imprévoyance fatale.
En vertu de ce traité, Napoléon renonçoit, pour lui et ses succes.seurs , à tout droit de ’•
souveraineté et de domination tant sur l’empire français et le royaume d’Italie , que sur tout autre pays du monde II accepto/f pour lieu de son séjour , sa ne durant , file d’Elbe, érigée en principauté séparée , avec un revenu annuel de six millions de francs , à répartir sur toute sa famille (i).
Ainsi , l’homme qui avoit fait trembler l’Europe, et qui se prétendoit le successeur de Charlemagne , consenioit à vivre d'aumône dans une petite île de la Méditerranée.
Ce refuge généreux , il le devoit au sentiment personnel d’un souverain auquel la grandeur éphémère de sa destinée l’avoit attaché par les liens du sang ; il le devoit à l’empereur Alexandre , dont la simplicité héroïque des
(i) Voyelle traité secret de Fontainebleau, du ii avril 1814 üi tiS
anciens temps procuroit’ à la France ef St l’Europe (les avantages inappr(iciables. De l’avis de ces bienfaisans monarques , Napoléon alloit être transféré à l’îlc d’Elbe , et y jouir d’un état conforme au rang de l’infortunée archiduchesse , son épouse ; il étoit visible que cette princesse , qui n’avoit pu garantir sa domination, servoit au moins de palladium à sa personne. Ces considérations réunies donnèrent à la catastrophe du despote de la France un caractère de générosité et de philantropie , qui , aux yeux de la postérité , eût honoré la transaction européenne dont il étoit l’objet, si cet homme, profondément perfide^’ ne se fût applaudi dès lors au fond de l'âme de la facilité qu’il auroit à se }Ouer de la foi des traités. En effet , qui pourroit douter qu’il n’eût déjà en vue de 1^ fouler aux pieds à la première occasion , et de se replacer à la tête du gouvernement de la France? Tel étoit aussi l’espoir de ses principaux affidés.
Tandis que l’archiduchesse Marie-Louise servoit, pour ainsi dire, de sauve-garde au banni de l’île d’Elbe, elle étoit exposée, à Blois, aux actes de violence de ses beauxfrères , Joseph et Jérôme.
• Depuis les premiers jours d’avril , la régence