LIVRE XIX
sans chef, et des chefs arrivoient sans troupes. Orléans , rassuré sur les horreurs d’un siège , ne rétoit pas sur les désordres auxquels peut se livrer une armée débandée. Jusqu’au la avril , cette xdlle flotta dans une sorte d’interrègne , ne reconnoissant ni le gouvernement impérial, qu’on n’osoit plus invoquer, ni le gouvernement royal , qu’on n’osoit proclamer encore. On vit bientôt paroître le prince Eslerhazy, envoyé auprès de Marie-Louise , qui partit immédiatement pour Rambouillet , où l'emjîereur François , dans une entrevue, alloit lui prodiguer des consolations paternelles. Après quelques mois de séjour en Suisse et en Savoie,’ cette princesse retourna dans le sein de son auguste famille, pour laquelle, quatre années auparavant, elle s’étoit dévouée par le plus étonnant sacrifice. Peut-être dans cette grande crise , a t-elle épargné deux fois , à la France , line guerre intestine : d’abord , en sortant de Paris , le 28 mars , où sa présence eût occasionné une résistance fatale; puis, en opposant à Blois la plus courageuse fermeté aux tentatives de ses beaux-frères. Ceux-ci , entraînés dans la chute de Napoléon qui les avoit subitement élevés , errèrent d’abord aux environs d’Orléans ; de là ils se réfugièrent en
Sqo campagne de 1814.
Suisse , Kbres de choisir dans l’Europe délivrée , un asile que des souverains légitimes étoient , naguère , obligés de chercher hors du continent; mais libres aussi, par l’excessive indulgence des alliés, d’ourdir de nouvelles trames contre la France et contre le repos de 'l’Europe.
Cependant de tous les points de la France se faisoit entendre le nom des Bourbons ; tous les vœux pressoient leur retour , et à ces acclamations se joignoit le désir de voir refleurir à l’ombre des lois la liberté publique , et renaître enfin cette ancienne prospérité qui pendant plusieurs siècles avoit rendu ce royaume heureux sous les fils de saint Louis : jamais les Français n’avoient été aussi libres d’exprimer leurs sentimens à l’égard de cette auguste famille.
Telles étoient les dispositions de la grande majorité des citoyens , quand le sénat conservateur , dans sa séance du 6 avril , donna la constitution par laquelle il appelait au trône de France Louis-Stanislas-Xavier , frère du dernier roi.
Le légitime souverain alloit donc être rendu auxFrançais , mais comme roi constitutionnel. Le but de cette disposition s’étoit montré trois
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