‹ Histoire des CampagnesChapitre 191 sur 267 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

jours auparavant , lorsque le sénat , dans son acte de déchéance contre Buonaparte , avoit consacré en principe , que dans une monarchie constitutionnelle , le monarque n'existe qu’en vertu de la constitution.

Ainsi , par la désignation de frère du dernier roi, les sénateurs sembloient avoir eu plutôt en vue le principe d’élection que celui de restauration par droit de succession héréditaire. Ils étahlissoient par là que le monarque n’avoit d’autre titre à la puissance que le choix libre de la nation , comme si l’assassinat de Louis XVI avoit pu légitimer le triomphe des factieux, qui , sous divers noms, avoient envahi le pouvoir souverain; comme si un régicide avoit pu détruire les droits établis par une possession de tant de siècles. Une longue et cruelle expérience n’avoit-elle pas démontré que de telles maximes et de tels principes étoient tout aussi contraires aux intérêts de la nation, qu’injurieux à la majesté royale?

Non-seulement le .sénat , par son acte cons-' litutionnel , se déclaroit supérieur à la personne du monarque, mais encore il se confirmoit héréditairement, de sa propre autorité,' dans les rangs, les honneurs et les salaires que Napoléon Buonaparte lui avoit conférés à vie.

3ga CAMPAGNE DE i8i4.

Remontons à la source de cette constitution du sénat , et suivons-la dans sa marche secrète, car ces détails appartiennent aussi à rinsloire.

Peu sensible aux maux de la France, le sénat de Buunaparle n’eût rien fait pour la restauration ; il n’eût point rappelé le roi sans la condition expresse d’une charte qui limileroit le pouvoir royal. Mais depuis que tant de constitutions éphémères avoient été renversées par leurs propres fondateurs , on ne reconnoissoit plus en France, dans ces codes improvisés, que des théories inspirées par la violence ou par la fraude , et servant de voile à un pouvoir révolutionnaire ou au despotisme armé. En faisant revivre les droits de la nation , le sénat n’avoit donc qu’un but , celui de se perpétuer. Toutefois le prétexte du bien public, l’e.spoir de tout calmer, le triomphe des idées libérales, expres.sions nouvelles si vides de sens , firent trouver au sénat un appui auprès du puissant monarque qui , non content de briser nos fers , vouloit aussi nous préserver d’un gouvernement arbitraire. Généreuse sollicitude, maisinutile pourtant à l’égard du prince que nous ramenoit la Providence. On voulut un acte constitutionnel. D’abord le sénat parut

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