LIVRE XIX
abandonner la rédaction au gouvernement provisoire. On pouvoit espérer quelque sagesse de la réunion de cinq hommes dévoués à la cause royale. Mais bientôt les sénateurs , pour plus de sûreté, s'attribuent celte œuvre de précaution eide circonstance. Une commission composée des sénateurs Lambresch, Destutt de Tracy, Barbé-Marbois , Eymery et le duc de Plaisance , est chargée de combiner et de rédiger la nouvelle constitution. Le 4 avril , on en discute les bases en présence du gouvernement provisoire et du comte de Nesselrode, ministre de Russie. Vingt -cinq personnes composèrent cette première assemblée. Des questions absurdes y furent débattues. On y soutint , par exemple, que le droit de paix et de guerre devoit appartenir à la nation. On y énonça la proposition étrange qu'il ne s’agissoit pas de savoir ce qui étoit bon en soi , mais ce qui conviendroit aux sénateurs. Tout fut dévolu au sénat , même le droit de disposer du trône. Un membre du gouvernement provisoire , l’abbé de Montesquiou , s’éleva contre cette proposition : « Louis XVIII, dit-il , peut seul être roi lé- » gitime en France ; il l’a toujours été comme » chef de la famille des Bourbons, et l’empe-
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» reur Napoléon n’a jamais eu qu’un pouvoir » usurpé. » Le sénateur Lambresch combattit vivement ces principes avec des argumens républicains. De son côté, le président de l’assemblée s’attachoit à démontrer que , l’armée de Buonaparte étant redoutable encore, il falloit tout saciifier pour obtenir du sénat la proclamation de Louis XVIII. Rien ne fut décidé, sauf l’hérédité du sénat , amorce à laquelle il ne sut point résister.
L’assemblée du lendemain fut plus nombreuse encore ; les deux rapporteurs présentèrent un projet en cent articles, où le roi n’avoit le choix, pour les places vacantes au sénat composé de cent membres , que dans le» candidats désignés par les colleges électoraux et présentés par le sénat lui-mcme. « Une constitution sans le roi et y> sans la nation, voilà , s’écria l’abbé de » Montesquieu , voilà , je crois , la chose » la plus étrange qui .se soit jamais faite. » Puis se tournant vers les deux rapporteurs : « Qui » êtes-vous, leur dit-il ? qui sommes-nous? » qui vous a donné le droit de faire une cons- » titution? qui est-ce qui me donne le droit » de parler au nom du roi ? où sont vos pou- » vôirs , où sont les miens ? Mais si nous