LIVRE XIX
it sommes sans pouvoirs , nous ne sommes » pas dans l’ignorance des senlimens du roi ■» et de la nation. Par l’organe du duc d’An- , » goulême, Bordeaux connoît les intentions » du roi , et nous savons d’avance que la nation >> veut les mêmes choses et n’en veut pas daî> vantage. » — « Mais le sénat , dit le rapporj) teur, n’est point dans la proclamation. » —
« Je parle principe , et ne me mêle point des » personnes , reprend l’abbé de Montesquiou : J) un seul doit nous guider dans cette ma- » tière , c’est que la nomination de la Chambre j> haute appartient au roi dans un nombre in- » défini. » — « Mais les personnes sont quelque » chose, réplique le rapporteur, d'autantplus » que vous voulez nous chasser tous comme i> des manans. » — « On ne veut chasser perj) sonne , ajoute le membre du gouvernement » provisoire ; quant à moi , je veux , au con- » traire , qu’on vous comble d’honneurs, mais » par des arrangemens particuliers qui ne ren- »versent pas les principes de la monarchie. » On se résuma , et on convint que le projet de constitution contiendroit un sénat à la nomination du roi et illimité, avec tous les arrangemens particuliers , publics ou secrets , à faire pour les sénateurs actuels.
SgC CAMPAGNE DE 1814.
On crut pouvoir se flatter alors que le résultat du travail pour le lendemain seroit plus conforme aux principes monarchiques. Mais ce fut cette même nuit que le grand écuyer Caulaincourt vint , avec trois maréchaux , proposer la régence et un armistice. Le trouble s’empara du gouvernement provisoire, et le parti constitutionnel en prit de nouvelles forces ; il voulut dicter des loisau monarque. Dansune troisième assemblée , on présenta une constitution moins repoussante , mais presque aussi vicieuse. Le sénateur Lambresch en fit le rapport. L'effroi de la nuit, qui duroit encore , emporta tous les suffrages. On obtint cependant la nomination illimitée du sénat , l’entrée des ministres aux assemblées , et le pouvoir exécutif dans les mains du roi , sans aucune réserve ; mais rien ne put faire consentir à retrancher, à l’égard de la personne du roi, les mots : appelé librement , ni l’espèce de marché de la royauté au prix d’un serment. Dans la soirée du 6 avril , le travail ainsi arreté fut porté au sénat , qui en retrancha plusieurs droits du roi , et augmenta le.s siens. Ainsi cette constitution monarchique, dévolue d’abord au gouvernement provi.soirc , ne renfermoit pas une seule ligne qui lui appartînt.