‹ Histoire des CampagnesChapitre 195 sur 267 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

» article n’ayant été livré à la discussion dans » son sein.

» Moins soigneux encore de sa renommée , » le sénat, sans aucune pudeur, entreprend » de convertir en dignités et en patrimoine les » biens qu’il ne possède que par usufruit. » A-t-il le droit de transmettre à ses héritiers » les dignités et les propriétés de tous , puisqnc » tous peuvent y prétendre? Quoi! de son> » autorité privée , le sénat déclare irrévoca- » blement à lui ce qui ne lui a pas été aliéné ? » Il conteste à nos princes légitimes leurs » droits au trône ; et , pour satisfaire .sa vanité » et son avarice , il s'arroge , sans l’aveu des rt Françaûs , les domaines et les terres dont il » n’a que la jouissance temporaire. Il ne donne » pour motif de son usurpation que sa volonté, J) et annonce fièrement que Louis XVIII ne » sera proclamé qu’autant qu’il aura consacré J» par son suffrage un envahissement si honteux; » un tel acte n’est qu’une insulte réfléchie faite » à la nation et à l’auguste maison de France : » 'on doit donc le regarder comme non avenu. >»

L’opposition étoit si générale , que le sénat trouva peu d’apologistes ; quelques voix pourtant s'élevèrent en sa faveur.

« On demande, dirent les défenseurs dw

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j> sonat , à quel titre il s’est permis de rédigei* » pour la France une constitution, lui qui » étoit dissous par le fait ; on demande où il » a emprunté la mission qu’il s’est donnée, et » qui i’a invité à nous constituer de nouveau? » Mais les adversaires du sénat nous supposent » donc sans aucune autorité constitutionnelle , » et plongés dans le chaos? Ils feignent de » méconnoître notre situation politique. Igno- » rent-ils que le sénat étoit le seul corps cons- » titué existant , et que l’empereur Alexandre » l’avoit invité à agir pour l’intérêt de laFrance ? 3> Le sénat devoit-il faire abnégation absolue » de lui -même, se dissoudre, et appeler » d’autres membres à sa place? La question » de l'hérédité n’en est pas une , si l’on veut » établir la Chambre des Pairs ; quant aux » dotations, les sénateurs ne doivent-ils pas » avoir un patrimoine ou un traitement sufïi-^ » sant pour soutenir leur dignité? Ou accuse » le sénat d’avoir été complice de Buonaparte ; » mais tous les F rançais n’ont-ils pas été com- » primés? Qui auroit appuyé la déchéance }) avant le 3i mars? Le sénat a donné les bases » d’une constitution générale , où sont repro- » duits les principes conservateurs de la liberté a publique et de la liberté individuelle. Il a

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h déclaré que Louis-Stanislas-Xavier ne seroit » proclame roi des Français qu’aprcs Taccep- « tation de l’acte constitutionnel; mais n’ou- » blions pas que nous avons déjà eu cinq à six « constitutions, et autant de gouvcrnemens n correspondans : il y a donc eu interruption » de la royauté. A son expiration il existoit ♦> une constitution acceptée par le roi : or, le » trône ne doit reparoître que dans l’état oi » il étoit , c’est-à-dire avec une constitution. » Si elle est nécessaire à la France , c’est en- *> core plus pour le roi qu’il la faut. Les adver- » saires du sénat veulent en venir à demander » qu’il n’y ait pas d’acte constitutionnel ; » d’autres déjà ont examiné s’il faut une noun çelle constitution ? Ils ont tranché net en » disant : non, il n’en faut pas. Que veulent- » ils ? la royauté absolue. »

Ainsi , quoique les opinions fussent généralement prononcées contre la tyrannie, elles étoient divergentes sur le mode de restauration. Les uns réclamoient l’ancienne monarchie ; d’autres en plus grand nombre vouloient une monarchie limitée ou constitutionnelle.

Mais si la crainte de retomber sous un pouvoir arbitraire , alarmoit quelques consciences, la plupart des Français , onhn éclairés sur le 3. 3.6

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noble caractère de leur roi, et sur scs dispositions personnelles, ètoient sûrs déjà d’y trouver la plus solide garantie en faveur d’une liberté sage et bienveillante. On convenoit même que l’extrémité opposée à la tyrannie se faisoit appréhender de la part des Bourbons ÿ car c’étoit sur cet écueil qu’avoit péri l’infortuné Louis XVI, et avec lui le bonheur et la liberté des Français. Mais tout ici indiquoit que le bon et tendre père , réservé à la nation par la Providence , sauroit conduire au port le vaisseau de l’Etat, sauvé miraculeusement du naufrage. Ce roi , vraiment français, n’avoitil pas fait des belles-lettres ses plus chers délassemens dans les temps les plus prospères , comme dans ses longs malheurs? Armé d’une instruction vaste , doué d’une mémoire qui saisit tout, d’un coup d’œil prompt et sûr, n’avoit-il pas étudié, jusque dans leurs plus petits détails, toutes les parties de l’économie politique ? Et c’étoit ce souverain que le Roi des rois envoyoit à la France , pour que , joignant la bonté à la force , il pût défendre ses peuples de leurs propres erreurs, et les préserver de nouveaux écarts. Qui donc pouvoit être plus en état qu’un tel monarque de s’assurer par lui-même des besoins et des vœux de

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