‹ Histoire des CampagnesChapitre 196 sur 267 · LIVRE XIX. 4n · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. 4n

ses sujets? Tout faisoit pressentir que le roi éviteroit un double écueil, en offrant luiinéme à la nation française , non pas une constitution fabriquée à la bâte comme celle du sénat, mais le fruit des réflexions les plus sages.

Ainsi un pouvoir modérateur alloit bientôt ravir aux méchans tous les prétextes de discorde en proclamant cette clémence céleste,jusqu'alors inconnue , qui devoit désarmer tous les partis, et réunir enfin tous les Français en une seule famille. La patrie désolée , sur les bords de l’abîme , réclamoit l’appui et les lumières de son roi. On sut bientôt qu’il se faisoitprécéder par son auguste frère le lieutenantgénéral du royaume , dont la présence éloit d’autant plus désirée , que l’agitation et l’inquiétude régnoient toujours dans Paris. On y sentoit le besoin de recevoir le premier gage d’une heureuse restauration : elle n’étoit plus douteuse ; mais , à l’exception du conseil municipal, les autorités même les plus rapprochées du peuple, se renfermant dans un silence obstiné, ne publioient ni proclamation , ni aucun acte public pour reconnoître la dynastie des Bourbons. Les signes de l’ancienne monarchie n’étoient pas même encore

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admis d’une manière légale. Qui le croiroit? Les couleurs blanches se trouvoient constüutionellement proscrites. La police provisoire » formée des débris de celle de Napoléon , les réprouvoit. Soumis à une censure nouvelle , les journaux même n’osoient s’expliquer ouvertement sur la cocarde blanche. Des fonctionnaires , tièdes ou perfides , soutenoient qu’il étoit hors de propos de parler sans cesse des couleurs de l’ancienne France , et qu’il étoit possible que le roi lui-méme voulût conserver la cocarde tricolore ; comme si , rappelé par le vœu de la nation, le roi n’étoit pas celui de l’antique monarchie , le descendant de saint Louis et d’Hemâ lY, le souverain paré des mêmes couleurs. Après plusieurs jours d’incertitude et de débats , les réclamations des royalistes l’emportèrent , et l’ordre fut donné à la garde nationale d’arborer la cocarde blanche. Alors seulement finit cette espèce de guerre civile fomentée dans Paris dès les premiers momens de la restauration ; alors les partisans de la cause royale purent porter librement les couleurs que, jusqu’au dernier moment, les satellites de Napoléon avoient enveloppées dans une persécution manifeste.

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