LIVRE XIX. 4i
'jilarc.s dans le chœur de la cathédrale. Il sem- Lloit que toute l’Europe , représentée par l’élite des guerriers français et étrangers, jurât la concorde et la paix , dont les bienfaiLs dévoient guérir les plaies profondes de la France.
Le Je Deum ayant été chanté à grand orchestre , fut suivi du Domine , sahnrn fac Rrgem! que tous les assistans en chœur répétèrent. La cérémonie achevée, S. A. R. fut reconduite , sous le dais, au milieu des cris de joie qui retentirent au dedans et au dehors avec plus de force encore. Tous les rangs, tous les états se confondirent : les ecclésiastiques de la métropole, les militaires , les magistrats, les enfans , les femmes , tous sembloient n’étre plus qu’une seule famille ; on se félicitoit mutuellement , on s'embrassoit en s'écriant : Quel beau jour!
Les acclamations, Tivresse du peuple accompagnèrent le prince jusqu’au palais des Tuileries. A peine Monsieur y fut-il entré que le drapeau blanc apparut et flotta au-dessus du pavillon principal , au milieu des transports d’une foule immense qui remplissoit le jardin , les cours et les avenues.
Le prince étoit rentré dans son apparfe-
'4i4 CAMPAGNE DE 1814.
ment ÿ assiégé par la foule : « Monscî- » gneur doit être bien fatigué, dit un officier » de sa suite. — Comment serois-je fatigué , » répondit Monsieur , dans un jour tel que » celui-ci , le premier jour heureux que j'aie » eu depuis vingt-cinq ans ? » Lorsqu’on lui demanda le soir quelles mesures il jugeoit nécessaires pour la sûreté de sa personne : « Aucune, répondit-il; n’ai-je pas été reçu » partout comme l’enfant de la maison ? »
Mots heureux , sortis de l’âme d’un vrai descendant de ce roi chéri, qui a rendu la dynastie des Bourbons populaire. En effet, jamais le peuple de la capitale n’avoit montré une telle ivresse ; jamais un prince n’avoit été l’objet de tant d’amour.
Le soir, la plupart des édifices publics et des maisons particulières furent illuminés spontanément, et décorés d’emblèmes ingénieux.
Ainsi la nation française , après avoir vu rompre les liens qui l’attachoient depuis tant de siècles à ses habitudes , à ses mœurs , à son gouvernement ; la nation à qui on étoit parvenu , à force de diffamations et de violences , à faire méconnoître ses princes légitimes , et , ce qui est pis encore , à les lui faire oublier ,