‹ Histoire des CampagnesChapitre 202 sur 267 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

clesccndoit tout à coup dans sa conscience, et y retrouvoit ce besoin d’amour et de fidélité fiour ses rois, source la plus pure du bonheur public. La journée du 12 avril le lui avoit révélé ; elle avoit signalé en quelque sorte la résurrection du caractère français, dénaturé et étouffé par vingt-cinq ans de délire. Revenue à elle-même , la nation , par un vœu librement émis, par un vœu universel , vouloit déposer, dans les mains de son monarque légitime , la puissance limitée par les lois. L'approche et le nom seul de Louis XVIII, le retour précurseur de sou auguste frère , avoient fait éclater , dans une génération toute nouvelle , des sentinicns , des transports , des émotions , que , par une sorte d’instinct, les enfans avoient reçus de leurs pères.

Mais aussi étoit-il de la famille , ce prince qui, en y entrant après une si longue absence , avoit dit : « Il y a un Français de plus dans » Paris. » C’étoit un enfant de la maison , ce prince dont la douce affabilité parut contraster si heureusement avec le regard farouche de l’insensé qui s’étoit érigé en dominateur de la France. Dès lors sa cause fut entièrement perdue. Les sentimens que Napoléon avoit étouffés si long-temps se manifestèrent de plus en plus

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parmi les partisans de l’ordre, de la paix et duf

bonheur public.

Mais l’armée sembloit réprouver une révolution toute civile à laquelle généraux, officiers et soldats n’avoient qu’une part involontaire.

En un mot, presque tous les corps n’y. adhéroient qu’en murmurant; quelques-uns même opposoient de la résistance. Plusieurs garnisons du nord se mutinèrent. Il y eut à Lille de grands désordres , malgré la fermeté du général Maison. Les troupes à Thionvillc furent plusieurs jours en pleine révolte , et la garnison de Metz se montra menaçante. Aux portes même de Paris , le commandant du château de Vincennes résistoit encore, se refusant à la reddition de cette prison d’Etat, transformée en dépôt de munitions et de machines de guerre.

Au-delà de la Marne , la ville de Soissons si malheureu.se par quatre sièges .successifs et par ses désastres prolongés, étoit dominée encore par le génie du mal. En s’éloignant des bords de l’Aisne, Napoléon avoit laissé dans cette ville une garnison de deux mille quatre cents hommes de troupes aguerries , sous le commandement du chef de bataillon Gérard. Cet officier se trouvoit placé ea

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