‹ Histoire des CampagnesChapitre 203 sur 267 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

quelque sorte sous la direction 'et la surveillance de l’auditeur Harel , investi des pouvoirs administratifs , et l’un des plus fougueux adhérons de Napoléon. Se hâtant de prendre toutes les mesures militaires pour une défense opiniâtre , le chef de bataillon Gérard en dépassa les bornes , en se laissant intimider par l’auditeur impérial, qui sans cesse n^enaçoit les habitans de les faire fusiller. Le commandant craignit d’être taxé de foiblesse , et il ordonna l’incendie des faubourgs, destruction inutile , à l’exception de quelques maisons voisines des remparts, puisque la disposition du terrain pcrmettoit d’ouvrir la tranchée à cinquante toises des murailles et à couvert du feu de la place. Telle fut , en effet , la première opération du général Bulow, en cernant Soissons. Mais, se dirigeant bientôt vers la capitale, il ne laissa qu’un simple détachement chargé d’observer la place. Alors seulement la garnison brûla les faubourgs , dans un rayon au-delà de la portée du canon de siège , incendie d’autant plus déplorable qu’il fut ordonné à l’insu des habitans, et que le pillage le rendit plus odieux encore.

L’auditeur impérial , après ce désastre , eut encore assez de pouvoir sur l’autorité militaire

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pour retarder la délivrance de Soissons Jusqu’au i4 avril (i).

Un esprit de résistance et d’aigreur , qui déconcertoit la raison et l’éxidence , se manifestoit en même temps dans les provinces de l'est , désolées par l’invasion étrangère. Les campagnes, et quelques villes mêmes, refusoient en général d’ajouter foi à la prise de Paris , tant cet événement choquoit l'opinion factice dont on étoit imbu sur la force de nos armées et sur les ressources de Napoléon. Tel étoit encore le prestige de ce nom fameux , qu’en Champagne , en Lorraine et en Bourgogne, long -temps après l’événement de l’abdication , les paysans n’ en étoieqt pas convaincus , et répétoient , avec les adversaires de la restauration, cet étemel adage des mécontens : Tout n'est pas fini.

Sur une de nos plus grandes routes, de Paris à Moulins , par exemple , la cocarde blanche n’étoit encore arborée qu’à Nevers ; et les troupes répandues sur cette ligne étoient si exaspérées , qu’elles s’exhaloient partout en propos efîrayans. Les rapports ' devenoient

(i) Ce récit, purement historiijae , n’a été inspiré par aucune intention accusatrice ; nous n’avons fait que céder à l'aulhenllclté des renseignemens et au poids des témoignages.

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thaque Jour plus alarmans sur le mauvais esprit de l’armée. Au milieu de ces embarras, les ministres provisoires manquoienl d’aclioli et de fermeté. Le gouvernement, toutefois, lança un arreté contre les magistrats et les fonctionnaires qui refuseroient d’adhérer au nouvel ordre de choses. Mais l’armée ne pouvoit y être amenée que par la puissance de l’opinion et par la force des circonstances. On s’attendoit à plus d’opposition encore de la part des troupes du midi, commandées par le général réputé le plus ambitieux des lieutcnans de Buonaparte. Inquiet déjà de sou silence , le gouvernement provisoire vcnoit de lui adresser des dépêches pressantes , décisives même , pour l’entraîner dans la nouvelle révolutionr

En signant l’armistice du 7 avril , le généralissime prince de Schwartzenberg , de concert avec les maréchaux Ney et Macdonald , avoit réglé que , relativement au midi , la ligne de démarcation seroit fixée suivant le terrain occupé par l’armée de lord Wellington et par celle du maréchal Soult , au moment où arriveroient les courriers qu’on alloit leur expédier concurremment.

Mais là , sur ce théâtre animé de la guerre ,■

Campagne de 184.

le système de résistance proclamé par la régence éphémère de Blois empêcha la vérité de pei'cer , et donna lieu à la sanglante bataille de Toulouse, tache étemelle de sang, imputée à l’ivresse du pouvoir militaire , à l’ambition et à l’orgueil.

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