LIVRE XX
solidité du caractère. La comtesse d'üargicourt , ne pouvant plus douter que le secret de son parti n’ait été révélé au commissaire impérial, use alors de l’ascendant qu’elle exerce sur tout ce qui l’environne pour déterminer l’envoyé de Napoléon à ne pas tourner contre les royalistes toulousains l'autorité dont il est investi. Les représentations persuasives de M”' d’Hargicourt ont un plein succès , et les affiliés continuent leurs opérations sans inquiétude. Déjà deux de leurs députés étoient parvenus à Saint-Jean-de-Luz, pour déposer l’hommage de leur fidélité aux pieds de M*' le duc d’Angouléme. Les événemens se pressent, et M. Ferdinand de Berthier va lui-meme à Bordeaux prendre les ordres du prince; il revient à Toulouse plein de joie et d’espérance , hélas ! pour y recevoir les derniers soupirs d’un frère , l’âme en quelque sorte du parti confédéré. Succombant sous le poids des fatigues , le preux Bénigne emporte dans le tombeau la consolante idée du rétablissement de son roi , et lègue à un frère digne de lui ses sentimens , scs travaux et son zèle.
Cependant l’armée française s’avançoit sous les murs de Toulouse.
A peine le maréchal Soult y eut-il trouvé tin point d'appui , qu’il prit la résolution de s’y défendre par toutes les ressources de l'art militaire. Ses forces s’élevoient à quatre mille chevaux , à dix-huit mille soldats aguerris , et à six mille conscrits , parmi lesquels* quatre mille étoient mal armés, et hors d’état de se battre. Le maréchal prit d’abord position entre la route d’Auch et de Saint- Gaudens, sa gauche appuyée sur le chemin de Muret, et sa droite sur la rive gauche de la Garonne , à une petite lieue au-dessous de Toulouse , décrivant ainsi le fer à cheval. Les Toulousains furent en proie aux prtùs vives alarmes à la vue 4’iinc armée qui sembloit résolue de s’ensevelir sous les ruines de leur ville , plutôt que de la î^der à l’ennemi.'
Livré à ses propres forces, le maréchal Soult se créa bientôt des moyens de défense. Il fit construire , comme par enchantement , autour de la ville , un vaste système d*ou\Tages qui excita l’admiration des habitans, et l’étonnement de l’ennemi. Toulouse en étoît susceptible , se trouvant environnée de trois côtés par le canal de Languedoc et par la Garonne. Sur la gauche de cette rivière , le maréchal forma une tête de pont , et fit élever autour