LIVRE XX
Jusqu’alors les opérations des travaux défensifs , et quelques coups de fusil tirés aux avantpostes , avoient signalé seulement la présence des deux armées rivales , lorsque , dans la nuit du 7 au 8 avril, lord Wellington, à l’insu du maréchal Soult , fit jeter un pont de bateaux sur la Garonne, au village de Beauselle , audessous du château de Blagnac. Dans la nuit même le quartier -général, le corps espagnol et l’artillerie portugaise , formant quinze mille hommes sous les ordres immédiats du lieutenant-général don Manuel Freyre, passèrent la Garonne vis-à-vis Gagnac , et se portèrent en avant , vers la ville , par la plaine des Minimes. Le dheJ<tiitièttie de hussards anglais , commandé par le colonel Vivian, chargea urt corps de cavalerie, le chassa an^^didà du village de la Croix- d’Orade , et fit éhtîh6h'‘«irt prisonniers. Dans cette charge , le colonel reçut une blessure qui le mit hors de combat. Ce premier succès mettoit Wellington en possession d’un pont important sur la rivière d’Ers , par où il falloit passer pour attaquer la position de l’armée française. La journée du 9 se passa en escarmouches et en prises de postes de part et d’aiitre.
Toulouse flottoit entre la crainte et l’espé-
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rance , et Tuniversalité de ses habitans ne formoit qu’un vœu , celui d'être préservés des malheurs que pouvoit entraîner le choc de deux armées rivales accourues pour se disputer la possession de la ville. Sa garde urbaine ne s’élevoit guère qu’à sept ou huit cents hommes présens sous les armes , formant une légion composée de deux cohortes. Elle étoit commandée en l’absence de M. de Castcllaue par M. Chaptive, président du tribunal de commerce , et par les deux chefs de cohorte , MM. d’Assignan et Auguste de Cambon. Cette garde, pleine de zèle, fut chargée du service intérieur. Vainement le maréchal Soult provoqua la formation de plusieurs autres cohortes : cet ordre ne putrecevoirson exécution.
Cependant , tout annonçoit que deux armées pénétrées d’une estime mutuelle , résultat d’une égale valeur, alloient se mesurer aux portes même de Toulouse ; tout préludoit à une nouvelle et inutile effusion du sang.
Le gouvernement provisoire inspiré par une sage prévoyance , et par le désir ardent de faire succéder , dans le midi , comme dans le nord, les bienfaits de la paix aux horreurs du carnage , avoit chargé dès le 5 avril , le colonel Saint-Simon de porter au maréchal Soult et