LIVRE XII
Festeroient les Français. Mais ce vœu , la nation opprimée pouvoit-elle l’émettre? N’étoit-elle pas arrêtée d’ailleurs par les négociations entamées entre Napoléon et les puissances de l’Europe ? Placée entre un tyran et les ennemis extérieurs , une nation ne brave pas à la fois tous les dangers. Rien pourtant ne put intimider des hommes passionnément dévoués à leurs princes légitimes. Le marquis de la Rochejaquelein , digne frère de l’illustre généralissime de la Vendée, nourrissoit depuis long-temps le noble désir de donner le premier signal de la restauration ; il parcouroit sans cesse , pour sonder les esprits , la Guienne et la Vendée , où le nom sans tache des la 'Rochejaquelein pouvoit rallier en un moment quarante mille royalistes sous les drapeaux de la fidélité. On l’avoit vu , dans une année de disette , vendre son blé à vil prix pour augmenter le nombre des partisans du Roi. Entouré de la plus haute considération , il devenoit naturellement le moteur des royalistes du Poitou et du Médoc , où ses possessions et scs relations personnelles lui donnoient une grande influence. Chéri partout où il portoit ses pas, il étoit d’ailleurs secondé par des amis fidèles, par la marquise de Donnissan, sa
belle-mère ; par son épouse , veuve du célèbre Lescure , et célèbre elle-même par ses mal» heurs dans la guerre civile autant que par l’élévation de son caractère et la supériorité de son esprit. Partout le marquis de la Rochcjaquclein proclamoit le déclin de la puissance de Buonaparle, et faisoit renaître l’espoir du rétablissement des Bourbons. Dès le mois de mars i8i3, M. de Latour, envoyé du roi , eut une conférence à Bordeaux avec M. de la Rochejaquelein , et lui témoigna que S. M. comptoit sur son dévouement.
Dès cette époque se forma, au sein mémo de la domination usurpatrice , une vaste confédération royaliste qui étendit ses ramifications par les soins et sous les auspices des duc» de la Trémouille , de Fitxjames et de Duras; de MM. de Polignac, Ferrand, Adrien d« Montmorency, Sosthène de la Rochcfoucault , et d’autres s^lés partisans de la dynastie légitime. Des conférences pour les intérêts de la cause royale s’ouvrirent au château d’üssé , en Touraine , possession du duc de Duras , entre MM. Adrien de Montmorency, de la Rochejaquelein et de la Ville de Boaugé , l’un des plus anciens officiers vendéens, compagnon fidèle des la Rochejaquelein et des Lcscure.