‹ Histoire des CampagnesChapitre 222 sur 267 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

glante qu’on venoit de livrer sous leurs murs que par les détonations continuelles de l’artillerie qui s’étoient fait entendre , et par le sentiment de la pitié qu'avoit fait naître la vue de ce grand nombre de blessés qui , du champ de bataille , étoient transportés continuellement dans la ville. Mais lorsqu’une armée de vingt-deux mille hommes , enfoncée de toutes parts , s’y réfugia pèle-méle , se jeta partout , se logea militairement; lorsque cette armée commença tous les préparatifs d’une défense acharnée et destructive , les malheureux habitans de Toulouse aperçurent l’affreuse pempective de l’abîme qui le lendemain pou voit s’ouvrir sous leurs pas. Avec la nuit pourtant le calme se rétablit ; les clameurs cessèrent ; on n’entendit bientôt plus que la marche lente des patrouilles et la voix monotone des factionnaires.

A neuf heures du soir, Wellington fit sommer la ville de se rendre ; le maréchal Soult répondit qu’il étoit décidé à s’ensevelir sous ses décombres , lui et son armée. Le lendemain les habitans de Toulouse virent l’armée française , bivouaquée le long du canal , se fortifier, se distribuer dans l’enceinte murée pour défendre la ville à outrance ; ils virent l’armée

4€o campagne de i8i4.

• combinée occupant toutes les positions extérieures , dresser les batteries , les mortiers , placer les projectiles inflammables, et maîtresse de tenter un dernier* effort , tout disposer pour emporter la ville de vive force. Alors ils SC rappelèrent les désastres d’une ville prise d'assaut, les horreurs de Sarragosse et de Tarragone ; chacun en redouta les funestes représailles. L’alarme étoit générale ; elle étoit augmentée par les gémissemens douloureux des mourans qu’on transportoit sur des brancards faits à la hâte ; par les cris lamentables que les femmes et les enfans poussoient dans les rues; par le trouble et l’inquiétude de la population tout entière sur le sort qui lui étoit réservé ; aussi cette journée fut-elle bien plus cruelle à supporter que celle de la veille où l’on avoit été moins effrayé qu’étourdi. Les sommations furent renouvelées ; mais le maréichai Soult persista à vouloir s’ensevelir sous les ruines de Toulouse. On savort que tout étoit prêt au camp de Wellington pour une attaque générale. Le silence de la terreur , avant-coureur des plus grandes calamites , étoit un présage funeste de celles qui menaçoient la ville. A neuf heures du soir le maréchal Soult assembla un conseil militaire ,

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